Immigration légale et illégale : Pas un jour sans eux !

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Hier, lundi 1er mars, dans plusieurs villes françaises, mais aussi en Italie et en Grèce, était organisée une « journée sans immigrés », la «journée sans nous», pour démontrer l'apport indispensable de l'immigration aux sociétés, aux économies, aux services publics des pays de bon ou mauvais (et de plus en plus mauvais) accueil des migrants. L'idée est reprise d'une initiative américaine : en 2006, aux Etats-Unis, des centaines de milliers d'immigrants hispaniques avaient cessé le travail pour dénoncer un projet de loi criminalisant les travailleurs clandestins. Les grandes villes du pays en avaient été paralysées, et le projet avait été retiré. Hier, la journée française n'a obtenu qu'un succès plus modeste, et a fait moins de bruit que la tempête qui a balayé les côtes atlantiques. Elle n'en a pas moins mis en évidence, avec la promesse d'y revenir, mieux organisés, et plus massivement suivis, ce que tout le monde est capable de voir : Aucun secteur, privé ou public, de la société et de l'économie de nos pays ne pourrait fonctionner sans l'apport de l'immigration, légale ou non, ni, dans les cantons frontaliers, celui de la main d'oeuvre frontalière. Et tout le monde le sait, Front National français, UDC suisse et MCG genevois compris, si bien peu en admettent les conséquences.

Sans-papiers : le règne de l'hypocrisie

Des milliers de jeunes (entre 10 et 30'000) vivent en Suisse sans statut légal. S'ils en ont l'âge, ils vont à l'école, certains suivent un enseignement secondaire, mais, faute de permis, ils ne peuvent entrer en apprentissage et ne peuvent qu'à Genève suivre une formation professionnelle scolaire. A l'initiative du socialiste Oscar Tosato, la Ville de Lausanne se propose donc d'offrir aux jeunes sans-papiers des places d'apprentissage dans son administration. La Ville de Genève pourrait, et devrait, suivre (le canton, seul en Suisse, offre déjà aux jeunes sans-papiers la possibilité d'accéder aux écoles professionnelles) et d'autres villes suisses emboîter le pas, organisant ainsi une pression sur les cantons et sur la Confédération. L'initiative lausannoise a suscité contre elle une bruyante mobilisation de la droite et de l'extrême-droite locales; une initiative semblable de la Ville de Genève susciterait vraisemblablement une semblable mobilisation, illustrant semblablement, sous le semblable masque de juridisme obtu, l'absolue hypocrisie de la xénophobie institutionnelle. Avant que la Municipalité de Lausanne ne jette son pavé dans la mare, Antonio Hodgers et Christian von Singer (Verts) et Luc Barthassat (PDC) étaient déjà intervenus au Conseil national pour que les mineurs sans statut légal puissent suivre une formation professionnelle au lieu que d'être remis dans la rue (ou le travail clandestin) à la fin de la scolarité obligatoire. Le Conseil fédéral leur avait stupidement répondu qu'octroyer une autorisation de séjour aux jeunes clandestins « récompenserait le comportement illicite de leurs parents ». Apparemment, le Conseil fédéral et la droite préfèrent voir les jeunes sans papier être condamnés à zoner, ou à se livrer à la délinquance, plutôt que leur accorder le droit de suivre un apprentissage, Quelques rares dispositifs ont été introduits pour permettre à quelques sans-papiers d'entrer dans une « zone grise » où ils ne sont pas totalement dénués de droits, mais globalement, on se refuse toujours à assumer leur présence  et à admettre l'impossibilité de leur renvoi et l'utilité de leur régularisation. Comme la « journée sans nous » en France, Lausanne s'affronte à l'hypocrisie générale qui entoure l'immigration illégale. Ne serait-ce que pour cette raison, Lausanne ne devrait pas rester seule à tenter de déchirer ce voile d'hypocrisie.

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