La Cour Suprême des USA abroge la légalisation fédérale de l'avortement : Post Lucem Tenebrae (lundi, 27 juin 2022)

chasse aux sorcières.jpgL'assaut trumpiste contre le Capitole avait échoué en janvier 2021 ? Celui contre la Cour Suprême a réussi après que Trump y ait porté trois juges conservateurs et y ait fait basculer la majorité : la semaine dernière, elle a révoqué son propre arrêt "Roe versus Wade", rendu il y a un demi-siècle (1973), légalisant l'avortement sur tout le territoire des USA. Désormais, chaque Etat légifère comme il veut : interdiction totale, restriction maximale, légalisation... Sept Etats ont d'ores et déjà interdit totalement l'avortement sur leur territoire, une dizaine d'autres promettent d'en faire autant. Le tiers des Etats  "unis" se met ainsi en marche arrière en brandissant la Bible, vers l'instauration d'une théocratie. La semaine dernière, on chantait à Genève les vertus de Sébastien Castellion, adversaire de Calvin lors de la condamnation et de l'exécution de Michel Servet. Castellion, c'est celui qui écrivit que "ceux qui veulent contraindre les hommes à la foi sont comme celui qui voudrait introduire de force, à l'aide d'un bâton, de la nourriture dans la bouche d'un malade qui s'y refuse"... Et c'est aussi celui qui se demandait "Est-ce que nous ne quitterons jamais les ombres de la loi, pour venir à la lumière ?" Aux USA, aujourd'hui, on a déjà aux USA 40 % de créationnistes prenant la Genèse biblique à la lettre et les vindictes de l'Exode, du Lévitique et du Deutéronome pour lois.. De toute évidence leur devise n'est pas celle de la République de Genève, "Post Tenebras Lux", mais celle, sinon des fous, du moins des crétins de Dieu : "Post Lucem Tenebrae".

Le corps des femmes pris en otage par la droite religieuse

Le 6 janvier 2021, Trump, battu à l'élection présidentielle, lançait ses partisans contre le Capitole, le siège à Washington, du parlement fédéral, pour tenter d'empêcher la proclamation de l'élection de Joe Biden à la présidence. Le groupe d'extrême-droite des "Proud Boys" préparait l'assaut depuis deux semaines. Rejoint par la milice des Oath Keepers, les conspirationnistes du mouvement QAnon et des partisans inorganisés de Trump, ils forcèrent le cordon de police, entrèrent dans le bâtiment avec la ferme intention de l'occuper, et de punir les "traîtres" qui s'apprêtaient à certifier le scrutin -et la perte de la présidence par Trump.  Devant décider de la culpabilité de Trump dans la chouannerie du 6 janvier  (sept morts, dont deux suicides de policiers, et 150 blessés), et de sa destitution (après défaite électorale) une majorité de sénateurs s'était prononcée pour la reconnaître, mais cette majorité resta insuffisante : il fallait une majorité qualifiée (67 élus sur 100), il n'y eut qu'une majorité absolue (57 contre 43). Trump ne sera donc pas condamné par le Sénat. L'une des figures marquantes de la minorité républicaine de la Chambre, Liz Cheney, résumait sa position ainsi : "Le président a convoqué cette meute, rassemblé cette meute et allumé la mèche", concluant qu'il n'y a "jamais eu pire trahison par un président". Pour autant, fin janvier 2021, la majorité (56 %) des électeurs républicains considéraient, selon un sondage, que Trump devrait se présenter à la prochaine présidentielle, et 45 % des électeurs républicains approuvaient l'assaut contre le Capitole.

Dans le triste dernier épisode de l'offensive de l'ultra-droite trumpiste, c'est le corps des femmes qui est pris en otage par une autre institution que le Congrès : la Cour Suprême, au pouvoir exorbitant, dont la composition est décidée par le seul pouvoir exécutif, dont les membres sont nommés à vie et dont les décisions sont désormais prises pour complaire à l'aile la plus bruyante, la plus réactionnaire, la plus religieuse d'un seul parti politique, le parti républicain trumpisé, qui mène en outre une véritable offensive Etats par Etats, là où il est assez fort pour le faire, afin de restreindre l'exercice du droit de vote, freiner la participation électorale des afro-américains et des latino dans les Etats clefs d'un scrutin présidentiel (comme la Géorgie, la Floride, l'Arizona, le Texas), et enfin, pour complaire à la droite religieuse, abolir la garantie fédérale du droit à l'avortement, laisser les Etats en décider, avant peut-être d'interdire à ceux qui le maintiendraient de le faire, alors qu'ils rassemblent la majorité de la population  des USA.

Dans les six premiers mois de 2021, 14 Etats avaient restreint l'exercice du droit de vote en restreignant les possibilité de vote anticipé, en réduisant les heures d'ouverture des locaux de vote, en compliquant l'inscription sur les listes électorales. Des mesures qui frappent surtout l'électorat "de couleur". Pour les Républicains, c'est non seulement une manière de faciliter une éventuelle réélection de Trump la présidence, mais aussi une question de survie politique face à l'essor démographique de populations a priori majoritairement favorables aux démocrates. Un "assaut contre notre démocratie", a estimé Joe Biden, incapable de le freiner. Et depuis la semaine dernière s'y ajoute le "triste jour pour l'Amérique" (Biden, encore, impuissant, encore)  du cadeau fait par la Cour Suprême aux intégristes religieux (protestants et catholiques, mais pas seulement...) exigeant depuis un demi-siècle la révocation du droit à l'avortement. Avant, sans doute, d'exiger celle du droit à la contraception et celle du mariage pour toutes et tous. N'en est-on pas réduits à se demander à quand la réouverture des procès en sorcellerie et de la chasse aux sorcières ?, pas seulement à Salem mais dans tout ce pays où, comme le disait une pancarte brandie par une manifestante pour le droit à l'IVG, aux USA, "les armes ont plus de droit que les femmes".

 

 

 

15:04 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ivg, avortement, cour suprême | |  Facebook | | | |