Faire des économies sur une année de la vie des femmes ? (mercredi, 21 septembre 2022)

Capture d’écran 2022-09-20 011646.jpgLa faute majeure d'AVS 21

Dimanche, nous saurons si les Suisses auront ou non imposé aux Suissesses de travailler une année de plus, jusqu'à 65 ans, pour avoir le droit de toucher une rente-vieillesse de premier pilier (l'AVS) inférieure à celle des hommes (comme le sont les rentes de deuxième pilier), 43 % des femmes ne se constituant pas une rente de troisième pilier, le plus souvent faute de moyens financiers pour le faire. Ce vote, s'il n'est pas le "non" auquel nous appelons, s'imposera à  "celles à qui on demande de travailler une année de plus pour toucher au bout du compte la même rente mensuelle qui ne permet même pas de subvenir à leurs besoins", résument dans "Le Courrier" les chroniqueuses Miso et Maso. Et la Conseillère nationale Stéfanie Prezioso rappelle que si AVS 21 rend possible une prise de retraite avant ou après l'âge de référence, la retraite anticipée n'est guère possible que pour celles qui en auront les moyens, et la retraite repoussée une contrainte pour celles qui ne disposeraient que de rentes insuffisantes si elles partaient à la retraite à l'âge de référence. AVS21 garantirait, selon ses partisans, qu'aucune rente mensuelle ne diminuera ? Mais les rentes étant versées un an plus tard aux femmes, et les cotisations prélevées un an de plus, il y a une année de rente en moins, et donc pour les femmes, en moyenne, 26'000 francs en moins. C'est sur elles que la contre-réforme AVS 21 fait des économies. Sur une année de leur vie. Et c'est la faute majeure d'AVS 21 -celle qui, à elle seule, justifie qu'on refuse ce projet. Et qu'on aille, hommes et femmes, voter pour le refuser.

L'égalité par le bas. Toujours plus bas.

L'AVS n'est pas une aumône, ni un octroi princier : c'est un droit fondé sur une obligation constitutionnelle, non négociable. Cette obligation peut parfaitement être remplie sans bricolage fiscaux (AVS 21 augmente le taux de la TVA) ni report de l'âge de la retraite de qui que ce soit : la seule égalité réelle des salaires, encore à l'état de revendication, apporterait des centaines de millions de francs (près d'un milliard) chaque année à l'AVS (et au Deuxième Pilier, pour autant qu'on se résigne à ne pas le fusionner avec le premier) : comme l'assène le président de l'Union Syndicale Suisse, Pierre-Yves Maillard, "tant que l'inégalité salariale n'est pas corrigée, on peut pas commencer à bidouiller les prestations de l'AVS". Les femmes gagnent chaque année 100 milliards de francs de moins que les hommes, à temps de travail à peu près équivalent puisqu'elles travaillent plus souvent qu'eux en étant plus mal payées, ou pas payées du tout. Ces 100 milliards de moins, ce sont huit milliards de cotisations annuelles perdues pour l'AVS, et, pour elles, des rentes plus faibles d'un tiers. Une sur dix, soit 140'000 d'entre elles, deux fois plus que les hommes) doit donc recourir aux prestations complémentaires pour surnager socialement. Après avoir été épuisée. Comme le proclame la Grève féministe, "Nous avons besoin d'une réforme qui augmente les rentes, pas l'âge de la retraite !"... Les "partenaires sociaux" (le patronat et les syndicats) s'étaient mis d'accord sur un supplément de rente de 200 francs, financé par une cotisation touchant aussi les très hauts salaires ? Cette solution a été carbonisée par la droite politique... et dimanche, on votera sur une augmentation de la TVA de 0,4 points en lieu et place d'une augmentation de cotisations...

Le 5 septembre,  des militantes du syndicat SIT, travailleuses des secteur « féminins », ont protesté à Genève contre l’augmentation de l’âge de la retraites des femmes. Issues des secteurs hospitaliers, des soins, de l’hôtellerie, du nettoyage et de l’économie domestique, elles ont témoigné de la pénibilité de leurs métiers et des conséquences néfastes de leur travail sur leur santé. Or le projet AVS21, en leur imposant de travailler un an de plus, aggrave encore leur situation.  Elles ont rappelé que l'espérance d'atteindre l’âge de la retraite en bonne santé varie considérablement selon le métier qu'on exerce, les conditions de travail qu'on subit et la catégorie sociale à laquelle on appartient. Que 42% des femmes professionnellement actives sont exposées à au moins trois risques physiques cumulés dans leur travail, une femme sur quatre occupe une profession pénible, porteuse de risques de maladies et d'accidents. Que les femmes sont particulièrement exposées au risque d’arriver à la retraite en mauvaise santé, un risque qui s'ajoute aux discrimination qui les frappent, et à celui de se retrouver à la retraite en dessous du seuil de pauvreté. Que le travail dans les métiers « féminins » rend malade et que les salaires (et donc les cotisations à l'AVS, et donc les rentes) dans ces mêmes métiers ne permettent pas aux femmes de prendre une retraite anticipée avant que leur corps ne lâche (l'Observatoire suisse de la santé rappelle que 14,7 % des femmes victimes d'un infarctus en meurent, contre 9 % chez les hommes). La retraite « flexible » est un privilège, auquel elles n'ont pas accès. Ces femme subissent toute leur vie la discrimination salariale, elles subventionnent l’économie avec leur travail « gratuit », leurs retraites ne leur permettent pas de vivre dignement...   Repousser l'âge de leur retraite, c'est accroître les inégalités dont elles sont victimes -mais auxquelles échappent celles qui soutiennent une réforme dont elles ne souffriront pas... tant mieux pour elles, et tant pis pour toutes les autres ?

