Disparition d'Alain Tanner et de Jean-Luc Godard (mardi, 13 septembre 2022)

Capture d’écran 2022-09-13 003414.jpgCelui qui nous parlait de nous

Avouons-le : la disparition d'Alain Tanner, dimanche, et celle de Jean-Luc Godard, aujourd'hui, nous ont bien plus attristé que celle d'Elizabeth Windsor, il y quelques jours auparavant. On reparlera de Godard, parlons de Tanner... Il fut celui qui à beaucoup d'entre  a fait découvrir un cinéma suisse (et souvent même très genevois...) dont, avouons-le humblement, nous nous ne doutions même pas qu'il pût exister... Charles mort ou vif, et presque en même temps Le Fou de Goretta, La Pomme de Soutter annonçaient la discrète naissance d'un cinéma nous parlant de nous -et en parlant à d'autres que nous. Il y eut ainsi un cinéma suisse en français -il y en avait certes déjà un en allemand, ou en suisse-allemand, mais quels films en voyions nous ? Dans les films de Tanner, c'est nous que nous retrouvions. Nous avons marché dans les Rues Basses avec Bulle Ogier, à la pointe de la Jonction avec Karin Viard, à Lisbonne avec Bruno Ganz, en Irlande avec Trevor Howard. Nous avons attendu Max avec François Marthouret. Nous avons traversé la Suisse avec Clémentine Amouroux et Catherine Rétoré en Messidor, et la Vallée fantôme avec Jean-Louis Trintignant, pour nous retrouver au Milieu du Monde avec Philippe Léotard. Comme une sorte de rêverie du cinéaste solitaire -il y avait du Rousseau dans Tanner. Et peut-être du Voltaire dans Godard ?

Faire du cinéma : forcément, un acte politique

Alain Tanner nous a quitté. Il nous parlait de nous, dans le temps même, et par les images mêmes, qui nous parlaient de lui. Nous pouvions nous y retrouver -parce que son ton, ses déambulations, les mots qu'il mettait dans la bouche de ses personnages, avaient quelque chose de nous. Nous viennent alors des images de ses films, que nous avons tous vu en salles, là où il faut voir les films qui comptent : Marcel Robert hilare, précipitant la voiture de François Simon dans le vide... Bulle Ogier, elfe souriant marchant dans les rues basses, sur la musique de Moraz... Des images, et des décors, d'une Genève parfois disparue, et en tous cas changée : la Cité Nouvelle d'Onex, dans la Salamandre. Mais si datées que peuvent être ses images, son propos, lui, ne l'est pas. Il affirmait que faire du cinéma était, forcément, un acte politique, qu'on le sache ou non, le veuille ou non. Son cinéma était politique et poétique, dans le même temps. La Salamandre est un film libertaire, Messidor un film féministe...

Tanner avait cessé de tourner en 2004, considérant qu'il avait tout dit de ce qu'il voulait dire. Nous en avons entendu beaucoup. C'est ainsi : ceux qui se refusent à donner des leçons laissent souvent en nous des traces plus profondes que ceux qui prétendent en donner.

Tanner n'est plus. Soutter, Goretta, étaient partis avant lui. Et Godard avait eu 25 ans bien avant l'an 2000. Ce soir, la RTS 2 rend hommage à Tanner. Elle rendra sans doute aussi hommage à Godard demain, ou après-demain. C'est bien le moins qu'elle pouvait faire.

 

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