Le troll tourne les talons ? Une bonne chose de faite. (vendredi, 22 janvier 2021)

trump,bidenSous protection de 25'000 policiers et militaires en armes, Joseph Robinette Biden a prêté serment, mercredi, comme 46e Président des Etats-Unis. Pour un seul mandat de quatre ans, si rien ne vient l'interrompre. Avec Kamala Harris comme vice-présidente (première femme et première "personne de couleur" à ce poste), pour, le cas échant, le remplacer ou lui succéder : il a tout de même 78 ans, et est le président le plus âgé de l'histoire étasunienne (mais si elle recule depuis quelques années, l'espérance de vie des Américains a tout de même progressé depuis 250 ans...) Trump a finalement quitté de lui-même la Maison-Blanche après avoir gracié 73 personnes dont son ancien Conseiller et idéologue Steve Bannon (qui avait détourné des fonds destinés à la construction du fameux mur avec le Mexique), et a gagné la Floride sans assister à l'investiture de son successeur, en chantant ses propres mérites et en assurant qu'il reviendra "d'une manière ou d'une autre". Il est vrai que dans la mythologie scandinave,  les trolls, s'ils sont idiots, sont quasiment indestructibles... Le troll tourne les talons, et c'est une bonne chose de faite. Reste à faire... tout le reste.

"Ce qui est, est. Le reste, faut voir"

"Nous revoici unis et indivisible", a assuré Biden dans son premier discours de président. Comme si les USA l'avaient jamais été, "unis et indivisibles". Comme si Abraham Lincoln et Martin Luther King, qu'il a cités dans son discours, n'avaient pas précisément eu à faire à la désunion et à la division de leur pays. Comme si, de l'aveu même du nouveau président dans son premier discours de Chef de l'Etat, "les forces qui nous divisent sont profondes et réelles" : Trump est tout de même, avec 74 millions d'électeurs ayant voté pour qu'il reste président, même si Biden a obtenu le soutien de 7 millions de votes que lui, le perdant le mieux soutenu de toutes les élections présidentielles américaines. Toutes celles et tous ceux qui ont voté pour lui ne vont pas continuer à le soutenir, mais la majorité d'entre eux continuent de croire (ou, en tous cas, de le dire) que l'élection leur a été volée.

"La démocratie est précieuse, la démocratie est fragile, et aujourd'hui, mes amis, la démocratie l'a emporté", a proclamé Biden, deux semaines après l'assaut du Capitole par les trumpistes, le 6 janvier.  Ce n'était ni une révolte, ni une insurrection, seulement une chouannerie, pour Dieu et le Roi (Trump en tenant lieu). Cette bouffonnerie n'a d'ailleurs pas consterné tout le monde : si la quasi totalité des chefs d'Etat et de gouvernement européens l'ont condamnée, quelques potentats ou leurs porte-paroles se sont plus ou moins ouvertement réjouis de  : "la fête de la démocratie est terminée", s'est exclamé le président de la commission des Affaires étrangères du parlement russe, ajoutant que "l'Amérique n'a plus aucun droit de donner le cap"; la démocratie occidentale est "fragile et vulnérable", a observé le président iranien Rohani. Et en Chine, on a comparé l'intrusion des trumpistes dans le Capitole aux manifestations antichinoises de Hong Kong.

Joe Biden n'est pas le Messie : sa principale qualité est d'avoir réussi à dégager Trump. Reste... tout le reste. Comme disait notre maître, Jean-Baptiste Botul, "Ce qui est, est. Le reste, faut voir". Ce qui est, c'est que l'encore première puissance mondiale (mais pour combien de temps ?) n'est plus présidée par un égotiste immature et inculte. Le reste, c'est le programme du nouveau président : un new deal à l'intérieur, une restauration de la puissance et de l'interventionnisme à l'extérieur. Biden veut "changer l'Amérique" mais à sa manière, Trump l'avait déjà changée, et dans le changement que veut promouvoir son successeur, il y a d'abord eu ces dix-sept décrets présidentiels, effaçant une partie de l'héritage trumpiste sans avoir besoin de passer devant le Congrès: retour dans l'Accord de Pari et à l'OMS, interruption de la construction du mur avec le Mexique, annulation du décret interdisant aux ressortissants de certains pays musulmans d'entrer aux USA. C'est un bon début, mais de quoi est-ce le début ? Le nouveau président veut tourner la page de Trump, mais tourner une page, ce n'est pas faire comme si rien n'y avait été écrit.

 

 

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