Initiative pour la protection contre la violence des armes : Le débat plonge dans le ça... (jeudi, 20 janvier 2011)

bpWalker.jpgAu fur et à mesure que l'on s'approche de l'échéance du vote populaire, le 13 février, sur l'initiative  « pour la protection contre la violence des armes », le débat s'échappe du discours rationnel pour sombrer dans les affres de l'angoisse existentielle du mâle rupestre que l'idée même de ne plus disposer de sa pétoire militaire à la maison renvoie à la vieille terreur de la castration. Tout y passe : si l'initiative est acceptée, le tir sportif, la chasse, l'armée de milice, les traditions nationales, le principe du citoyen-soldat, l'honneur du mâle et du pays sombreraient derechef. Quelques voix pourtant tentent de ramener ce débat dans les limites d'un discours rationnel sur l'utilité, en 2011, de laisser près d'un million et demi d'armes militaires en stabulation domiciliaire ou en circulation plus ou moins contrôlée dans un pays de sept millions d'habitants. A Genève, où 18 % de la population dispose d'une arme à domicile, 15 % des suicides se font par armes à feu. En Suisse centrale, où 57 % de la population dispose d'une arme à domicile (trois fois plus qu'à Genève), ce sont 33 % des suicides qui se font par arme à feu (deux fois plus qu'à Genève).

Godemiché et vache sacrée

Voter « oui » à l'initiative « pour la protection contre la violence des armes » ne signifie pas mettre fin à l'armée de milice, ont tenté d'expliquer à qui ne veut pas les entendre quelques anciens officiers de ladite armée. Le capitaine Urs Honegger regrette de n'avoir «pas encore entendu un seul officier articuler un argument fondé et objectif en faveur du maintien de l'arme personnelle à domicile » , le lieutenant-colonel Jean-Marc Guinchard essaie d'expliquer que « la guerre de nos jours est économique, terroriste ou informatique », une guerre dans laquelle un fusil n'a guère que l'utilité d'un gri-gri... Quant à justifier le maintien de l'arme à domicile par l'argument des tirs obligatoires (cet argument étant avancé notamment par le Conseil fédéral), le même lieutenant colonel le balaie d'une phrase :  « ces tirs ne servent qu'à financer les sociétés de tir  ». D'un point de vue strictement militaire, plus rien ne justifie donc  le maintien de la pratique actuelle. Mais on ne se place plus, du côté des partisans de cette pratique, d'un point de vue strictement militaire. On n'est plus dans Clausewitz, on est dans Groddeck. On est dans le ressassement du mythe, dans la négation de l'évidence, dans la phobie de la castration, dans la confusion des calibres des armes et des sexes -bref, on a quitté le monde du raisonnement pour entrer dans celui du fantasme et du fétichisme : pour la Société suisse des officiers, l'initiative est un cheval de Troie des antimilitaristes, et ne vise en réalité qu'à hâter l'abolition de l'armée -comme si le Conseiller fédéral Ueli Maurer ne suffisait pas à accomplir cette mission, en effet légitime, mais que le stockage des armes militaires dans des arsenaux militaires ne rendrait ni plus aisée, ni plus difficile. La Conseillère aux Etats, socialiste genevoise, Liliane Maury Pasquier observe qu' « en Suisse, chaque voiture, chaque vache, chaque chien sont enregistrés. Il est donc temps de faire de même avec (...) les armes à feu ».  Sauf que, étant sortis de l'argumentation rationnelle, on est aussi entrés dans l'argumentation religieuse: l'arme militaire à domicile est un totem, y toucher est un tabou et si les armes à feu ne sont pas enregistrées dans un registre central, comme le sont les vaches, c'est que cette vache-là est sacrée. A Genève, un jeune-vieux UDC prognathe pose à peu près nu sur une affiche, son godemiché militaire entre les jambes, en menaçant de l'enlever si l'initiative passe. C'est dire on ne peut plus clairement la place prise par ledit instrument dans le cerveau reptilien des opposants les plus résolus à l'initiative, si ce n'est pas dire très clairement à quel vote, « oui »  ou  « non » à l'initiative, incite réellement la promesse de strip-tease du jeune-vieux UDC en question...

12:26 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : armes, armée, politique | |  Facebook | | | |