Les autres otages de Kadhafi

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Du bon usage de la Libye

Hier, mercredi, le Conseil fédéral s'est engagé à respecter l'accord léonin signé à Tripoli par Hans-Rudolf Merz, même si la Libye n'a pas encore laissé partir les deux hommes d'affaires suisses retenus par le régime de frère Mouammar, et médiatiquement présentés comme des " otage " -un terme sans doute excessif, s'agissant des deux Suisses, mais un terme qui convient assez bien aux pratiques libyennes. Même lorsqu'elles arrangent nos belles démocraties : en Libye, des centaines d'Africains croupissent dans des camps d'internement, après avoir été refoulés des eaux territoriales européennes, notamment italiennes, que ces immigrants clandestins avaient péniblement atteintes à bord d'embarcations de fortune -des centaines d'autres se noyant avant d'être interceptés. Ceux-là aussi, ceux-là surtout, sont otages. Otages de la politique européenne d'immigration. Qui parle de ces otages-là ? Qui s'engage pour leur libération ? Quel président risquerait pour eux de " perdre la face " ?

Otages
Tonifié comme un vulgaire socialiste de gauche de 1915 par l'air intellectuellement roboratif de Zimmerwald, le Conseiller fédéral Couchepin a tenté, le 1er septembre, de remettre à l'heure les pendules médiatiques à propos des fameux " otages " suisses de Libye : leur sort est certes " désagréable ", mais pas " absolument dramatique ", a reconnu Couchepin. Les mots, en effet, ont un sens, et un poids. " Franchement dramatique ", si cela ne peut qualifier que par hyperbole le sort des deux Suisses de Tripoli, cela désigne beaucoup plus sérieusement le sort de ces centaines de migrants africains stockés, avec la bénédiction européenne, dans les camps d'internement libyens. Mais qui s'en soucie, de ces otages-là ? Selon la radio romande, Tripoli exigerait une caution de 500'000 dinars (environ 430'000 francs) par tête pour laisser partir chacun des deux Suisses retenus à Tripoli. Pour que la Libye laisse les damnés de la terre quitter sescentres de rétention, combien faudrait-il la payer ? Et d'ailleurs, qui paierait ? 82 personnes interceptées par la marine italienne en haute mer le 1er juillet, près de Lampedusa, ont été transférées vers un bateau libyen et emmenées vers la Libye, sans que la marine italienne ait tenté d'établir leurs nationalités ou de connaître les motifs pour lesquels elles avaient fui leurs pays, sans qu'elles aient été nourries pendant les douze heures de leur expulsion vers la Libye, mais non sans que les Italiens leur aient confisqué des effets personnels, y compris des documents d'identité. De mai à juillet dernier, au moins 900 personnes essayant de rejoindre l'Italie par la mer ont été refoulées vers d'autres pays, principalement vers la Libye. Selon le HCR, un nombre " significatif " de ces migrants ont besoin d'une protection internationale. Qui la leur accordera ? Certainement pas les Etats qui font usage de la Libye comme verrou de l'immigration illégale vers l'Europe, et comme espace de rétention des migrants. Finalement, il nous est bien utile, Kadhafi. .

Lien permanent Catégories : Immigration 2 commentaires

Commentaires

  • Bonjour à toutes et à tous,

    Bonjoru M. Holenweg,

    vous pourrez leur poser la question lorsqu'ils seront de retour.

    De fait, les otages (qui n'en seraient au fond pas si j'en crois vos écrits et les dire de l'autre démissionnaire) ont vécu une dizaine de jours dans les geoles libyennes en compagnie des autres immigrants clandestins dont vous parlez.

    Quant aux propos de M. Couchepin, j'aurais tout loisir de revenir dessus lorsque nos deux otages, et c'est bien de cela que nous parlons, seront de retour.

    Pour le surplus, ce qui me fait sourire en ce moment c'est la classe politique suisse... qui étale sa méconnaissance de la situation et qui, par dessus tout, oublie que nos deux ressortissants savent pertinemment ce qu'il se passe ici et surtout qui dit quoi.

    A ce titre, ils doivent être enchanté de ce qu'ils lisent et entendent sur leur sort... sans prendre en considération les familles qui vivent des moments de tension insupportables.

    Aller M. Holenweg, je vous attends Place des Nations à 12 h. Un acte de solidarité qui dépasse les clivages habituels qui n'ont plus lieu d'être à un moment pareil.

    Bien à vous,

    Stéphane

  • Ces migrants africains sont moins des otages qu'une bombe à retardement. Je l'ai évoqué dans un de mes billets récents: http://jfmabut.blog.tdg.ch/archive/2009/09/02/la-suisse-n-existe-pas.html.

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