Traversée du Petit-Lac (de Genève) : Plus en rade, mais en Berne (vendredi, 07 mai 2021)

Cesar à Genève.jpgLe Conseil d'Etat genevois a transmis à la Confédération le dossier de la traversée routière du Petit-lac :  800 pages d'études d'un projet qui a de moins en moins de sens et que Genève n'a pas les moyens de réaliser (il coûterait dans les cinq milliards). Cela fait des décennies qu'on nous bassine avec une traversée dont on ne sait plus si elle est de la rade ou du (petit) lac. On a étudié on ne sait plus vraiment combien de projets, on a fait voter  les Genevois et voises sur un principe assez flou pour qu'ils et elles puissent l'accepter, ce qu'elles et ils ont fait, pour balayer ensuite le premier projet présenté de concrétisation de ce désir inassouvi (et qui le restera). Puis on a remis ça : on les a fait revoter sur un principe, et on a étudié de nouveaux projets, évalué leur coût, de plus en plus élevé, compris qu'on n'avait pas les moyens de se payer ce monstre lacustre, et qu'il était illusoire d'espérer que des privés le financent (même la Fondation Wilsdorf ? même...). On a donc décidé de se tourner vers Berne. Le temps passe, et va continuer de passer (une hypothétique traversée du Petit-lac ne se ferait pas avant 2040...)  il apparaît de plus en plus évident qu'en sus d'être financièrement ruineux, le projets devient parfaitement inutile, dès lors que les déplacements en bagnoles individuelles, de moins en moins gérables dans les zones urbaines, suburbaines, périurbaines et rurbaines, vont forcément se réduire. Pendant quoi, à réitérées reprises, les Genevoises et voix soutiennent dans les urnes le développement de la mobilité douce et les forces politiques qui la défendent et s'opposent aux projets d'urbanisation dans des zones villageoises, ou résidentielles, du genre de celles qui, sur la rive-gauche, devraient précisément être urbanisées pour qu'une traversée routière du Petit-lac y prenant pied se justifie.

La traversée routière du Petit-lac n'est plus vraiment un projet, mais un totem

Donc, comme Genève n'a pas les moyens de claquer des milliards pour une traversée routière de son bout de lac, elle se tourne vers la Berne fédérale pour se la faire offrir : le Conseil d'Etat a transmis le dossier à la Confédération (il n'avait pas le choix, le peuple avait voté le principe de l'étude de ce machin), en ne se faisant vraisemblablement aucune illusion sur le sort qui sera réservé à cette Genferei. D'autant qu'à Berne on sait Genève fort divisée sur le sujet (on n'y a pas voté dans un sens sans voter ensuite dans l'autre...) et que la République est désormais représentée au parlement fédéral par une majorité de parlementaires de gauche (PS, Verts, EàG) opposés à quelque projet que ce soit  de traversée de la rade ou du Petit-Lac autrement que par bac ou en bateau -comme le prévoit, entre entre Corsier et Bellevue, le projet de la "Voie bleue", qui pourrait fonctionner dès 2024 avec un navibus de la CGN d'une centaine de places.

Quelles chances Genève a-t-elle de se faire payer son éléphant de lac par Berne ? Vraisemblablement aucune. Ce n'est pas que la Confédération refuse de financer de grands projets routiers à Genève, puisqu'elle est prête à le faire à raison de plus de deux milliards pour l'élargissement du contournement actuel, ni qu'elle méconnaît l'importance de soutenir le développement des infrastructures de l'agglomération genevoise, puisqu'elle les a déjà soutenues pour plusieurs centaines de millions, c'est seulement qu'elle a toutes les raisons de considérer une traversée routière du Petit-lac comme un projet obsolète avant même que d'avoir obtenu le moindre financement de sa part, alors qu'il serait le plus coûteux de tous ceux qu'elle a inscrit dans sa planification routière.

Il est vrai que la traversée routière du petit-lac n'est plus vraiment un projet, mais un totem. Et que ceux-là même qui persistent à l'invoquer n'y croient plu.  Ce totem et cette entrave sont aussi une obsession, qui plombe tous les autres projets lorsqu'il faut les soutenir à Berne... On se plaît donc à croire que le Conseil d'Etat, désormais à majorité de gauche, ne l'a expédié à Berne que pour en débarrasser Genève.

Une forme de tri des déchets, en somme...

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