Successions Merz et Leuenberger : A qui le tour de manège ?

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Petite cuisine politique fédérale : le 22 septembre, fête de la révolution dans le calendrier républicain, ce qui témoigne en l'ocurrence d'un bel optimisme, les Chambres fédérales éliront les successeurs (ou successrices, si ça se dit) de Moritz Leuenberger et de Hans-Rudolf Merz au gouvernement. L'ordre des élections étant déterminé par celui de l'ancienneté au Conseil fédéral, c'est le siège socialiste qui sera repourvu en premier. Petit avantage tactique au PS sur les radicaux-libéraux, puisque le choix de celle qui succédera à Moritz Leuenberger limitera les possibilités de choix de celui ou celle qui succèdera à Hans-Rudolf Merz, et que les socialistes disposeront d'une possibilité de faire éventuellement payer aux radelibes toute tentative de ceux-ci de soutenir une candidate (ou un candidat) socialiste non investi par le PS, tout en gardant, eux, la possibilité de soutenir un-e candidat-e radelibe dissident... De leurs côtés, les Verts vont tenter un tour de piste, et en face l'UDC cherche le moyen de rendre au PS la monnaie de sa pièce de 2007 en lui faisant le coup de la candidature dissidente modèle Widmer-Schlumpf et s'en va draguer quelques socialistes mâles alémaniques disposés à jouer ce jeu (auquel on finit toujours par trouver un joueur)... Bref, on s'amuse comme on peut.

Après Moritz, le nucléaire ?

Le directeur d'Economie suisse, la faîtière patronale, Pascal Gentinetta, ne fait pas mystère de ses préférences pour la succession de Moritz Leuenberger à la tête du Département de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication (DETEC) : il y veut un-e bourgeois-e pour « faire progresser plus aisément le dossier » des nouvelles centrales nucléaires. Et ça tombe bien : le PDC, lui, verrait bien Doris Leuthard reprendre le DETEC. Ce n'est pas que Moritz Leuenberger fut un foudre de guerre antinucléaire, mais il a tout de même, en étant minoritaire au gouvernement dans ce dossier, beaucoup fait pour rendre moins inéluctable le remplacement des centrales actuellement en service par de nouvelles centrales à Mühleberg, Gösgen et Beznau. Le ministre socialiste a notamment lancé un plan d'action pour stabiliser la consommation d'électricité d'ici dix ans, et augmenter de 50 % la part des énergies renouvelables -un plan qui, s'il était respecté, rendrait inutiles de nouvelles centrales. Or le Conseil fédéral doit se prononcer en 2012, une fois Leuenberger remplacé, sur les demandes de remplacement des trois centrales de Mühleberg, Gösgen et Beznau par de nouvelles centrales. Et si le socialiste était remplacé par un-e pronucléaire (comme Doris Leuthard, ancienne membre du Conseil d'administration d'une filiale d'Axpo, qui porte le projet de nouvelle centrale nucléaire de Beznau), il y a fort à parier que les trois projets seraient avalisés par le gouvernement -ils devraient alors être combattus par référendum, ce que la gauche ne manquera pas de faire. A l'automne dernier, lors d'un vote consultatif, les Vaudois se sont prononcés à 64 % contre la prolongation de la centrale de Mühleberg, la Ville de Berne veut renoncer au nucléaire, les constitutions genevoise et bâloise imposent aux deux cantons de combattre toute construction d'une nouvelle centrale à leur proximité (jusqu'où va la «proximité », se demandera-t-on... en répondant que s'agissant des risques nucléaires, le concept de « proximité » est fort élastique). Pour les antinucléaires, en tout cas, la succession de Moritz Leuenberger est donc un enjeu. C'est même à peu près la seule raison de s'y intéresser. De toute façon, c'est l'Assemblée fédérale qui élit le Conseil fédéral, pas le peuple, ce sont les rapports de force parlementaires, non les résultats électoraux, qui seront déterminants, et s'agissant du PS, ce sont les candidat-e-s les moins à gauche (et les moins antinucléaires) qui ont le plus de chances d'être élu-e-s par un parlement de droite.

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