Initiative et contre-projet pour le « renvoi des criminels étrangers » : On touche le fond ? creusons ! (mardi, 09 novembre 2010)

Le 28 novembre prochain sont soumis à la sagacité, écliptique, du peuple une initiative pour le  « renvoi des criminels étrangers » et un contre-projet parlementaire, inégalement applicables mais également xénophobes. Une initiative et un contre-projet qui, en instituant la  « double peine » (prison+expulsion), proclament qu'un même crime est moins grave lorsqu'il est commis par un Suisse que par un étranger, qu'une victime est moins victime lorsqu'elle l'est d'un Suisse que lorsqu'elle l'est d'un étranger, que la suissitude est une circonstance atténuante du crime et de ses conséquences. Pourquoi s'arrêter bêtement là, à la nationalité ?  Il nous faudrait aussi considérer qu'un crime commis à  Genève est plus grave quand il est commis par un Confédéré que par un Genevois et plus grave quand il est commis en Ville de Genève par un habitant d'une autre commune que par un habitant de la Ville : Tant qu'à piétiner le principe de l'égalité devant la loi, autant le faire consciencieusement...

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Jusqu'au boutisme (zen)

Que nous propose-t-on au buffet votatoire du 28 novembre ? Une initiative contraire au droit international (du fait de l'automaticité qu'elle préconise pour les expulsions, et de son ignorance du principe d'individualisation des peines). Une initiative et un contre-projet qui contreviennent à des conventions issues de deux organisations internationales ayant leur siège à Genève, le CICR et le HCR. Une initiative et un contre-projet contraires au principe d'une sanction pénale attachée aux actes commis, et non à l'origine de ceux qui les commettent. Une initiative et un contre-projet qui créent trois catégories de justiciables : les Suisses, qui ne risquent que la prison, les étrangers ressortissants de l'Union européenne, qu'on ne pourra expulser que si les conditions posées par les accords de libre-circulation sont remplies, et les étrangers plus étrangers que les européens, dont on pourra faire ce qu'on veut. Une initiative et un contre-projet qui, au prétexte de punir des coupables en les expulsant, punissent aussi des innocents, et en font donc des victimes, en poussant des familles, lorsque l'un de leurs membres tombe sous le coup de l'initiative, à choisir entre le départ et l'éclatement, c'est-à -dire suivre le condamné et quitter la Suisse avec lui, ou rester en Suisse sans lui, séparant ainsi des conjoints, et des parents de leurs enfants. Une initiative et un contre-projet qui confondent délibérément révocation de l'autorisation de séjour et renvoi, et vont donc grossir les rangs des étrangers sans statut légal, des déboutés du droit d'asile et des clandestins, aux côtés de personnes effectivement expulsées de Suisse (il y en a déjà des centaines chaque année) mais qui y reviennent illégalement et y restent clandestinement, dès qu'elles peuvent. Enfin, une initiative et un contre-projet qui, tous deux, expriment la revendication d'une préférence criminelle nationale, à laquelle, par souci de cohérence, et par volonté de pousser jusqu'à son terme logique cette belle intention protectionniste (il ne s'agit rien moins en effet de protéger les criminels indigènes de la concurrence déloyale, forcément déloyale puisqu'étrangère, que leur font les criminels étrangers), nous proposons d'ajouter, par une initiative populaire cantonale et une initiative populaire municipale, la défense des criminels genevois face à la concurrence des criminels suisses, et la défense des criminels de la Ville contre la concurrence des criminels extra-muros. D'ajouter à une initiative fédérale contraire au droit international, une initiative cantonale contraire du droit fédéral et une initiative municipale contraire au droit cantonal... Tant qu'à faire...

16:03 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : initiatives, udc | |  Facebook | | | |