Les socialistes dans l'opposition ? Le congrès du PSS tranchera. Une fois de plus. (vendredi, 29 octobre 2010)

La Jeunesse socialiste et la gauche du parti ont mis à l'ordre du jour du congrès du PSS, ce week-end, la question récurrente de la participation des socialistes au gouvernement fédéral, en proposant de soumettre à des conditions politiques dont chacun comprendra qu'elles ne sont de loin pas réunies et qu'elles ne le seront pas avant longtemps : pas de privatisations de services publics, plus de durcissement de la politique d'asile, plus de cadeaux fiscaux aux riches, plus de centrales nucléaires et plus de réductions des prestations sociales. La « Tribune » d'hier nous annonce donc que le PS (suisse) est  « tenté d'entrer dans l'opposition »... Ouais...quelque chose nous dit que le grand parti de la gauche suisse saura, une fois de plus, résister héroïquement à cette tentation...

Astronomie populaire et révolution socialiste

La force politique qui réussit à imposer ses thèmes comme ceux autour desquels se fait le débat politique est la force qui domine le jeu politique. Mais pour imposer nos thèmes, les affirmer, les asséner même, sans fioritures, et en retrouvant un sens de la provocation rhétorique dont la gauche de ce pays s'est départie depuis un demi-siècle -bref, pour « faire l'agenda » politique, il nous faudrait être à peu près crédible dans un exercice dont nous avons quelque peu oublié les conditions : l'exercice de la dissidence. Le PS est perçu, pas vraiment à tort d'ailleurs, comme « dans le fromage », accueillant comme les partis de droite prébendiers, carriéristes, cumulards, élus éternels. Un « passage dans l'opposition »  pourrait-il corriger, voire effacer, cette image calamiteuse ? Certainement -mais à la condition nécessaire qu'il ne se limite pas à un départ du Conseil fédéral (exercice auquel le PS s'était d'ailleurs déjà livré une fois, entre 1954 et 1959). Parce que quitter un gouvernement où l'on est minoritaires, face à un parlement où l'on est aussi minoritaires, et une opinion publique où l'on est toujours minoritaire (la gauche n'a été majoritaire en Suisse que pendant les quelques années qui ont suivi la révolution radicale et le Sonderbund -et encore n'était-elle majoritaire que dans les institutions fédérales et celles des cantons progressistes, mais pas au sein du peuple), c'est bien, mais c'est finalement assez facile. Quitter les lieux de pouvoir, se dépêtrer des rets institutionnels et sociaux, serait d'une toute autre ambition, et d'une toute autre force -mais aussi d'une toute autre difficulté, et d'un tout autre courage. La question posée au congrès du PSS ne sera que de savoir s'il veut ou non rester au Conseil fédéral. Mais même s'il le quittait, s'il acceptait de ne plus être, au moins pour un temps, un « parti gouvernemental », le PSS resterait, s'il s'en tenait là, un parti institutionnel, et son départ du gouvernement central ne ne serait pas un « passage dans l'opposition »  mais seulement l'adoption d'une posture d'opposition. Un premier pas infiniment souhaitable, mais infiniment insuffisant. Pour que le PSS devienne réellement un parti d'opposition, il lui faudrait aussi quitter les exécutifs cantonaux à majorité de droite, l'appareil judiciaire chargé d'appliquer le droit tel qu'il est, les directions de grandes entreprises publiques se comportant comme des entreprises privées, et les hautes sphères d'une administration centrale chargée précisément d'administrer les politiques décidées par la droite. Ne plus être au gouvernement, ce n'est donc pas encore être dans l'opposition : c'est juste être dans l'attente de revenir là d'où l'on était parti. Une révolution, sans doute, mais au sens astronomique du terme, qui désigne le mouvement par lequel un astre revient à un point de son orbite. Une révolution à la portée d'une gauche plus héritière de Camille Flammarion que de Jean Jaurès.

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