" Mesures d'éloignement " : un référendum tardif, mais légitime

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Contre la politique du " casse-toi, tu pues "

Le Parti du Travail a lancé un référendum contre la modification, votée le 19 février par le Grand Conseil, de la loi cantonale sur la police.  En cause : les mesures d'éloignement, déjà possibles pour les dealers (et dont l'effet le plus tangible est de les repousser d'un quartier à l'autre, les dealers de Cornavin se retrouvant à Saint-Jean et ceux des Eaux-Vives à Plainpalais), La loi permettrait désormais d'appliquer ces mesures pendant un jour à trois mois, dans un périmètre variant d'un pâté de maison à tout le canton, à toute personne ou tout groupe de personne susceptibles (au gré de l'appréciation policière) de " menacer l'ordre ou la sécurité publique " tels que la droite, les conçoit. C'est " la porte ouverte au délit de faciès et aux abus d'autorité ", commente avec raison le président du PdT, Jean-Luc Ardite. Le Conseiller d'Etat Laurent Moutinot était d'ailleurs du même avis : la loi pouvant s'appliquer à n'importe qui, " au mieux elle est un placebo, au pire, un risque pour les libertés publiques ". Le principe de précaution suggérant de se préparer au pire, on n'a rien à perdre à signer le référendum. Et on y gagnera au moins l'occasion de dire " non " à la paranoïa sécuritaire.

Chronique de la démagogie ordinaire
Le Parti du Travail a certes perdu un mois avant de se décider à lancer un référendum contre les " mesures d'éloignement ", mais, à sa décharge, on précisera qu'aucune des forces politiques opposées à la loi (le PS, les Verts, SolidaritéS) n'a fait montre de plus de promptitude, alors que chacune d'entre elle avait les mêmes raisons que lui, et plus de moyens, de faire le pas de l'appel au peuple.  Résultat : le référendum lancé devra aboutir dans trois semaines avec au moins 8000 signatures, compte tenu du " déchet " de signatures non valides, ou apposées par des personnes ne disposant pas du droit de vote au plan cantonal. Il n'empêche : même trop tard, ce référendum devait être lancé, et le Parti du Travail a eu raison de le lancer, même si ses forces ne suffiront pas à le faire aboutir, et même si le soutien qui lui a tardivement été apporté par le PS, les Verts et SolidaritéS devait lui aussi se révéler insuffisant. Si nos signatures au bas du référendum ne le feront pas aboutir, du moins exprimeront-elles notre refus d'une politique d'épuration sociale dont les seuls effets réels seront ses dommages collatéraux : Genève aura redécouvert l'ostracisme de la Grèce antique, mais il n'y aura pas à Genève un mendiant de moins, pas un dealer de moins, pas une bagarre de moins quand la droite genevoise aura épuisé son stock de lois exclusives -en revanche, les libertés de manifester, de s'exprimer, de se déplacer, de travailler (comment se rendre à son travail si l'on est " interdit " dans le quartier où l'on travaille ?) de se réunir, les libertés syndicales et les droits politiques auront été réduits. Pour rien, par démagogie sécuritaire et par calcul électoral.

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Commentaires

  • Il semble que tout le monde est impuissant contre les dealers. Peute etre parce que ca donne du profit a quelqe'un.

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