COP 26 : Glasgow, capitale d'un monde en réchauffement (mercredi, 03 novembre 2021)

Capture d’écran 2021-11-02 213347.jpgL'émoi, les maux, les mots

La COP 26 s'est ouverte dimanche à Glasgow pour deux semaines (elle aurait dû se tenir il y a un an, mais le coronavirus l'a repoussée). Qu'en sortira-t-il ?  C'est la "conférence de la dernière chance" pour le climat, entend-on de toute part. Mais ne l'avait-on pas entendu déjà dire de toutes les conférences précédentes ? de la première COP, en 1995, à l'Accord de Paris de 2015, en passant par les protocoles de Kyoto de 1997 et la COP de 2009, à Copenhague, aucune  n'a freiné les émissions de gaz à effet de serre (seul le coronavirus y est arrivé, pour une année...), ni, par conséquent, le réchauffement climatique. On s'était promis à Paris de le contenir à 2°C, voire 1,5°C d'ici 2100, le G20 (les principaux Etats du monde, plus l'Union Européenne) en a fait autant la semaine dernière, deux jours avant l'ouverture de la COP 26, mais on est mal partis pour tenir cette promesse, qu'on ne pourrait tenir qu'en réduisant massivement (de 55 %) les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. Dans la moins pire des hypothèses, la température moyenne de la planète devrait augmenter de 2,7°C -et c'est l'hypothèse où tous les Etats parties de l'Accord de Paris tiendraient toutes leurs promesses. Sinon, le réchauffement devrait être de 3,5 à 4°C. Et serait dévastateur. Cela, tout le monde le sait (sauf ceux qui ne veulent pas le savoir). L'émoi est général, les maux sont connus. Et les mots résonnent. Comme des tambours. Qui résonnent parce qu'ils sont creux. Et résonnent d'autant plus qu'il fait plus chaud.

"Assez !". Mais "Assez !" de quoi ? de mots ?

Le Secrétaire général de l'ONU a fait dans le lyrisme en ouverture de la Conférence sur le climat de Glasgow "Assez ! Assez de brutaliser la biodiversité. Assez de nous tuer avec le carbone. Assez de traiter la nature comme des toilettes". Assez ! en effet. Et puis quoi ? "Assez !" de quoi ? De mots ?  D'engagements qu'on a bien l'intention de ne tenir qu'en la moins gênante politiquement, socialement, économiquement, part possible.  Jusqu'à présent, la planète se réchauffe plus vite, et les émissions de gaz à effet de serre s'accroissent plus vite, que les mesures prises pour y pallier, et y mettre fin. Juste avant l'ouverture de la COP 26, le G20 (en l'absence des présidents chinois et russe) avait réaffirmé l'objectif d'une limite du réchauffement à 1,5°C, mais sans aucun engagements sur les moyens à mettre en oeuvre pour atteindre cet objectif. Et c'est une constante de toutes les conférences internationales sur le climat et l'environnement depuis un quart de siècle, que se payer de mots.

Cela fait déjà vingt-six ans qu'à Rio de Janeiro, les principaux dirigeants de la planète avaient adopté trois traités, sur la désertification, la diversité biologique et les changements climatiques. Et cela fait vingt-quatre ans qu'à Kyoto, les pays industrialisés (ni la Chine, ni l'Inde n'en étaient) s'engageaient à réduire d'au moins 5 % leurs émissions de gaz à effet de serre en quinze ans, sans toutefois se donner des objectifs chiffrés. Et en autorisant des permis d'émission autorisant les principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre à moins en faire chez eux pour les réduire, au prétexte qu'ils investissent pour cela ailleurs. Et en 2005, les USA font défection. Et le Canada, en 2011. En 2009, à Copenhague, la COP ne parvient à s'entendre sur un accord reconnaissant la nécessité de maintenir le réchauffement climatique en deçà de 2°C, mais ne disant toujours rien sur les moyens d'y parvenir, qu'après une négociation directe entre les présidents Barack  Obama et Xi Jinping.

