Le soulagement des pleutres

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La gauche institutionnelle est soulagée : à une voix près (huit contre sept), le Comité d'initiative " s'organiser contre l'échec scolaire et garantir une formation pour tous les jeunes " a décidé de retirer ladite initiative, au grand soulagement d'au moins deux partis politiques (les Verts et le PS) qui craignaient que l'initiative de la gauche, prônant l'hétérogénéité des classes du cycle, fasse un plus mauvais score que celle du réseau " Réel ", qui prônait le rétablissement de sections homogènes et l'instauration d'y système sélectif. Qui furent les huit partisans du retrait, et les sept partisans du maintien, d'un texte qui ne faisait après tout que réaffirmer de bons et solides principes de gauche ? Lequel des huit aurait pu changer d'avis et faire basculer la décision ? A vrai dire, on s'en fout. Le fait est là : dans le débat sur l'école, la gauche genevoise s'est déculottée.

Courage, fuyons !
La pleutrerie de la gauche genevoise est à la hauteur de son inconséquence : par peur de perdre devant le peuple, elle décide de se perdre toute seule, en n'ayant pour seul prétexte que quelques promesses reçues. Les 12'000 signatures recueillies au bas de l'initiative 134 sont donc purement et simplement passées à la poubelle -contre l'avis des deux organisations qui en avaient recueilli la plupart (la SPG et la FAMCO). Rien, dans le texte de l'initiative, ne justifiait qu'on l'abandonnât en rase pré-campagne électorale. Rien, sinon précisément la peur de perdre un vote. Comme si le combat politique ne devait se mener que gagné d'avance. Comme si nous n'avions pas à moult reprises perdu devant le corps électoral (sur l'AVS, sur l'assurance-maternité, sur le suffrage féminin, sur les droits politiques des étrangers...) avant que de pouvoir finalement gagner. Comme si, enfin, tout le sens d'une proposition politique, et toute sa légitimité, pouvaient se résorber en un seul, unique et conjoncturel résultat électoral. La pratique du coïtus interruptus politique s'imposait sans doute en cette année de commémoration calvinienne (pour l'année Rousseau, en 2012, la gauche genevoise réhabilitera sans doute la fessée, et on craint le pire pour l'année Sade, en 2014), mais la méthode n'a pas qu'un passé glorieux; elle a de l'avenir, aussi, et de l'avenir proche : on votera le 27 septembre sur un " paquet fiscal " offrant de bons gros cadeaux aux bons gros revenus; l'expérience enseignant que toute proposition de réduction d'impôt est a priori acceptée par le peuple des contribuables, même par ceux qui n'y ont aucun intérêt, il conviendrait qu'au lieu de s'y opposer le PS rejoigne les Verts dans le camp des videurs de caisses publiques. De plus, comme on ne peut pas dire que les élections de cet automne s'annoncent sous les meilleurs auspices pour les socialistes, il serait peut-être plus prudent pour le PS de retirer purement et simplement sa liste pour le Grand Conseil, et de renoncer à présenter des candidatures au Conseil d'Etat. Ou alors, d'adhérer à l'Entente.

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Commentaires

  • j'aime beaucoup votre plume et votre analyse M, Holenweg. vraiment vous méritez mieux.....

  • Et c'est un gaucho qui te le dit...

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