Z'avez bien le bonjour de Mouhammar (samedi, 24 octobre 2009)

Il est très colère, le Conseil fédéral : il a l'impression, parfaitement justifiée, de s'être fait avoir jusqu'au trognon par les Bédouins : le mardi 21 octobre, c'est-à-dire à la date d'entrée en vigueur théorique de l'accord signé, à genoux et à Tripoli, par Hans-Rudolf Merz avec la Libye pour mettre un terme au conflit né de l'arrestation à Genève d'Hannibal Kadhafi et de son épouse, non seulement la Libye n'a pas laissé repartir les deux ressortissants suisses qu'elle retient depuis des mois, mais le clan Kadhafi les a même kidnappés et les séquestre désormais dans un lieu inconnu. Et la Suisse de découvrir que Kadhafi n'est pas un démocrate, que la Libye n'est pas un Etat de droit, que les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent et que présenter piteusement à Tripoli les excuses de la Suisse parce que la police genevoise avait fait son boulot n'a finalement abouti qu'à une chose : conforter le clan Kadhafi dans sa conviction, parfaitement justifiée, que c'est lui qui tenait le tire-bouchon du couteau suisse par le manche.

Seule au monde
Dans son conflit avec la Libye, la Suisse aux bras noueux n'a jusqu'à présent montré sa détermination qu'à l'égard des immigrants et réfugiés africains stockés en Libye pour les empêcher de passer en Europe : la Confédération avait décidé d'interrompre son soutien aux activités du HCR en faveur de ces migrants et réfugiés africains. C'est vrai qu'il est infiniment plus facile de s'en prendre aux harragas dérivant en mer ou aux clandestins subsahariens paumés dans le désert que de s'en prendre à la famille du chef. Et donc quand la Libye retient, puis fait disparaître, deux Suisses pour punir la police genevoise d'avoir attenté à la dignité d'un rejeton du chef de clan régnant, pour punir la Libye d'avoir touché à des Suisses, la Suisse coupe les vivres… au HCR. Et maintenant, on fait quoi ? La Suisse n'a guère qu'une arme à sa disposition : l'internationalisation du conflit, et l'ouverture de poursuites internationales pour " disparition forcée " (celle des deux Suisses) -un crime que le droit international rend de fait imprescriptible tant que ses victimes n'ont pas réapparu, ce qui justifie des actions pénales, nationales et internationales contre toutes les personnes suspectes de l'avoir ordonné, commis ou couvert, et qui justifierait aussi le séquestre des avoirs libyens en Suisse -de tous les avoirs libyens, dès lors qu'il est évident que ne peuvent en détenir en Suisse que des libyens fortunés, membres ou proches du régime. Cette arme, l'internationalisation du conflit, est à peu près la seule dont la Suisse dispose : le boycott des produits libyens, et en particulier du pétrole ? La Libye s'en fout, elle a bien assez de clients ailleurs pour compenser un boycott suisse... le refus d'octroi par la Suisse de visas aux ressortissants libyens ? ça ne pourrait frapper que ceux qui ne viennent pas en Suisse avec un passeport diplomatique, dans le cadre des activités des organisations internationales... la rupture des relations diplomatiques ? la Suisse se fait un honneur d'avoir des relations avec tout le monde... une action militaire ? on se marre...Et on se dit que si la Suisse était membre de l'Union européenne, elle obtiendrait dans son bras de fer avec la Libye bien plus de soutiens que ceux, maigrichons et rhétoriques, dont elle dispose aujourd'hui.

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