Le 12 décembre 2015, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, scellait d'un coup de marteau l'adoption du premier traité international, l'Accord de Paris, visant à réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, et à, au moins, freiner le réchauffement climatique, sinon à le contenir. à au maximum 2°C, et si possible 1,5°C,par rapport aux niveaux pré-industriels. Là encore, il avait fallu une entente préalable entre les USA et la Chine pour en arriver à un accord, que 188 Etats ont aujourd'hui ratifié, et qui doit être révisé tous les cinq ans pour que les engagements pris soient renforcés Ou du moins rendus crédibles. Ou en sommes-nous ? en 2019, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 5 % par rapport à 2015, et si les rejets de CO2 ont baissé de 7 % en 2020, ce n'est pas du fait d'un respect particulier des engagements pris à Paris, mais du fait de la crise économique provoquée par la coronapandémie. Et une reprise économique en 2021 devraient les faire repartir à la hausse. Dans les six premiers mois de 2020, au prix, déjà, de centaines de milliers de victime de la Covid, on avait brûlé 8 % de pétrole et 7 % de charbon  en moins, et relâché 7 % de CO2 en moins dans l'atmosphère. Mais l'Agence internationale de l'énergie prévoyait que dès que la pandémie maîtrisée, on allait recommencera à se goinfrer d'énergies fossiles et à relâcher dans l'atmosphère plus de CO2 que le climat n'en peut supporter.  Elle ne nous disait pas cela, l'AIE, pour qu'on le trouve sympathique, le coronavirus mais pour qu'on se bouge un peu les neurones, quitte à devoir faire d'un mal (la pandémie) un bien (ne pas s'en retourner au "monde d'avant"...

Désormais, pour maintenir le réchauffement climatique à 1,5° à la fin du siècle, il faudrait réduire de 7,6 % par an les rejets carbonés dans les dix ans à venir. Et on en est loin. La baisse de ces rejets en 2020 n'a pas réduit la concentration de CO2 dans l'atmosphère, qui a atteint un niveau inégalé depuis... trois millions d'années... La planète continue donc de se réchauffer, la banquise et les calottes glacières de fondre, le niveau de la mer de s'élever, les événements climatiques extrêmes (inondations, ouragans, incendies) de se multiplier, l'expansion de la production des énergies fossiles de se poursuivre (de 2 % par an alors qu'elles devrais se réduire de 6 %) avec un soutien massif des banques internationales... et les contributions financières des pays les plus développés pour aider les pays du sud à s'adapter aux effets du changement climatiques, sont inférieures aux 100 milliards de dollars annuels prévus par l'Accord de Paris, ne vont qu'à 14 % aux pays les moins développés, sont en majorité des prêts et non des dons, et accroissent donc la dette des pays en développement.

Aucun pays n'est préparé à une catastrophe climatique, pas même les plus riches et les plus puissants. Et les mesures pour l'éviter, cette catastrophe, nécessiteraient des investissements massifs, et des décisions impopulaires. Les mots sont plus confortables. Même ceux des accords, des traités, des engagements, quand on a la possibilité de ne pas les tenir. Plusieurs scenarii d'évolution du réchauffement climatique sont évoqués. Le pire est celui portant sur une augmentation des températures de 7°C à la fin du siècle si rien n'est fait pour freiner un réchauffement qui devrait, à l'inverse, se situer autour de 2°C dès 2040, si tout ce qu'on peut faire est fait. Car les gaz à effet de serre déjà émis jusqu'à présent n'ont pas encore produit leur effet climatique. Pour rester autour de 2° de réchauffement, il faudrait que dès aujourd'hui les émissions de gaz à effet de serre cessent d'augmenter, puis diminuent de 45 % dans les dix ans à venir.  On en est loin. Et on n'y arrivera pas si on garde comme objectif parallèle à la réduction des émissions de CO2 celui du maintien du dynamisme commercial mondial, de la croissance et donc de la consommation d'énergie.

Ce tableau serait bien sombre si on oubliait la mobilisation massive des opinions publiques, des jeunes, des ONG et des villes pour imposer le respect de l'Accord de Paris, et la radicalisation de ses objectifs. C'est de cette mobilisation, en effet, que dépend la possibilité de rendre effectifs les engagements pris, de contraindre ceux qui les ont pris de les tenir. Et de ne pas condamner demain, ou après demain, la majorité des habitantes et les habitants de la seule planète habitable par l'homo sapiens, à vivre dans un monde rendu invivable par la goinfrerie des uns et l'inaction des autres.

 

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