Le gouvernement, l’aéroport, la grève : Courage, fuyons ! (vendredi, 08 janvier 2010)


Il aura donc fallu six jours de grève des bagagistes de l'aéroport (la première longue grève à Cointrin) pour que l'autorité politique de tutelle, le Conseiller d'Etat François Longchamp, consente à intervenir, après avoir adopté pour mot d'ordre, comme d'ailleurs la direction de l'aéroport, un piteux « courage, fuyons ! », agrémenté d’un non moins piteux « c’est pas notre problème ». Pour intervenir dans ce conflit, Longchamp avait pourtant un large choix de casquette : en bon radical cumulard, il est président du Conseil d'Etat, il est ministre de la solidarité et de l'emploi, il est président de l'Aéroport, il est chef de la Chambre des relations collectives de travail. C'est le poids de ces casquettes qui l'immobilisait ? Quel que soit son issue,  l’une des beautés de la grève fut contraindre à la fois les chefs politiques à faire leur boulot de chefs politiques, et les chefs et les cadres de Swissport à faire autre chose que les chefs et les cadres, et à comprendre leur douleur et remplaçant, brièvement, les grévistes au chargement des avions -il n'en fallut pas plus pour qu'ils envisagent l'achat de machines pour alléger la tâche... La grève, c’est l’arme des travailleurs pour éduquer les patrons et les politiciens…

Portefaix à 3850 francs par mois
Que réclament les grévistes de Cointrin ? la signature d'une nouvelle convention collective applicable à l'ensemble du site, et pas seulement à l'une ou l'autre des entreprises mises en concurrence par l'aéroport, 250 francs d'augmentation salariale par mois et deux francs cinquante de l'heure de nuit pour le personnel affecté au tri et au traitement des bagages (180 personnes, sur les 820 employés de Swissport), la revalorisation des suppléments pour horaires irréguliers, le paiement à 100 % des premiers jours de maladie... et qu'offre, princièrement, Swissport ? 400 balles de prime par année, soit 35 francs par mois... un café tous les trois jours. Et encore : il a fallu la grève pour que Swissport ne se contente pas d'offrir 300 balles par an. Que répondent aux travailleurs et aux syndicats l'Aéroport, entreprise publique, et le gouvernement, autorité de tutelle de l'entreprise publique ? « C'est pas notre problème ». La grève se déroule à l'aéroport ? l'aéroport répond que cela ne le concerne pas, puisque ça n'est pas lui l'employeur mais une entreprise privée, et le gouvernement répond que cela ne le concerne pas, puisque l'aéroport est autonome. Mais le même gouvernement qui déclarait, dans un premier temps n'avoir pas à se mêler du conflit s'en mêlait tout de même, en choisissant son camp (celui du patron), en laissant le secrétaire général adjoint du département de tutelle traiter le syndicat SSP, et le secrétaire syndical Yves Mugny, de « flibustiers », pendant que du personnel de l'aéroport était utilisé pour casser la grève, que des pompiers étaient mobilisés pour limiter l'impact du mouvement et des policiers pour le surveiller, qu'on opposait les syndicats SIT et SSP et qu'on met en avant un syndicat bidon, Push, créé par la défunte Swissair... Décharger une tonne et demie de bagages, et en recharger autant, en une demi-heure, à deux ou trois personnes, entrer dans les soutes (en se pliant en deux dans les petits avions) pour y traîner des sacs qui peuvent peser jusqu'à 50 kilos) huit ou neuf fois par jour, six ou sept jours d'affilée, trois week-end sur quatre, pour un salaire minimum de 3850 francs brut. Combien gagnent, au juste, et en faisant quels efforts dans quelles conditions, ceux qui dénoncent une grève « odieuse » ou qui traitent le SSP et Yves Mugny de « flibustiers » ?

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