Internalisation dans la fonction publique du personnel de nettoyage : Attente déçue et mesurette alibi (mardi, 15 juin 2021)

nettoyeuses.jpg.jpgHier, journée de la Grève Féministe, des nettoyeuses ont manifesté leur colère contre la Ville de Genève en se rassemblant devant l'Hôtel-de-Ville pour protester contre le traitement réservé par la Commission des Finances du Conseil Municipal, et par le Département lui-même, aux nombreuses propositions émanant de la gauche du Conseil municipal (PS, Ensemble à Gauche... et Verts)  en faveur de l'intégration dans la fonction publique municipale du personnel de nettoyage des locaux, des espaces et des installations de la Ville. Pour "faire des économies" budgétaires sur le dos de ce personnel, affecté à des tâches dont la pandémie a rendu visible le caractère indispensable à la population et au fonctionnement de la commune, la Ville avait en effet décidé de confier à des entreprises privées la tâche que ce personnel accomplit , au prix d'une dégradation de ses conditions de travail, de rémunération et de protection sociale. Quand la droite était majoritaire au Conseil municipal, on ne s'attendait pas à ce qu'elle remette en cause cette privatisation d'une tâche publique. La gauche étant redevenue majoritaire au Conseil municipal, le personnel de nettoyage et les syndicats en attendait qu'elle passe de la parole (les propositions d'"internalisation" dans la fonction publique de 73 postes de travail en équivalent plein temps) aux actes (l'adoption de ses propres propositions). Attente déçue, jusqu'à présent. D'où l'expression, hier, de la colère du personnel et du syndicat (le SIT) : "En ce jour de grève féministe*, nous protestons devant les bureaux du Conseiller administratif en charge des finances de la Ville de Genève, M. Alfonso Gomez, pour dénoncer le manque de courage politique de ce dernier ainsi que de ses partisan-ne-s qui, malgré leurs promesses, n'ont que faire de nos conditions de travail !"

"Nous ne sommes pas des serpillères, encore moins des alibis"

Les nettoyeurs des toilettes publiques de la Ville de Genève avaient dû se mettre en grève pour qu'on se rende compte des conditions dans lesquelles ils doivent accomplir une tâche dont nul ne nie la nécessité... et qui fut même applaudie au début de la coronapandémie. Mais les applaudissements ne suffisent pas : il faut aussi "poser des actes". De vrais actes, pas des simulacres dérisoires, et même humiliants pour celles et ceux dont la gauche, alors unie (avant les élections...), exigeait l'internalisation dans la fonction publique, parce qu'elles et ils assurent une tâche publique, et que celles et ceux qui travaillent pour la Ville et ses habitants doivent être employés par la Ville elle-même.

Nous demandions donc, et demandons toujours,  l'internalisation des nettoyeuses et des nettoyeurs des locaux, des installations, des espaces de la Ville de Genève, soit de 97 postes à temps plein. Or qu'advint-il de cette demande, pour ne pas écrire de cette exigence sociale, lors de son examen par la Commission des finances du Conseil municipal ? Elle a été réduite à une défroque : de cette internalisation globale, ou de l'internalisation du seul secteur du nettoyage des toilettes publiques, il ne reste plus que l'engagement de quatre nettoyeuses de bureaux municipaux de la rue de l'Hôtel-de-Ville.... une "hypocrisie politicienne", dénoncent les nettoyeuses, le jour de la Grève Féministe avec les nettoyeurs, et leur syndicat (le SIT).

Une hypocrisie politicienne, en effet, et un déni de réalité : l'externalisation du nettoyage a fortement précarisé les conditions de travail, de salaire, de protection sociale de celles et ceux qui s'y livrent. C'est à la fois logique (les entreprises soumissionnaires doivent sous-enchérir les unes contre les autres pour emporter le marché, et la "variable d'ajustement" des offres, ce sont les salaires, les conditions de travail et les prestations sociales) et indigne d'une collectivité publique, surtout quand elle se targue d'être un employeur "exemplaire"...

On a "externalisé"le nettoyage pour faire des économies. On les a faites -sur le dos de celles et ceux qui assument cette tâche : des invisibles, des étrangères et des étrangers. Des moins que rien. "Quelle image la Ville de Genève donne-t-elle en maintenant dans la précarité des nettoyeuses et des nettoyeurs qui s'engagent jour et nuit pour un parfait entretien des bâtiments publics ?", s'interroge le syndicat... Quelle image ? celle du mépris de ce personnel, et de son travail.

"Nous ne sommes pas des serpillères, encore moins des alibis", clamaient les nettoyeuses en colère, hier à midi, devant les bureaux du ministre municipal des Finances, Alfonso Gomez. Et elles étaient d'autant plus en colère qu'elles avaient la nette impression, en ce jour de grève féministe, que "la cause féministe (est) utilisée à des fins politiciennes" par la mise en avant de "quatre misérables postes" occupés par des femmes, alors que "l'ensemble du secteur -largement féminisé- est concerné.

Ce n'est pas de "projets pilotes au rabais" du genre de celui proposé par la Commission municipales des finances, mais d'une internalisation de tout le secteur du nettoyage, au terme de chaque contrat passé avec des entreprises privées En commençant par celui portant sur le nettoyage des toilettes publiques, parce qu'il arrive à terme l'année prochaine, et que la lutte menée, jusqu'à la grève, par le personnel qui y est affecté a été exemplaire. Au Conseil municipal, nous amenderons en ce sens la proposition dérisoire de la Commission des finances. -et ce sera un vrai, un clair clivage gauche-droite qui tranchera, en situant les uns et les autres dans un camp ou un autre.  On dira que c'est en dire beaucoup sur une proposition d'engagement d'une quinzaine de nettoyeurs de toilettes publiques ? On aura tort. Parce que cette proposition, premier pas d'une internalisation de tout le nettoyage des locaux, des bureaux, des installations de la Ville, est un moment de lutte contre la sous-enchère salariale, contre la paupérisation d'une part croissante de la population, et en particulier des femmes, contre la sous-traitance à des privés de tâches publiques, pour la reconnaissance du travail de celles et ceux qui assument ces tâches. Et pour que la Ville soit cet employeur "exemplaire" qu'elle affirme être -et qu'elle ne peut être en n'étant pas l'employeur de celles et ceux qui travaillent pour elles, en étant moins bien payés, moins bien traités, moins bien protégés que son propre personnel.

Nous ne cessons à gauche de proclamer que les urgences climatique et sociale sont indissociables, qu'on ne peut relever l'une sans l'autre ? voilà l'occasion de prouver que cette proclamation n'est pas qu'un slogan électoral, mais un engagement politique : celui d'"investir dans l'humain autant que dans les arbres"...

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