" Noces de Schaffhouse ", le 21 novembre : Repenser la gauche, et après ? (vendredi, 30 octobre 2009)

" La sinistra in Europa non è da rinnovare, o da ricostruire, o da ripensare, o da ricomporre, ma da inventare. Radicalmente e dacapo " : cela fait plus de vingt ans que le philosophe italien Paolo Flores d'Arcais convoquait " la gauche " au rendez-vous de sa réinvention. Et vingt ans après, nous en sommes toujours au même point. Le 21 novembre prochain, à Schaffhouse, des militantes et militants qui ne se résignent pas à cette situation se rencontreront pour créer une nouvelle " entité politique nationale ", provisoirement baptisée " La gauche - Die Linke Alternative - La Sinistra ". Mais quelle entité ? Un mouvement, un parti, un réseau ? Les débats autour de cette initiative manifestent une attente, et une volonté. Quelle que soit l'issue de la rencontre schaffhousoise, cette attente et cette volonté sont déjà un acquis. Reste en en tirer cette réinvention de la gauche à laquelle Flores d'Arcais appelait il y a vingt ans. Putain, vingt ans…

Ne pas refaire l'existant
Créer, sous quelque forme que ce soit, une nouvelle organisation, cela se peut faire pour trois raisons : prendre la place d'un parti existant, ouvrir un nouvel espace politiquer ou se retrouver bien au chaud, entre soi, entre militantes et militants partageant totalement convictions et détestations communes. Les débats préalables à la rencontre schaffhousoise nous signalent que l'éventail est large, entre ceux pour qui " l'ennemi principal " est la droite populiste, et l'extrême-droite qui se cache derrière (ou dedans), et ceux pour qui ce rôle d' " ennemi principal " est joué par le PS et les Verts… Certes, les initiateurs de la rencontre du 21 novembre ont l' " anticapitalisme " en commun. Mais l' " anticapitalisme " n'est pas un projet : il est un refus nécessaire indispensable de l'ordre existant, mais un refus d'où ne naît pas encore une alternative. Après tout, à leur manière, les fondamentalismes religieux, les identitarismes réactionnaires et " antimondialistes " (mais non " altermondialistes ") sont, eux aussi, " anticapitalistes " (ou en tous cas antilibéraux). A une nouvelle organisation, un nouveau mouvement ou un nouveau réseau, il faut un nouveau projet, de nouvelles méthodes, de nouvelles pratiques, sauf à refaire ce qui a déjà été fait, et qui s'est défait. Par quoi la " nouvelle gauche " qui pourrait naître des " Noces de Schaffhouse " comme l'ancienne était née il y a un siècle des " Noces de Soleurs " se distinguera-t-elle ? Si, comme nous sommes un certain nombre à le croire, et à tenter de le penser, l'enjeu, en Suisse comme dans toute l'Europe, est celui d'une réinvention de la gauche, cet enjeu ne peut être remporté que par un mouvement fondamentalement différent, par son programme, son organisation, ses méthodes d'action, de ceux qui structurent aujourd'hui " la gauche ". C'est bien de réinvention dont il est question, qu'il s'agisse d' " inventer " du nouveau ou de redécouvrir de l'ancien (les pratiques libertaires, notamment) recouvert par des décennies de submersion institutionnelle et de carriérisme individuel.

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