Retour politique du religieux : Gott mit euch

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Dans un discours prononcé devant quelques centaines de " personnalités du monde de la culture " française, Benoît Seize, ci-devant pape, a proclamé (une fois de plus, mais on ne s'en lasse pas) que " ce qui a fondé la culture de l'Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L'écouter, demeure aujourd'hui encore le fondement de toute culture véritable ". En suggérant (modestement, puisque athées et donc hors de " toute culture véritable ") à Papy de lire l'Enyclopédie (après 250 ans, il serait temps), on lui rappellera que le " fondement " réel de la culture européenne est gréco-latin, et donc païen (sans oublier d'ailleurs que ce fondement repose lui-même sur des héritages non moins païens), que l'apport de l'athéisme et de l'agnosticisme à la culture européenne est incontestable, et qu'à vouloir exclure de la " culture véritable " les Lumières et l'affirmation d'une Raison autonome de la foi, on s'interdit de comprendre même ce qu'est la culture européenne. Il est vrai cependant que le Pape n'est pas le seul à s'arrimer comme un champignon aux " racines chrétiennes " de " notre civilisation " : dans notre petit coin de terre, la liste " évangélique " pour la Constituante genevoise fait de même, et les partisans de l'interdiction des minarets en Suisse itou.

Racines

La floraison de discours sur les " racines " religieuse de " notre civilisation ", cette obstination suspecte à vouloir réduire ces " racines " à la chrétienté (ou à la judéo-chrétienté, ou, dans le meilleur des cas, au Livre) et donc " nôtre civilisation "à la religion, commencent sérieusement à nous courir sur le haricot. Et tous ces bons apôtres truffiers à nous bassiner, qui nous somment de graver dans les textes (les constitutions, par exemple) ce qui leur paraît être une évidence, mais qui ne l'est qu'en raison de leur myopie historique : que les " racines " de notre " civilisation européenne " seraient chrétiennes, que les " racines " de toute civilisation seraient religieuses. Il se trouve que les seules religions historiquement supportables sont celles qui ont secrété les acides qui les ont détruites comme institutions incontestables : c'est le grand mérite du christianisme que cette sécularisation, et c'est la grande faiblesse de l'islam, que de n'y être encore parvenu qu'à la marge, faute peut-être d'institutions centrales à combattre frontalement. Mais en chrétienté aussi, la nostalgie du règne religieux se cultive, de Sarah Palin à Benoît XVI. Or le christianisme s'est diffusé comme culture dans le temps même où il se dissolvait comme puissance politique, et à la condition de cette dissolution. Pourquoi dès lors vouloir à toute force remettre un dieu là d'où on a eu tellement de peine à l'extirper : au cœur de la politique ? Sans Calvin, il n'y aurait certes pas de République de Genève… mais si les arbres tiennent par leurs racines, nous ne sommes pas des arbres et nous tenons par nos têtes. A vouloir s'enraciner, on n'arrive qu'à s'immobiliser.

Lien permanent Catégories : Spiritualités 11 commentaires

Commentaires

  • Ah, voici du grand Holenweg!

    "Les seules religions historiquement supportables sont celles qui ont sécrété les acides qui les ont détruites..." Bravo camarade! Quelle belle envolée!

    Historiquement cependant, votre mémoire à court terme est défaillante... Vous rappelez-vous les heures bénies du PCUS? Ou de l'Angka? Ou du règne illusoire du Grand timonnier du parti communiste chinois? Le seul qui résiste, encore et toujours, est le camarade Kim-il je-ne-sais-plus-quoi de Corée du Nord... La nocivité de ces systèmes de pensée (et de leur application9 a généré leur auto-destruction, et beaucoup plus rapidement que les dogmes fourre-tout de la chrétienté.

    A vouloir comme vous s'enraciner dans le dogme que le capitalisme est essentiellement mauvais et que le socialisme est essentiellement bon, vous vous faites l'apôtre (si, si!) d'une pensée manichéenne, simpliste et niaise. Lorsque celle-ci n'est pas tout simplement totalitaire. Celle-ci s'autodétruira d'elle-même. Car qu'y a-t-il de différent entre le Calvin du 17e siècle et ses incantations et le Holenweg du 21e et les siennes? La dimension historique sans doute.

    Bonne journée.

