Sauver sans fin des fonds sans fonds ?

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Baisse du taux de conversion des rentes du deuxième pilier

En mars prochain, le peuple se prononcera, à la suite d'un référendum syndical et socialiste, sur l'abaissement du " taux de conversion " de la prévoyance professionnelle obligatoire. Ce taux, qui détermine le montant des rentes, était de 7,2 % en 1985, lors de l'introduction (funeste) du IIe pilier, il a été ensuite abaissé à 6,8 %, le Conseil fédéral et le droite proposent aujourd'hui de l'abaisser encore, pour le fixer à 6,4 % en 2014. Prétexte de la réforme : l'allongement de l'espérance de vie, qui viderait les caisses des institutions de prévoyance : neuf sur dix étaient en sous-couverture en 2008, c'est-à-dire incapables de payer la totalité des rentes et des prestations auxquelles leurs cotisants ont droit. L'alternative paraît simple : diminuer les rentes ou augmenter les cotisations. Mais comme nous le suggère le sage talmudiste, de deux solutions, la meilleure est souvent la troisième. Et la troisième, en l'occurrence, ce serait l'absorption du IIe pilier par l'AVS, c'est-à-dire la constitution d'une véritable caisse générale de retraite donnant à chaque personne atteignant l'âge de la retraite les moyens de vivre correctement -ce qui équivaut grosso modo à un revenu minimum de 2500 francs par personne et par mois, aujourd'hui et en moyenne nationale. En attendant, il faudra bien se battre pour que les cotisants forcés au IIe pilier ne soient pas rackettés pour compenser les pertes en bourse de leurs fonds de pension…

Bourse et bourse et raracket…
Si l'on suit les Chambres fédérales et le Conseil fédéral, le " taux de conversion " du IIe pilier devrait passer en cinq ans de 7,1 % à 6,4 %, ce qui produirait une baisse d'environ 10 % des rentes. Le Conseil fédéral a expliqué, faussement contrit, que cette baisse était inéluctable pour " sauver les rentes ". Mais c'est tout le système de " capitalisation du IIe pilier qui est à abattre, et à remplacer par une revitalisation de la retraite par répartition, sur le modèle de l'AVS. Au référendum, défensif par définition, devra bien un jour succéder une proposition présentant une véritable alternative à un système profondément injuste, et dont la fonction n'est pas d'assurer des retraites mais de mobiliser des capitaux pour des investissements dont l'actualité la plus récente nous suggère que la pertinence n'est pas la caractéristique essentielle. D'ailleurs, en même temps, ou presque, qu'il proposait et obtenait la baisse du taux de conversion du 2ème pilier, le Conseil fédéral proposait d'augmenter la part de leurs fonds que les caisses de pension peuvent investir dans les hedge funds (ou fonds " alternatifs ", dont on se demande à quoi ils sont " alternatifs ", mais dont sait que l'illustreMadoff les prisait fort). Hausser la part de leurs fonds (c'est-à-dire des fonds des cotisants) que les caisses peuvent risquer dans le jeu de l'avion planétaire revient à mettre à disposition de la finance internationale plusieurs dizaines de milliards supplémentaires collectés auprès des cotisants grâce à l'épargne forcée du IIe pilier. L'offensive contre le IIe pilier a été lancée par les sociétés d'assurance-vie (les politiciens de droite leur servant de relais, plusieurs notables radicaux, libéraux, démo-chrétiens et udécistes siégeant dans les conseils des caisses de pension, qui semblent avoir moins de problèmes financiers pour rémunérer leurs dirigeants que pour payer les rentes des retraités), non par opposition à la retraite par capitalisation, mais par envie de faire main basse sur les fonds capitalisés. Avec les contributions forcées des employés et des employeurs, les assureurs ont joué et perdu en bourse. Et aujourd'hui, ce sont les cotisants qui devraient payer les pots cassés, comme ce furent les contribuables qui passèrent à la caisse après les conneries des banques. On ne change pas un racket qui fonctionne si les rackettés ne se rebiffent pas.

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