Mettre un collier antipuces à Big Brother

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C'est un référendum que personne, ou presque, n'avait vu venir, que personne ne pensait voir aboutir, et dont pas grand monde s'était aperçu de l'aboutissement : le référendum contre le nouveau passeport biométrique. Or non seulement le référendum a abouti, mais le front des opposants à une décision très largement majoritaire du parlement s'est élargi au point que seuls les partis du centre-droit (et encore : le PDC genevois appelle à la refuser...) la soutiendront devant le peuple : socialistes et Verts la combattent, l'UDC aussi (pour des raisons diamétralement différentes, mais dans un vote référendaire seuls les " oui " et les " non " comptent, pas leurs motivations). En outre, la Fondation alémanique des consommateurs et les jeunesses de tous les partis, sauf celles du PDC, appellent également à refuser la pupuce à Big Brother.

Sacs à puces
Le nouveau passeport biométrique a de la puce dans l'aile : le projet du gouvernement, approuvé par le parlement, s'avère à la fois excessif, dangereux et bâclé. Pour complaire à la paranoïa nord-américaine, le Département fédéral de justice et police était en effet allé au-delà des exigences européennes : le respect des accords de Schengen, au nom desquels il justifiait sa proposition, n'implique en effet ni la création d'un fichier centralisé où seraient stockées la photo et les empreintes digitales du titulaire du passeport, ni la création d'une carte d'identité biométrique. La carte d'identité actuelle suffit pour toute l'Europe, et le passeport actuel pour la quasi-totalité des pays du monde. Quant à l'argument de la sécurité du document, on notera qu'il sera toujours possible d'en faire une copie, mais que comme il ne le sera plus de créer une identité factice pour un " vrai faux " passeport, les faussaires seront purement et simplement incités à utiliser l'identité réelle de gens non moins réels. La biométrie créée ainsi une dangereuse impression de sécurité, d'autant plus illusoire que la " clé secrète " permettant d'accéder à la puce contenant les données confidentielles, et insérée dans le passeport, est créée à partir de données mises en évidence dans le même passeport (date de naissance, numéro et date d'échéance du passeport), ce qui laisse planer le risque d'un fichage généralisé ou d'un piratage à des fins incontrôlables : traçage des personnes, obtention frauduleuse et archivage incontrôlé de données personnelles… On votera " non " le 17 mai. Sans oublier d'avoir, d'ici là, signé le référendum lancé à Genève contre les " périmètres de sécurité " auxquels on finirait bien par ne pouvoir accéder sans passeport biométrique. La boucle de la laisse serait ainsi bouclée : si on acceptait que des gens soient traités comme des chiens, pourquoi s'étonner qu'on veuille leur coller des puces ?

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Commentaires

  • Cher Pascal, quel plaisir de te lire! Devant tant de politiquement correct, tes avis "parfois socialistes" me plaisent. Ne te tais surtout pas!La dérive sécuritaire, l'envie de protéger tout le monde de tout et de pamperiser le citoyen ad eternam va nous enlever pas mal de libertés. amitiés, marion

  • Ne vous fatiguez pas, M. Holenweg, le passeport biométrique l'emportera avec une majorité acceptante que je situe entre 59 et 63 % !

    Et cela indépendamment des efforts que vous consentirez ou ne consentirez pas.

  • Il n'est en effet pas exclu qu'une majorité du chenil vote pour être empucé. Mais il n'est pas impossible non plus qu'il s'y refuse (et ce serait même arithmétiquement logique, si on additionne le poids des partis appelant à vter "non" (PS, Verts, UDC, majoritaires à eux trois)...

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