Une reine aux Rois

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Real Griselidis.jpgGrisélidis Réal :
Une reine aux Rois


Le Conseil administratif a confirmé que Grisélidis Réal reposera au cimetière des Rois, à Plainpalais, notre petit Panthéon à nous, dès le 9 mars. Cris d'orfraies dans la parvulissime République : quoi ? Une prostituée dans un jardin réservé aux personnalités " particulièrement méritantes " ? Eh bien oui, parce que Grisélidis, prostituée ou non, était " particulièrement méritante ". Et qu'on n'est pas sûr de pouvoir en dire autant de tous ses futurs voisins.


Les cendres de la sorcière

La dame avait vécu de ses charmes, certes. Mais, prostituée et se revendiquant telle, Grisélidis était aussi écrivaine de grande race, et citoyenne de bel engagement. Elle avait d'ailleurs moins défendu la prostitution que les prostituées. Quant à l'écrivaine, que celles et ceux (surtout celles, hélas) qui s'indignent que ces cendres pussent reposer à côté de celles d'obscurs notables la lisent : ses mots plaident pour elle. Enfin, c'est la citoyenne, la fondatrice d'Aspasie, la militante de la cause des plus méprisées et des plus exploitées d'entre les femmes, qu'on honorera. Défendant le choix du Conseil administratif, Patrice Mugny a parfaitement raison d'affirmer que " dans une société idéale, les femmes ne devraient pas avoir à vendre leur corps "... mais dans une " société idéale ", nul ne devrait avoir à vendre ni son corps, ni son temps, ni ses rêves -et on se rappellera, avec quelques vieux anarchistes, que la prostitution n'est après tout qu'une métaphore du salariat (on ne vend pas son corps, mais on vend un temps pendant lequel l'acheteur fait de nous ce qu'il veut), d'autres ajoutant qu'après tout, ce qui sépare la prostituée de l'épouse bourgeoise est que la première se fait payer pour ce que la seconde doit subir par devoir conjugal. Grisélidis s'était prostituée, certes, mais on ne jurera pas que d'entre les augustes dépouilles reposant aux Rois, aucune ne soit celle d'hommes qui n'ait pire à se reprocher. On pourra jurer, en revanche, qu'il en est de nombreux dont les " mérites particuliers " furent infiniment moindres que ceux de la Courtisane. Et dont le nom même ne dit plus rien à personne, quand les mots de Grisélidis sont encore célébrés comme ceux d'une égale des grands écrivains.

Commentaires

  • "Patrice Mugny a parfaitement raison d'affirmer que " dans une société idéale, les femmes ne devraient pas avoir à vendre leur corps "..."

    Il a peut-être parfaitement raison, mais je ne vois pas ce qu'il veut dire, sinon que dans une société idéale, tout le monde serait disposé à calcer tout le monde et à se faire calcer par tout le monde !

    Et j'en profite pour rappeler qu'il y a aussi des femmes qui paient pour se faire saillir...

    La société idéale selon Mugny existe néanmoins, c'est celle des bonobos et le ministricule genevois confirme ce que j'observais déjà au moment de l'adoption du "partenariat homosexuel", à savoir que l'homme descend du singe et qu'il y retourne !

  • M. Mugny était-il jaloux du carré musulman attribué à son collègue Tornare?
    En faisant ce qui n'est qu'une forme du politiquement correct (désolé pour l'expression, mais il me plaît qu'elle soit un peu insultante), M. Mugny va probablement ouvrir une grande période de déterrements et d'enterrements selon les modes du jour, chacun ayant de bonnes raisons de vouloir "démocratiquement" mettre fin à une sorte de consensus sur les personnalités à honorer, ne serait-ce que par tradition. On devrait au moins limiter les coups de publicité personnelle à un seul par Conseiller administratif.
    On pourrait maintenant reprendre la liste de ceux qui ont été ainsi honorés et la corriger par une votation populaire: car si l'usage et la tradition ne prévalent plus, autant que ce soit la démocratie directe.

  • C'est vraiment dommage que le ridicule ne tue pas vraiment. Cela éliminerait définitivement les Genevois...
    Le ridicule n'est pas d'enterrer Grisélidis Réal ici ou là, c'est d'avoir des cimetières de 1ère, 2ème ou 3ème classe. Il existe aussi des fosses communes pour les gens comme moi, dans cette ville qu'il ferait bon vitrifier ?

  • En effet, cette hiérarchie des cimetières (ou des tombes dans les cimetières) est aussi imbécile qu'elle est générale. Pour paraphraser Patrice, "dans une société idéale", il n'y aurait que le même cimetière pour tous... Mais fort heureusement, pour ceux qu'indiffère totalement le sort qu'on réservera à leur viande ou à ses cendres, il reste toujours, outre la fosse commune,la possibilité de disperser les secondes dans la rivière ou le lac le plus proche, puisque celle de placer le cadavre dans un arbre pour les corbeaux s'en repaissent ne nous est plus offerte. C'était pourtant la plus écolo.
    Sur ce, relisons Villon : "Frères humains qui après nous vivez..."

  • Les rois ont toujours eu un faible pour les courtisanes, patentées ou non. Quelques familles régnantes, avec maîtresses et enfants nés hors mariage, nous en ont fait la démonstration (liste à disposition, ou alors France Dimanche et Ici Paris). Où est le mal à réunir les amants ? Tartuffe ...

  • Rassurez moi ... ce sont bien des vivants qui ont élu Patrice Mugny ?

  • ce sont bien les vivants qui ont élu Mugny. Les morts ont voté UDC, comme d'hab.

  • http://toutpasse.blog.tdg.ch/archive/2009/01/14/rue-de-berne.html#more

  • Ce n'est pas avec ce genre d'arguments, monsieur Holenweg, que le débat peut continuer.

    Merci de l'avoir tué, enterré ... etc.

  • C'est très bien de l'enterrer là.

    Comme ça elle y retrouvera ses anciens clients.

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