  • Le problème est des plus simple: les pouvoirs politiques veulent qu'on les identifie à cette valeur sure qu'est la religion. En ce qui me concerne Sarkozy, Sarah Paulin et même le Pape Benoît XVI n'ont que des prétentions politiques et s'il existait une machine à détecter la dimension spirituelle de chacun il serait alors évident que la leur est inexistante. Ils utilisent Jésus comme un produit de promotion pour leur carriére et leur soif de domination. Hitler, Mussolini, Franco, Pétain aussi se disaient catholiques et savait faire appel au Pape pour "bénir" leurs actions. Comme Jésus doit être "triste" de devoir à nouveau porter sa Croix jusqu'au Golgotha pour y être crucifier. Moi je fais partie de ceux qui partagent sa souffrance et vous ?

  • J'aimerais bien lire des tribuens aussi enflammée lorsque nos salafistes de service pointent le bout de leur nez! mais là, non, attention: RACISME! La démagogie du "deux poides, deux mesures"!

    "Mais en chrétienté aussi, la nostalgie du règne religieux se cultive, de Sarah Palin à Benoît XVI."

    Sauf que sous Pallin, AUCUNE loi religieuse n'a été introduite, ni l'enseignement du créationnisme, ni l'interdiction de l'avortement...

    "ce qui leur paraît être une évidence, mais qui ne l'est qu'en raison de leur myopie historique : que les " racines " de notre " civilisation européenne " seraient chrétiennes"

    Et d'où viennent alors les racines de l'humanisme socialiste, si ce n'est précisément dans l'exemple du Christ? Quel Prophète en dehors de lui a embrassé une prostituée et appelé à aimer son prochain comme soi-même? Et en quoi nos racines historiques ne le seraient pas?...

  • Il ne s'agit pas de nier que le christianisme soit l'une de nos racines historiques -mais de nier qu'il soit la seule : avant lui, il y a tout l'hélritage grec et latin, païen, mais déjà (pour une part, considérable) humaniste. Nous tenons de Socrate et de Platon, mais aussi d'Hraclite et de Diogène, de Marc-Aurèle et de Lucrèce, autant que des Prophètes du Livre, et que de Jesus.
    Où diable voyez-vous une "démagogie du deux-poids, deux mesures" là dedans ? Les intégrismes religieux se valent tous. Et je ne suis pas de ceux qui se sentent obligés de composer leurs textes par quotas rhétoriques, de dénoncer l'intégrisme islamiste si je dénonce l'intégrisme chrétien (ou réciproquement), de ne pas oublier de m'en prendre à Hani Ramadan si je m'en prends à Benoît XVI (ou réciproquement).

    Cela dit, aucune "pensée socialiste" ne serait en effet concevable (ni diallleurs n'a été conçue) holrs du champ culturel des rois grands monothéisme. Croire que l'histoire a un sens, qu'elle n'est pas totalement ausurde, qu'elle a un début et une fin et nqu'on ne tourne pas indéfiniment en rond, qu'elle va vers le meilleur et non vers le pire, c'est effectivement un héritage judéo-chistiano-musulman. La différence se fait sur la désignation du "moteur de l'histoire" : Dieu, ou les humains ?

  • "Et je ne suis pas de ceux qui se sentent obligés de composer leurs textes par quotas rhétoriques, de dénoncer l'intégrisme islamiste si je dénonce l'intégrisme chrétien (ou réciproquement), de ne pas oublier de m'en prendre à Hani Ramadan si je m'en prends à Benoît XVI (ou réciproquement)"...

    C'est précisément ce qui fait l'aspect obtus de votre "pensée". Quoiqu'il arrive, quoiqu'on dise, vous avez toujours raison... Cherchez l'erreur.

  • A part ça je trouve la vision de la culture offerte par le Pape quelque peu limitée, et comme vous je suis convaincu que "l'apport de l'athéisme et de l'agnosticisme à la culture européenne est incontestable"...

    Meilleures

    Carlitos de Unamuno

  • "Il ne s'agit pas de nier que le christianisme soit l'une de nos racines historiques -mais de nier qu'il soit la seule : avant lui, il y a tout l'hélritage grec et latin, païen, mais déjà (pour une part, considérable) humaniste."

