Election du parlement d'un tiers de Genève : Oligarchie intra muros

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On élit en ce moment le parlement de la République et canton de Genève. Une République qui abrite la moitié de la population de la région, sur le quart ou le tiers de sa superficie. Le parlement cantonal qui va être élu dans dix jours ne sera donc que le parlement de cette moitié sur ce tiers -encore faut-il ajouter que seule une minorité de la population du canton ayant le droit d'élire son parlement, la majorité n'ayant pas l'âge ou la nationalitlé de ce droit, le parlement de la Genève politique ne sera désigné, dans l'hypothèse la plus optimiste, que par un sixième de la Genève réelle et les lois que ce parlement adoptera ne s'appliqueront que sur une portion du territoire genevois, enclose dans des frontières dessinées il y a bientôt deux siècles. Quand on aura que ces lois sont élaborées par un " monde politique " genevois d'un millier de personnes (députés au Grand Conseil et Conseillers d'Etat, Conseillers administratifs, Conseillers municipaux de la Ville et des grandes communes, membres des directions des partis politiques et des grandes organisations sociales), on aura dessiné une situation connue : Mille personnes, décidant pour plus d'un demi-million d'autres, cela s'appelle l'oligarchie. Notre république démocratique est redevenue une république oliharchique -et nous sommes de son oligarchie, ou à tout le moins en sommes nous proches...

Piogre et ses mouches
Pendant les élections, l'épuration sociale de la ville continue, avec d'autant plus de vigueur qu'elle est devenue une antienne des discours et des programmes électoraux. Genève doit être une ville plaisante aux riches, une réserve de pétrodollars et de mafiaroubles, un parc d'entreprises à haute valeur ajoutée, une pompe à Hedge Funds. Entre les riches et les pauvres, une frontière. La vieille frontière sociale et politique de toujours, mais aussi, de plus en plus évidemment, une vraie frontière, avec ses douanes, et des lois différentes d'un côté et de l'autre des douanes : la frontière française. Le pognon à Genève, la racaille à Annemasse ? Pas si simple : de l'autre côté de la frontière, on stocke aussi les travailleurs non qualifiés, les simples employés, les salariés que Genève emploie sans les loger : 300'000 personnes vivent déjà entre Douvaine et Divonne, prenant en pleine gueule les effets de la hausse des loyers provoquée par la crise du logement à Genève. Et on n'aura garde d'oublier cet autre effet collatéral de la ségrégation sociale : vu le sous-développement des transports publics franco-genevois, les frontaliers viennent travailler à Genève en bagnole. Et Genève étouffe. Mais apparemment, pas encore assez au gré d'une bonne partie de sa classe politique : celle qui ne veut ni d'un parlement régional, ni du CEVA; celle qui fait campagne contre les frontaliers parce qu'elle n'a rien d'autre à dire, ou celle qui fait campagne sur le thème " Genève, canton Suisse ", quand rien ne devrait au contraire être plus important pour la République que de construire politiquement sa région au-delà de la Suisse, dès lors sa région se construit déjà par la force de déterminismes économiques et sociaux qu'aucun espace démocratique ne contrôle, puisqu'aucun espace politique ne correspond à la région. L'enfermement politique de Genève dans ses frontières cantonales et dans les frontières suisses fait étouffer Genève et sa population ? Au moins deux forces politiques semblent y trouver leur compte : l'UDC, qui veut nous ensuissiser, et le MCG, qui veut nous piogriser.

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