Genève accouche d'une Constituante de vieux mâles universitaires

Imprimer

Genève accouche d'une Constituante de vieux mâles universitaires :
Qu'en faire ?


De tous les processus politiques, le processus constituant devrait être le plus démocratique -à Genève, il sera oligarchique : 80 personnes représentant 15 % de la population vont rédiger la Constitution de tout le monde. L'assemblée chargée de rédiger une nouvelle charte fondamentale de la République n'aura finalement été élue que par un-e habitant-e de la République sur six : la majorité de la population en avait été exclue d'emblée, la majorité de celles et ceux qui pouvaient malgré tout participer à cette élection ne l'ont pas fait, et une bonne partie de celles et ceux qui l'ont fait, l'ont fait pour rien, leurs listes préférées n'ayant pas obtenu le quorum. Et la question reste posée : Genève a mollement consenti à élire une Constituante. Mais pour en faire quoi ?

" Ni rire, ni pleurer "
(Spinoza)

Si l'abstention a été aussi importante que prévu, si les listes des partis représentés au Grand Conseil ont comme prévisible raflé près de 80 % des sièges, la plupart des listes " associatives " échouant devant l'obstacle du quorum (on ne pleurera d'ailleurs pas sur " Halte aux déficits ", " Pic Vert " et " propositions.ch "), l'élection de la Constituante genevoise a tout de même été marquée par quelques surprises -et elles sont généralement bonnes. D'abord, l'échec de la liste patronale et le succès de celle de l'AVIVO : avec dix fois moins de moyens financiers que la première, la seconde obtient moitié plus de sièges : la compétence en matière d'investissement productif ne se niche pas là où on la proclame. Ensuite, le fait que, menacées par la barre du quorum, les listes de SolidaritéS et des Associations l'ont finalement franchie. Enfin, un rapport de force équilibré s'établit au sein de l'Assemblée constituante entre la gauche (au sens large) et la droite (toutes tendances confondues) : on est loin de la Chambre introuvable dont le Grand Conseil fournit l'image depuis trois ans. Ce bilan " globalement positif ", comme disait l'autre, recèle néanmoins quelques lignes saumâtres : on regrettera, sans en être surpris, l'échec de la liste des femmes et d' " Expression citoyenne " : ces listes étaient de trop (elles auraient dû se joindre à la liste des associations et la renforcer). On regrettera aussi la place très réduite faite aux femmes et aux jeunes au sein des élus socialistes -et d'une manière générale, de la Constituante : cette assemblée sera mâle, mûre et notabiliste. Et si la menace d'un projet de constitution totalement réactionnaire s'estompe, la chance d'un projet de constitution radicalement réformiste se dissout dans le même temps. A élection tiède, assemblée tiède : on n'attendait guère mieux, et on craignait bien pire.

Lien permanent Catégories : Genève 5 commentaires

Commentaires

  • Le premier de ces vieux mâles est évidemment Christian Grobet, dinosaure de la classe politique. Il date de l'ère du crétacé ou du jurassique. Il est tellement fossilisé qu'il n'a plus aucune idée, même vieille.

    Il s'est trouvé quelques milliers de gens pour voter pour ce reliquat moisi du passé qui osait se déclarer contre l'idée même de réécrire la constitution tout en se présentant.

    Intéressants débats en perspective.

  • Que vous ne pleuriez pas sur Halte aux Déficits, c’est votre droit, mais demain il ne faudra pas pleurer si l’obscurantisme comptable et financier de cette bonne République perdure pour permettre à ceux qui sont au pouvoir de présenter des situations financières et comptables non comme elles devraient être, mais uniquement comme elles sauraient être pour servir leurs intérêts immédiats (voir le dernier budget de cette bonne République pour s’en convaincre)intérêts immédiats par trop souvent contraires aux véritables intérêts de la population genevoise.

  • Où sont les trentenaires ? Que des "has been" ou des "never been" pour nous concocter la Constituante de demain qui après 4 ans sera un manuscrit de ...30 pages...
    Première année : ils lisent, comprennent, discutent, s'engueulent...
    Deuxième année : Ils discutent, s'engueulent et écrivent 15 pages...
    Troisième année : Ils discutent, s'engueulent et écrivent 15 pages...
    Quatrième année : Ils rédigent, s'engueulent une dernière fois et c'est fait...

    En dernier, le peuple peut ou non l'approuver - Coût 8-10 millions - probabilité de réussite, c'est comme à la BNS (en moins gros) on joue... on perd ou on gagne !

  • Oui, vous avez raison que nous ne pouvons pas parler de la democratie de ces elections et j'aime comment vous les nommez ces "anciens politiques". Meme nous pouvons enumerer tous sans probleme parce qu'ils ne se changent pas.

  • Que se passe t-il si quelqu'un quitte le navire ou jette l'éponge ? sera-t-il remplacé ? le nombre est de 80 mais est-ce aussi légal s'ils ne sont plus que 78 ou encore moins ?

Les commentaires sont fermés.