Pentecôte culturelle

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La Grand'messe du RAAC, samedi, a annoncé la Bonne Nouvelle : il s'est produit à Genève un miracle, une pentecôte, une parousie : le champ politique s'est illuminé de conversions extraordinaires et de révélations bouleversifiantes frappant le petit monde des élues et des élus, des candidates et des candidats, des porte-paroles et des porte-plumes, prônant désormais dans une unanimité qu'on n'entendait plus guère chantée qu'à Solesme, le partage des tâches et des charges de la politique culturelle. Toutes et tous, y communiant, même avec la fraîcheur des nouveaux convertis, ceux qui depuis des lustres ont tout fait et tout défait, tout dit et de tout médit, pour que ne soit pas même envisagé ce dont il clament aujourd'hui l'urgence : une redéfinition complète des responsabilités publiques dans le champ culturel, en même temps qu'un renforcement des moyens à disposition pour que ces responsabilités soient assumées -il ne saurait en effet être question d'accepter que l'accroissement des ressources financières à disposition du canton pour sa politique culturelle se paie d'une réduction des ressources financières accordées par la Ville à la sienne. Ce n'est pas pour que la Ville puisse réduire son budget culturel qu'il faut le canton augmente le sien : c'est pour que, déchargée d'une part de son apport aux grandes institutions, la Ville puisse affecter les ressources ainsi libérées à d'autres champs culturels.

L'idiotie mise en abyme ?
Sur les réflexions concluant le forum du RAAC planaient bien quelques ombres enfuies du Musée d'art et d'histoire ou de Saint-Gervais, mais on s'autorisera à préférer entendre les " politiques " débattre de politique culturelle et rivaliser d'enthousiasme pour renforcer le rôle du canton, coordonner l'action des communes, défendre la création et même préserver les espaces alternatifs, plutôt que se disputer la palme de qui proposera la construction du plus grand nombre de prisons, l'internement du plus nombre d'importuns, l'évacuation du plus grand nombre de squats, l'expulsion du plus grand nombre d'étrangers ou le racket du plus grand nombre de mendiants. Et on ne se privera pas au passage de ricaner du soudain intérêt manifesté par un Conseiller d'Etat radical pour les conditions de travail du personnel relevant du Département municipal de la culture. L'évidence s'est donc imposée, qu'il n'est plus acceptable que la politique culturelle genevoise repose sur la seule (ou presque) Ville de Genève. La région genevoise, ce sont plus de 200 collectivités publiques (communes, cantons, départements, région) Qu'une seule de ces collectivités se charge de l'essentiel de la politique culturelle de toute la région est absurde. Mais cette absurdité ne serait pas moindre si cette collectivité était le canton plutôt que la Ville, comme le propose une résolution de la droite du Grand Conseil (Entente et UDC), qui se met à prôner l'étatisation de la culture genevoise après avoir repoussé obstinément depuis quinze ans toutes les propositions de renforcement des engagements cantonaux dans le champ culturel. Le transfert des charges et des responsabilité culturelles du canton à la Ville, contre quoi le RAAC s'était constitué, relevait de la stupidité politique et de l'inculture historique. La même stupidité politique le disputerait encore à la même inculture historique si l'on se contentait d'inverser le sens du transfert, et de l'opérer de la Ville vers le canton L'idiotie cantonalisante n'étant guère que le reflet de l'idiotie municipalisante, le danger pour les acteurs et créateurs culturels de ne dépendre que d'un seul prince ne serait pas moindre après qu'on ait changé de prince.

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Commentaires

  • Comme un certain nombre de lecteurs, j'ignorais complètement ce qu'était le RAAC, j'ai donc dû me fatiguer à aller chercher sur Google, parce qu'un publiciste improvisé ignore les règles les plus élémentaires du métier.

    Alors, voilà M'sieur Holenweg, la prochaine fois, si vous tenez à respecter vos lecteurs - il est bien entendu que si vous vous en foutez, vous ferez comme jusqu'ici -, vous écrirez le nom de l'organisme la première fois en toutes lettres, avec l'abréviation entre parenthèses, ensuite de quoi vous écrirez l'abréviation seule autant de fois que ce sera nécessaire.

    Pour le présent exemple, ça aurait donné ceci : "La Grand'messe du Rassemblement des artistes et acteurs culturels (RAAC), samedi, a annoncé la Bonne Nouvelle..."

    Je vous remercie pour votre attention.

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