Dressage de puces

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D'entre les nombreux objets soumis au vote populaire dimanche 17 mai prochain, l'introduction du passeport biométrique se heurte à une large, et hétéroclite, coalition appelant à la refuser, du moins sous la forme où elle est proposée. La socialiste vaudoise Ada Marra a déposé au Conseil national une initiative parlementaire qui, en cas de NON le 17 mai, exige du Conseil fédéral qu'il élabore un nouveau projet de " passeport biométrique " n'impliquant pas l'enregistrement systématique des données dans une " banque " centrale, et offrant aux citoyennes et yens de pouvoir librement choisir entre une carte d'identité avec puce électronique et une carte d'identité épucée. Quant au passeport biométrique, on rappellera qu'il est parfaitement inutile dans la plupart des cas, qu'il n'est exigé que par un nombre restreint de pays, et que même dans ces pays (comme les Etats Unis) il est possible de se rendre sans passeport biométrique : sans puce, mais avec un bête visa.

Ni puces, ni fouines
On se souvient, à gauche, des 700'000 fiches établies par les polices municipales, cantonales et fédérale sur à peu près tout ce qui bougeait, ou menaçait de bouger, dans ce pays : la profonde imbécillité de l'exercice a certes sauté aux yeux de celles et ceux (nous en fûmes) qui ont pu finalement obtenir copie (partielle et caviardée) de leurs fiches, mais c'est un refus de principe de voir cette paranoïa policière reprendre des couleurs qui justifie, aujourd'hui, notre refus du passeport biométrique, et de la constitution d'un fichier central des données contenues dans la " puce " intégrée au passeport : nom, date de naissance, mesures biométriques, photo, empreintes digitales, tout cela dans un premier temps; et dans un deuxième temps, quoi ? tout ce qu'on voudra y mettre. Et à quoi les polices pourront avoir accès. Mais pas seulement les police, et pas seulement les polices suisses : tous ceux, aussi, qui se bricoleront un accès, légal ou non, à ces données, et tous les services étrangers à qui leurs homologues helvètes transmettront des données confidentielles concernant des citoyens suisses. On peut légitimement s'étonner que des forces politiques qui hurlent à la mort de la sphère privée à la moindre égratignure du secret bancaire soient si insensibles aux menaces que fait peser la technologie biométrique sur la protection de la sphère privée... Rien, jamais, quelques précautions que l'on prenne, n'empêchera la fraude, la falsification, les " fuites ". Le principe de précaution, s'agissant de la protection des données, exige que " seules les informations dont les autorités ont absolument besoin leur soient transmises ", résume le préposé fédéral à la Protection des données, Hanspeter Thür, opposé à l'introduction du passeport biométrique. Démocratique, l'Etat n'a en effet à connaître de chacun de nous que ce qui est nécessaire à l'accomplissement des tâches qui lui ont été confiées. Et la paranoïa nord-américaine doit pouvoir être contenue aussi efficacement que n'importe quelle grippe mexicaine, bien moins dangereuse.

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