    On est d'accord, mais je nuance: Le fait est qu'il est difficile de séparer définitivement tous les courants et les sources que vous citez. Ainsi l'humanisme doit beaucoup à un certain... Érasme de Rotherdam (Un théologien...)... La relecture des traditions philosophique grecque et romaines combinées à la théologie chrétienne nous donne Saint Thomas d'Aquin (Un autre théologien), etc.

    Pour le reste nous sommes héritier d'une longue tradition anticléricale très ancrée à gauche et assez virulente, que j'ai longtemps partagée. Je ne suis ni catholique (ni protestant, ni baptisé), ni papiste, mais je ne veux plus non plus céder à l'anti-religionisme primaire teintée d'"opium du peuple" et de positivisme qui voudrait que la Raison l'emporte définitivement (c'est simplement impossible).

    Je respecte la religiosité et la Foi, simplement parce qu'elles aident des milliers d'individus à survivre et à garder une once d'espoir en l'avenir. C'est particulièrement vrai dans les pays en développement.

    "Nous tenons de Socrate et de Platon, mais aussi d'Hraclite et de Diogène, de Marc-Aurèle et de Lucrèce, autant que des Prophètes du Livre, et que de Jesus."

    Honnêtement, dans notre vie familiale, comme disait "mère" très justement sur un autre billet, les traces de l'évangile sont plus palpables que celles de Marc-Aurèle! Disons que les évangiles sont plus assimilables à de la littérature populaire que les oeuvres d'Héraclites... Là nous sommes plutôt dans notre héritage scientifique et philosophique...

    "Et je ne suis pas de ceux qui se sentent obligés de composer leurs textes par quotas rhétoriques, de dénoncer l'intégrisme islamiste si je dénonce l'intégrisme chrétien (ou réciproquement), de ne pas oublier de m'en prendre à Hani Ramadan si je m'en prends à Benoît XVI (ou réciproquement). "

    Vous avez parfaitement raison, ce serait du politiqument correct inversé, et mon accusation, à vrai dire, était un peu gratuite. Cependant, de façon générale, j'ai l'imprsession qu'une certaine gauche se montre facilement virulente quand il s'agit du pape, et soudainement très prudente, voir compatissante, lorsqu'il s'agit de l'islam. Dans votre cas, je ne pouvais juger si gratuitement. Mais c'était, en quelque sorte, adressé à la gauche plus globalement.

    "La différence se fait sur la désignation du "moteur de l'histoire" : Dieu, ou les humains ?"

    Et bien, à priori l'un n'exclu pas l'autre, après celà dépend du théologien et de sa conception du libre arbitre. Moi perso, je vous le confie, je suis totalement convaincu que l'humain est prépondérant dans cette histoire. Après, c'est selon, on peut penser à un Créateur aveugle qui lâche ses créatures et les laissent libre de trouver leur salut, un marionettiste qui guide chaque action humaine, ou un pur Hasard aussi improbable que Dieu qui nous aurait conduit à ce que nous sommes. Pour le déroulement de l'Histoire, ma fois, je ne crois pas qu'il suive un sens particulier, mais plutôt qu'il est la somme des psychologies humaines cumulées à l'action des puissants (Je sais, c'est pompeux...).

  • Mon second message aurait du apparaître avant le premier, question de logique...

    Meilleures

    Carlitos de Unamuno

  • Tout étudiant en droit, a droit, aux cours sur le droit ... romain.

  • "Tout étudiant en droit, a droit, aux cours sur le droit ... romain."

    Bien sûr, notre Droit tire ses sources du Droit romain et notre Démocratie doit beaucoup à Périclès...

  • J'aimerais bien savoir, dans le "LIVRE", pourquoi Dieu, tout-puissant (et tutti quanti) s'est-il arrêté le septième jour ?
    Un tout-puissant, comme LUI, n'a pas besoin de repos ... ou bien ?

    Cela me semble + tenir, d'un programme syndicaliste, que de preuves "DIVINES" ...

    De +, il est très ordonnée, LUI, ... , il finit tout son ouvrage, en 6 jours. (donc, l'idée d'un agenda bien organisé est né).

    Au moins, dans l'Antiquité, croyants et athées se parlaient.

    Aujourd'hui, dans l' "œcuménisme" il n'y a que les croyants, qui ont droit à la parole ... c'est vrai qu'entre croyants et dirigeants de la FOI, ils ne vont pas faire participer des incrédules, des athées...etc.

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