Culture alternative à Genève : De la cave au garage à vélos

Imprimer

Mercredi soir, après moult tentatives dilatoires, sous les prétextes les plus farfelus, de la droite de renvoyer cette décisions aux calendes grecques, le Conseil municipal de la Ville a voté un crédit d'un million de francs pour l'aménagement d'une salle dans les sous-sols de l'ex-école d'Ingénieurs, afin d'y loger l'association  « Cave 12 », selon un accord tripartite entre le canton (propriétaire des lieux), la Ville (qui financera les travaux) et la Cave 12, qui sera maîtresse d'ouvrage desdits travaux. Expulsée du squat Rhino en 2007, la Cave 12, dont le champ d'activité est celui de la musique expérimentale, et dont la réputation, flatteuse, dépasse largement les étroites frontières genevoises, nomadisait depuis trois ans. Le projet accepté par le Conseil municipal (c'est-à-dire sa majorité de gauche, plus l'UDC) la sédentarise. Mais en la faisant passer de la cave d'un squat au garage à vélo d'une école.

Gens du voyage artistique

La culture alternative sort d'une cave pour entrer dans un garage à vélo : cela n'a sans doute rien de glorieux pour une ville qui, naguère, offrait de cette culture des marges et de l'expérimentation l'une des plus larges palettes en Europe, mais c'est le début d'un début. Ou peut-être, pour paraphraser Churchill : « pas encore le début de la fin, mais déjà la fin du début »... Le Conseil municipal de Genève avait fait le choix politique, le choix de principe, d'aider les acteurs culturels dits « alternatifs », ou à tout le moins expérimentaux, chassés des lieux qu'ils occupaient par le prurit épurateur qui s'était emparé de Genève à l'époque de la chasse aux squatters, à retrouver, cette fois légalement, des lieux où agir et créer. Le projet  qui était soumis au Conseil municipal, avec ses défauts (il en avait, et ne pouvait pas ne pas en avoir, dès lors qu'il était le résultat d'une négociation entre trois partenaires), est une concrétisation de ce choix politique. C'est ce choix que la gauche défendait, parce qu'il  s'imposait comme essentiel, même à l'examen des défauts du projet. La « Cave 12 » avait, aux yeux de la droite (sauf, curieusement, à ceux de l'UDC, qui le lui pardonnait) un défaut définitif, irréfragable : elle avait été squatteuse, crime imprescriptible, puisque commis contre la propriété privée dans une société qui l'a sacralisée. Le PS, les Verts et «  A gauche Toute ! » ne se faisaient pas un devoir de relogier d'ex-squatteurs pour maintenir la paix sociale, ces trois forces se faisaient un devoir d'aider à maintenir à Genève l'éventail le plus large possible d'acteurs culturels. Ce choix, le projet de relogement de la « Cave 12 » permet de le concrétiser. Refuser ce projet, c'était bien pour la droite genevoise faire payer à l'association, et à l'association seule, les difficultés d'une négociation entre deux collectivités publiques et une association. C'était prendre cette association en otage. puisqu'elle seule ferait les frais d'un refus. Il est vrai qu'il ne s'agit pas d'une grosse institution, qu'elle ne pèse pas des dizaines ou des centaines d'emplois, ne coûte pas des millions ou des dizaines de millions, et qu'on peut donc s'y attaquer sans risque.  La Cave 12 nomadise depuis trois ans. Elle attend depuis un an d'être sédentarisée. Ces gens du voyage artistique ont besoin d'un lieu pour travailler, le projet voté par le Conseil municipal le lui offre : ici, aujourd'hui, on pourra se permettre de trouver assez ironique que ce soit la droite qui fasse tout pour que cette association reste nomade, et que ce soit la gauche qui lui donne les moyens de se sédentariser. Un Hortefeux, un Besson, un Sarkozy y perdraient leur romani.

Lien permanent Catégories : Culture 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.