Une usine à gaz en crise

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FASe ultime ?

La FASe (fondation pour l'animation socioculturelle, qui regroupe les maisons de quartiers, centres de loisirs, jardins Robinson etc...) est en crise financière : la subvention qu'elle reçoit du canton pour 2008 (et qui n'a pas bougé depuis 2007) ne couvre pas le coût des mécanismes salariaux qu'elle doit honorer, par référence à ceux de la fonction publique. Or la Fondation n'a pratiquement pas d'autre source de financement que les subventions publiques -et si celles-ci sont insuffisantes, le budget est déficitaire. Pour couvrir ce déficit (417'000 francs pour 2008) et assumer ses obligations d'employeur, la FASE espérait pouvoir obtenir du Fonds d'équipement communal (FEC) un coup de pouce, mais le canton s'y est opposé (alors qu'il avait imposé une ponction de plusieurs millions sur le même FEC pour payer les dettes de la fondation (privée) du stade de la Praille -on a les priorités qu'on mérite). On vous passe les péripéties suivantes, pour en arriver à la situation actuelle : le canton est d'accord de renflouer la FASe, à condition que les collectivités publiques détiennent désormais la majorité au sein du Conseil de fondation. La FASe n'était pas un modèle d'efficacité, sa conception même, et son histoire, la faisait furieusement ressembler à une usine à gaz -mais autogérée. L'usine à gaz est en voie de nationalisation. Reste à savoir à quoi elle va servir.

Repenser la FASe

Plus profondément qu'à une crise financière, c'est à une crise et à la contradiction de ses objectifs qu'est confrontée la FASe. Comme son nom l'indique, la fondation a été créée pour assurer l'animation socioculturelle. Sa charte de 1993, signée par le canton les communes, les associations et le personnel, fixe deux axes " indissociables " à son travail : l'action associative et socioculturelle et l'action éducative. Jusque là, tout est possible. Mais le temps passant, et les sensibilités sociales et politiques évoluant, on a ajouté à ces missions initiales des objectifs sécuritaires (de prévention de la délinquance) qui peuvent difficilement être considérés comme " indissociables " de l'action socioculturelle (autant confier la responsabilité de l'école et de la police au même département ministériel). L'animation socioculturelle n'a pas pour finalité la prévention de la délinquance, la réinsertion des délinquants, et moins encore leur " rééducation ". Attribuer à la même institution (la FASe) des missions aussi contradictoires que l'animation et la réinsertion, c'est la condamner à n'en remplir aucune. Et faire de la FASe l'employeur d'animateurs socio-culturels, de moniteurs de jardins Robinson ou de centre aérés en même temps que de travailleurs sociaux hors-murs, c'est la charger de responsabilités qu'elle n'a pas les moyens d'assumer. Ou la contraindre à choisir d'entre les deux missions contradictoires qu'on lui assigne, celle à laquelle elle va devoir renoncer pour pouvoir assumer l'autre. Autant dire que la crise que traverse la FASe ne devrait pas seulement aboutir à une décision prise dans l'urgence, parce qu'indispensable, de la renflouer financièrement, quitte à y " prendre le pouvoir ", mais aussi à une redéfinition de ses missions.

Lien permanent Catégories : Genève 3 commentaires

Commentaires

  • Jeudi 13, j'étais dans la tribune du public du Grand Conseil et je ne comprenais rien à rien, personne ne voulait me dire de quoi il retournait.
    Lisant votre article, je comprends le fond de la question.
    Merci pour votre article.

  • Cher Camarade Holenweg,

    Maintenant j'ai tout compris. Une usine à gaz en faillite, c'est bien si elle est autogérée... Mais... attends! Mais oui! il va falloir nationaliser! Mais quoi? La faillite, l'autogestion et une organisation dont tu dis toi-même qu'elle employe des travailleurs sociaux "hors-murs" (je préférerais le terme de "stabulation libre")... Et ce faisant, il convient donc redéfinir les missions.

    Certes, lorsque l'on ne sait pas ce qu'on fait, quoi d'autre?

    En quelques mots, voici résumée ta vision gauchiste et attardée de l'action socio-culturelle.

    Camarâââde! Tu étais plus amusant lorsque tu lisais les reproductions complètes de "l'Humanité Clandestine" (1941-1943)...

  • Depuis la crise de 2006, je réclame une saisie de la Cours de Comptes... et je me rends compte que cela n'est pas encore fait.

    Q'attendent les bénéficiaires des prestations pour le faire ?

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