Refus du préavis municipal sur la Cité de la Musique :  Et maintenant ? (mercredi, 16 juin 2021)

cor des Alpes.jpgLe préavis municipal sur le plan localisé de quartier lié au projet de Cité de la Musique a été refusé, par 800 voix d'écart en Ville de Genève. Tous les arrondissements de gauche disent NON. Tous. Cela devrait nous parler un peu... et que seuls des arrondissements de droite votent OUI, cela aussi devrait nous parler un peu... Ce NON, même de justesse, c'est tout de même, pour le PS, une sanction: celle d'un soutien souvent totalement a-critique à un projet présenté comme atteignant à la perfection, sans aucun défaut, ne posant aucun problème... or si la base électorale du PS s'était mobilisée pour ce projet, il serait passé -et il n'a été repoussé que parce qu'une bonne partie de la base socialiste l'a repoussé... et qu'elle devait bien avoir quelques motifs de le faire. Reste que 800 voix de différence dans un vote qui a mobilisé 50'000 des 200'000 habitants de la Ville (40 % de participation, c'est une bonne participation, pour un vote municipal), ça n'est pas un raz-de-marée, d'autant moins qu'un vote de nature référendaire est plutôt favorable aux oppositions, qui peuvent s'additionner sans égards à leurs contradictions, alors que les soutiens doivent s'élargir... Maintenant, parole au canton. Plus précisément, au Grand Conseil, si le Conseil d'Etat veut contourner le préavis municipal de la Ville. Et si le Grand Conseil le suit dans cette voie périlleuse... Bref, le débat va se poursuivre -mais c'est bien parce que la Ville a refusé le plan localisé de quartier qu'il va se poursuivre : si le PLQ avait été accepté, le débat aurait été clos, ou se serait réduit à des oppositions aux autorisations de construire (et de démolir la villa des Feuillantines). Une approbation aurait sacralisé le projet; le refus le laisse  modifiable. Vertus de la démocratie semi-directe... et municipale.

Un vote populaire acquis, reste à savoir ce qu'on en fait

Un vote populaire acquis, il reste à savoir ce qu'on en fait. De celui, municipal, de dimanche, on ne sait pas vraiment ce que le Bailli cantonal veut faire, mais ce qui doit nous importer est de savoir ce que nous pouvons en faire, nous ...La Ville dit "non" ? Le canton pourrait dire "oui" quand même, la loi le lui permettant. Les Conseillers d'Etat Antonio Hodgers et Thierry Apothéloz ont en effet maintenu leur soutien à une Cité de la Musique après que le corps électoral actif de la Ville ait retiré celui que lui apportait le Conseil municipal, mais la procédure du PLQ est gelée, le temps de mener des consultations, des discussions, avec tous les partenaires possibles d'un projet redéfini : le canton, la Ville, l'OSR, la Fondation de la Cité de la Musique, les milieux culturels et sans doute aussi la Fondation Wilsdorf. On y insiste, parce que c'est bien pour cela qu'on avait voté "non" : c'est le refus du PLQ par une majorité en votation municipale qui rend cette consultation et ces discussions utiles, et la modification du projet possible. Elle est même plus que possible : nécessaire -quoi que dise la loi, on ne peut balayer d'un revers de main l'opposition d'une commune qui pèse 40 % de la population du canton.

Reste donc à savoir ce qu'il y a à négocier et à discuter. Et à modifier. "On veut dresser un état des lieux pour décider si on arrête avec ce projet ou si on continue, y compris sur le site des Feuillantines", résume Thierry Apothéloz... Mais continuer avec quel projet ? le même que celui qui a été refusé en ville ? il faudra compter en années les procédures à tous les niveaux de recours possible... sans exclure, sinon un référendum, du moins une initiative, ciblant spécifiquement la préservation du site des Feuillantines, ou modifiant le rapport entre les prononcements municipaux et cantonaux sur les plans localisés de quartier -l'idée, là, étant de priver le Conseil d'Etat et le Grand Conseil de se soustraire à une opposition municipale sans recours au peuple cantonal, par référendum facultatif.

Quant au contenu d'un projet redéfini, si une quasi-unanimité se fait sur le regroupement de la Haute Ecole de Musique sur un seul site, elle ne se fait pas sur l'identification de ce site, et pour le Conseil d'Etat, il n'y a pas de "plan B" qui serait une alternative au site des Nations. Et  Antonio Hodgers confirme que "l'option de la place des Nations reste sur la table". Que le parc des Feuillantines puisse être accessible au public pourrait être l'un des éléments d'un projet re-formé, comme à la faveur de l'édification d'une Cité devenant celle de toutes les musiques, un renforcement du soutien aux "musiques actuelles" : si le canton était prêt à subventionner pour 2,5 millions la Cité de la Musique, il devrait pouvoir accorder autant aux formes musicales non patrimoniales que soutient déjà la Ville.

Enfin, le rachat par la Ville de la parcelle ou du droit de superficie des Feuillantines a été évoqué, ce qui serait d'ailleurs soumis au référendum facultatif communal... et cette fois, sans pouvoir du canton de s'asseoir sur une décision du "peuple municipal"... "On ne peut pas imposer la volonté d'un peuple municipal à l'ensemble de la population cantonale", déclare Antonio Hodgers. Mais imposer la volonté d'un Conseil d'Etat de sept membres ou d'un Grand Conseil de cent membres à plus de 25'000 votantes et votants du "peuple municipal", ça, on pourrait ?

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