D'un 11 septembre l'autre

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Henry Kissinger sera à Genève ce 10 septembre, pour une conférence à l'Hôtel Intercontinental : il fut l'un des principaux responsables du Coup d'Etat militaire au Chili il y a 37 ans, précisément le 11 septembre 1973; il fut aussi, entre autres, le marionnettiste de la junte militaire argentine et l'artisan du bombardement  des populations civiles du Cambodge. Echappant à toute les tentatives de le faire comparaître devant un tribunal, il fait aujourd'hui son beurre comme consultant et conférencier international, et propriétaire d'une lucrative étude d'avocats.  La présence de Henry Kissinger à Genève, qui se proclame capitale mondiale des droits humains, constitue un scandale et une provocation. Si la justice internationale est impuissante, l'opinion publique peut, elle, ne pas rester silencieuse.  Un rassemblement de protestation se tiendra VENDREDI 10 septembre dès 18h30 à la Place des Nations. Henry Kissinger sera à Genève le 10 septembre, veille du jour anniversaire du putsch militaire chilien... Le 11 septembre prochain, on accueillera qui, à Genève ? Oussama Ben Laden ?

In memoriam
Un 11 septembre à chassé l'autre, celui de 2001 a recouvert celui de 1973. Le 11 septembre 2001, des milliers d'Américains ont été tués lors d'une offensive terroriste, spectaculaire, et dont les images se sont répandues en quelques heures dans le monde entier. Le 11 septembre 1973, des milliers de Chiliens ont été tués lors d'un putsch militaire qui faisait entrer le Chili dans une nuit de quinze ans, pendant lesquels des milliers d'autres Chiliens étaient tués, ou disparaissaient. L'un des organisateurs du putsch chilien vient discourir à Genève, l'organisateur des attentats de New-York balance de temps à autre une fatwa vengeresse du fonds de sa tenière afghane. Henry Kissinger, Oussama Ben Laden :Deux criminels de guerre -mais l'un a reçu le Prix Nobel de la Paix. Deux criminels de guerre -mais l'un a été Secrétaire d'Etat de la première puissance mondiale. Deux criminels de guerre, mais l'un mourra dans son lit. Le cynisme sied à la raison d'Etat. Mais l'impuissance l'accompagne : c'est avec des couteaux et des lames de rasoir que l'un des avions américains transformés en missiles jetés sur New-York a été détourné. A quoi servent les armées si elles ne peuvenr rien contre un kamikaze armé d'un couteau ? A quoi sert l'armée la plus puissante du monde, si elle n'est pas capable de protéger la serveuse du bistrot du coin de Wall Street ou la nettoyeuse du Pentagone ?  A quoi servent la CIA, le FBI, la NSA, leurs ersatz et leurs avatars ? ces instruments d'un pouvoir impérial ont pu renverser Salvador Allende, elles n'ont rien pu contre Oussama Ben Laden. Dans son intervention télévisée, après les attentats du 11 septembre 2001, George Bush avait affirmé que l'"Amérique" (comme si les USA étaient toute l'Amérique) avait été "prise pour cible parce (qu'elle est) le phare le plus brillant de la liberté". Et si elle avait été attaquée parce que, prétendant l'être, elle ne l'était pas ? Parce que pour des peuples entiers, et pour des millions de femmes et d'hommes, le "flambeau de la liberté" n'éclaire et ne réchauffe que ceux que le porteur du flambeau à choisi d'éclairer et de réchauffer, laissant les autres dans la nuit -ou les brûlant ?
Les attentats du 11 septembre ont été salués dans les géhennes du monde par des cris de joie et de victoire. Que répondre à cette Schadenfreude dans les camps palestiniens ou les rues de Bab-El Oued ? Qu'une saloperie n'en efface pas une autre ? Que les morts de New-York ne feront pas revivre ceux de Sabra et Chatila ? Que la destruction du WTC ne compense pas celle d'un orphelinat de Bagdad, mais s'y ajoute ? Que les attentats du 11 septembre ne servent aucune cause juste, pas plus celle des peuples dominés que celle des dominés dans les Etats dominants ? Qu'aucune révolution, jamais, nulle part, n'a abouti par de tels moyens, et que l'usage de ceux-ci au contraire a toujours renforcé les pouvoirs en place ? Que, comme le proclamait la Première Internationale, "la libération des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes" et que les kamikazes font d'aussi piteux révolutionnaires que les milliardaires saoudiens d'aussi improbables porte-paroles des opprimés ? Ces réponses sont justes, légitimes et elles sont indispensables. Mais elles sont inaudibles par ceux à qui elles s'adressent : les humiliés et les offensés qui voient le monde rester sourd et aveugle à leur humiliation et leurs offenses, et oublier le 11 septembre 1973 pour ne se souvenir que du 11 septembre 2001.

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