Extension des horaires d'ouverture des magasins : Engraisser les gros ? (vendredi, 12 novembre 2010)

sumo.jpgDes patrons de petits commerces ont dit hier leur opposition à l'extension des horaires d'ouverture des magasins genevois, présentée par les organisations patronales et la droite comme une revendication commune de tous les commerces genevois. Pour ces petits commerçants, « la votation du 28 novembre n'est pas une bataille entre syndicats et patronat » mais une bataille pour le patronat des grands magasin. Ces patrons de PME opposés à l'extension des horaires d'ouverture des commerces, y compris des leurs, dénoncent une offensive des grandes surfaces contre les petits magasins qui survivent soit parce qu'ils occupent des « niches » horaires ou commerciales, soit parce qu'ils proposent des produits et des services de meilleure qualité que les supermarchés. De leur point de vue, et du nôtre, l'extension des horaires d'ouverture est une manière d'éliminer la concurrence qu'ils peuvent encore faire aux entreprises dominantes du secteur. Bref : une méthode d'engraissement des gros et de rapetissement des petits.

La digue genevoise

Il y a bien des motifs possibles au refus, de l'extension des horaires d'ouverture des magasins genevois : elle est inutile puisque des dizaines de magasins sont déjà ouverts, certains 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, pour les « dépannages », c'est-à-dire les achats les plus courants, quand on n'a pas pu les faire entre 8 et 19 heures; elle est gaspilleuse d'énergie (il faut les chauffer, les ventiler, les climatiser, les éclairer, ces magasins, et en particulier ces grandes surfaces, qu'on va ouvrir plus longtemps), en un moment où l'on nous clame la nécessité d'en revenir à une « société à 2000 watts »; elle est le symbole même d'un consumérisme absurde, puisqu'on ne pourra rien acheter de plus, et surtout rien de plus utile, après 19 heures qu'on ne pouvait déjà acheter avant; elle est enfin, quoi qu'en disent les organisations patronales du secteur, l'expression d'une volonté des grandes surfaces de se débarrasser de la concurrence résiduelle que peuvent encore leur faire les petits commerces, et en particulier ceux (les indépendants travaillant en famille, notamment) qui peuvent, aujourd'hui déjà, ouvrir plus longtemps, et fermer plus tard, que les centres commerciaux et les supermarchés... A tous ces motifs de refus, deux doivent encore être ajoutés : d'abord, le fait que la charge de l'ouverture prolongée des magasins va reposer essentiellement sur les femmes, ensuite l'évidence que si Genève accepte cette ouverture prolongée, le patronat du secteur s'empressera de faire métastaser dans toute la Suisse ce polype local. Le poids sur les femmes (60 % des postes de travail du commerce de détail sont occupés par des femmes) : la nouvelle loi rallongera leurs journées de travail, sans garantie de rallonger de manière équivalente les heures payées puisque le temps de travail additionnel pourra être compensé en temps, à coups de pauses ou de petites réductions journalières, aléatoires, inégales, et n'équivalant pas à des jours entiers de congé. Ce temps supplémentaire, sinon de travail, du moins de temps passé sur le lieu de travail, est du temps enlevé à celui passé en famille, alors qu'on sait pertinemment que le partage du travail domestique reste pour le moins inégal entre femmes et hommes. Quant à l'effet « boule de neige » d'un vote positif à Genève, sa menace est évidente : l'horaire proposé par la droite genevois et le grand patronat local du secteur (fermeture à 20 heures en semaine, à 19 heures le samedi) est celui que veut généraliser dans toute la Suisse la « Communauté d'intérêt du commerce de détail ». Une raison de plus pour s'y opposer à Genève : si la digue cède ici, elle cèdera ailleurs.

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