Les partisan.e.s d'AVS 21 ont plein les discours de l'égalité : caler l'âge de la retraite des femmes sur celui des hommes, ce serait un pas vers l'égalité. Certes, mais vers l'égalité par le bas. Et bientôt, sans doute, vers plus bas encore -c'est-à-dire vers plus tard encore : la retraite à 67 ans pour tout le monde. Avant pire encore.

 

LETTRE AUX ABSTENTIONNISTES
La réforme AVS 21 nous concerne tous !

Le vote sur l’AVS du 25 septembre ne concerne pas seulement les femmes ! Car dans ce projet inacceptable, est liée une hausse de la TVA de 0,4% qui touchera toute la population dans sa consommation quotidienne.
Il y aura aussi l’abandon de l’ âge légal de départ à la retraite, donnant droit de toucher l’AVS, qui sera remplacé par un âge de référence permettant une flexibilisation supplémentaire du travail et conduisant à une augmentation, sans le dire, du temps de travail pour tous. Lorsqu’on sait que seuls 70% des travailleurs et 50% des travailleuses ont droit à une prestation du IIe pilier, la voie est toute tracée pour une partie croissante des salariés de devoir travailler jusqu’à 67 ans ou même 70 ans comme le prévoit AVS 21. Tout le monde est concerné !

Cette réforme s’inscrit dans un contexte où la crise économique ayant suivi la pandémie et la guerre en Ukraine provoquent des hausses de prix massives. Qui va payer? Nous, les travailleurs, les jeunes, les retraités? Pendant que les 1% des plus riches continuent à s’enrichir? Nos acquis, nos conditions de vie, de travail, sont et seront attaquées de toutes parts. Et la réforme de l’AVS en fait partie.

Il n’y a pas de problème de financement de l’AVS : c’est un mensonge de plus du patronat et des partis bourgeois pour ne pas redistribuer autrement leurs faramineux bénéfices. La question du financement de nos retraites ne peut pas être séparée du combat pour la hausse des salaires, le rattrapage de l’inflation et l’application immédiate de l’égalité des salaires entre hommes et femmes. Car à elle seule, cette mesure rapporterait plus de 1, 5 milliard de
francs à l’AVS, garantissant ainsi durablement son financement ! Or comme chacun le sait, l’égalité salariale est inscrite dans la Constitution et dans la Loi sur l’égalité (Leg). Pourtant, elle n’est toujours pas appliquée. Pire l’écart entre les salaires des hommes et celui des femmes augmente, nous en sommes à 19% ! De plus, les salaires perdent de la valeur, mois après mois, et notre pouvoir d’achat va s’effondrer avec la hausse des prix...

Nous sommes tous concernés ! Ensemble, on peut bloquer cette politique !
Le 10 septembre, nous nous sommes rencontrés à Berne, nous signataires de la lettre ouverte aux responsables de l’Union syndicale suisse (USS) et de Travail.Suisse, les deux faîtières regroupant tous les syndicats. 165 travailleurs.euses, retraités et jeunes ont contresigné cette lettre. Face au constat de l’absence d’une mobilisation nationale à Berne contre l’attaque contre nos retraites AVS 21, les signataires ont interpellé les dirigeants de l’USS et de Travail.Suisse pour qu’ils organisent une manifestation nationale unitaire afin de faire la démonstration sur la place publique du refus populaire de la contre-réforme du Conseil fédéral AVS 21. Cela alors que par deux fois, il a été possible de contrer des réformes similaires, rejetées en votation en 2004 et en 2017. Une démonstration de rue, dans la capitale devant le Palais fédéral, aurait également permis aux 25% de la population habitant et travaillant en Suisse, sans le droit de vote, de s’exprimer !

Chaque voix compte
Depuis le 24 février et le début de la guerre en Ukraine, nous sommes entrés dans une nouvelle période qui nécessite le combat résolu contre les conséquences prévisibles de la crise économique, de la guerre et des sanctions contre la Russie : inflation, hausse du coût de la vie, hausse du prix des énergies, récession menaçante...
C’est pourquoi, voter NON à AVS 21 et à la hausse de la TVA (tout comme à la suppression de l’impôt anticipé), c’est rejeter la politique d’ensemble du Conseil fédéral, des partis gouvernementaux coalisés et du Parlement sous l’influence des lobbys du capital. Une victoire du NON permettrait de faire barrage au démantèlement de notre assurance sociale, l’AVS. Ce serait aussi une sévère défaite de tous ceux qui viennent ponctionner toujours plus
les travailleurs.euses. Cette victoire permettrait dans un second temps d’enclencher une dynamique pour la mobilisation nécessaire afin de préserver notre pouvoir d’achat par une hausse des salaires et un rattrapage de l’inflation, c’est par ce biais que les contributions à l’AVS et aux assurances sociales garantiront leur pérennité.
Par cette lettre nous vous appelons à voter résolument 2x NON à AVS 21 et à la hausse de la TVA le 25 septembre et à vous organiser pour poursuivre le combat. Chaque voix compte !

Les participants à la rencontre des signataires de la lettre ouverte
à l’USS et Travail.Suisse du 10 septembre 2022 à Berne.








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