Après la gueule de bois post-électorale... (mardi, 20 octobre 2009)

Rire du pire
Roulez tambours, sonnez trompettes, ici l'ombre, les Genevois parlent aux Genevois : la gauche genevoise, du PS aux Communistes en passant par solidaritéS, en appelle à la résistance, après le pire résultat électoral qu'elle ait subi depuis trois bon quarts de siècle... Mais si nous savons bien, ou à tout le moins devrions-nous le savoir, toutes et tous, à quoi résister (à la démagogie, au racisme, à la xénophobie, au démantèlement social, à l'épuration culturelle, et on en passe et des pires), reste à savoir comment... Or il n'est peut être de meilleure méthode d'action politique en temps de résistance que celle qui consiste à tout faire pour délégitimer les institutions politiques par quoi passera précisément ce à quoi il conviendra de résister; tout faire pour introduire dans tous les fonctionnements sociaux, dans chacun et dans le moindre d'entre eux, l'élément de trouble qui non seulement le perturbera, mais permettra d'en rendre évident le caractère fondamentalement arbitraire. Laissant à d'autres le soin de tenter une improbable " résistance dans les institutions ", nous avons à mettre au point, pour chacune des situations dans lesquelles l'individu se trouve confronté à une norme sociale, l'élément -l'acte, le lieu, la structure éphémère, la parole- qui désarticulera et délégitimera cette norme, et l'institution qui l'a produite.

La résistance comme un jeu
Jouer avec les normes, détourner les structures, laisser dériver librement les volontés de changement : la ligne droite est toujours le chemin le plus con pour aller d'un point à un autre, et dans un usage politique de la dérive se trouve une réponse à la programmation, la planification, la détermination des actes et des enjeux politiques (et des méthodes d'action) en fonction d'échéances fixées par les institutions politiques elles-mêmes. Le temps de l'action politique est ainsi capté par les institutions mêmes que nous voulons changer, radicalmente e da capo. Et c'est bien cela qui pèse sur les actions de " la gauche ", courant d'échéances électorales en sessions parlementaires, dépossédée de toute capacité d'initiative autonome, se condamnant elle-même à l'attente (que ce soit pour, ensuite, les soutenir ou les combattre) de propositions tombant des institutions comme les Tables de la Loi sur Moïse ou le Coran sur le Prophète. Entre attentisme et défensive, la gauche a monnayé une illusion d'influence en la payant d'une évidence d'impuissance et de la réduction du rôle des partis de gauche à celui de bureau de placement pour candidats à la haute fonction publique ou à la politique professionnelle -mais ainsi est laissé à l'inventivité politique un champ considérable. Et si nous l'investissions par le jeu et le détournement ? Le pouvoir ne s'exerce jamais si bien, c'est-à-dire si lourdement, que sur des gens tristes. La résistance au pouvoir est chose trop sérieuse pour être laissée à des gens trop sérieux, et si les révolutionnaires avaient été moins tristes, sans doute leurs victoires auraient-elles été plus heureuses. Ce que nous avons à faire, nous avons à le faire en jouant, et en riant. Le jeu et le rire rétablissent les communications perdues, réalisent les liens improbables, libèrent les affinités avilies par le marché et bridées par les normes extérieures aux joueurs. Ils transforment les spectateurs en acteurs n'attendant d'autre récompense à leur jeu que le plaisir qu'il prendront à y jouer, et le déplaisir qu'y prendront ceux qui ne jouent que pour " gagner "... Mais pour " gagner " quoi ?

00:59 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : politique, élections, démocratie | |  Facebook | | | |