Biden et Harris élus, Trump et Pence battus, une bonne chose de faite ? (lundi, 09 novembre 2020)

Capture d’écran 2020-11-08 184756.jpgEvacuation pour Restauration

Comme d'habitude aux USA (et dans la quasi totalité des démocratie électives), ce sont les media qui ont annoncé le vainqueur de l'élection présidentielle américaine, des jours, peut-être des semaines, avant que soient tombés, Etat après Etat, les résultats définitifs et officiels. Entre l'annonce médiatique et la confirmation officielle, le temps est plus long aux Etats Unis qu'ailleurs, mais la première précède toujours et partout la seconde : en France, on connaît le nom du président élu à 20 heures, alors que le dépouillement n'a même pas encore commencé... Il est vrai qu'en Chine le problème ne se pose pas... Donc, avec (toujours selon les media) 75 millions de votes populaires et au moins 290 "grands électeurs", Joe Biden est président élu des Etats-Unis, contre Donald Trump (71 millions de votes populaires et 220 "grands électeurs"), alors qu'il reste quatre Etats où le résultat est incertain. L'élection annoncée du candidat démocrate et de sa colistière a suscité des scènes de liesses dans les rues des grandes villes, qui ont fait leur élection, pendant que le président sortant se confinait dans son bunker politique et le déni de sa défaite. Partons donc de l'hypothèse que Joe Biden sera effectivement le 46e Président des USA. Pour faire quoi ? lui-même l'a dit : pour restaurer le "rêve américain", le prestige des USA, la démocratie américaine, autoproclamée comme la plus grande du monde. L'évacuation de Trump de la Maison-Blanche n'est donc pas une révolution, mais une restauration. Même si, dans le sillage de Joe Biden, l'élection de Kamala Harris, première femme vice-présidente, est sans doute plus significative des changements sociaux (et donc politiques) en cours aux USA : des centaines de milliers d'électrices et d'électeurs ont probablement voté pour Biden pour pouvoir voter pour elle... en attendant peut-être de voter une fois encore pour elle en 2024 -mais à la présidence, cette fois...

Trump n'est plus président, mais ce qui l'avait fait président reste

"La démocratie, c'est compliqué. Il faut quelquefois aussi un peu de patience", a soupiré Joe Biden. "Un peu", seulement ? La démocratie élective, cela implique de compter toutes les voix. Qu'elles s'expriment dans un local de vote ou par correspondance (là d'où on parle, 90 % des votes sont des votes par correspondance...). En exigeant l'interruption du dépouillement des bulletins, c'est ce principe du "chaque voix compte" que Trump piétinait, dans une prestation télévisée si calamiteuse que même les media républicains en ont été consternés, les media démocrates n'ayant eu qu'à en remettre une petite couche "C'est donc le président des Etats-Unis. C'est la personne la plus puissante au monde, et tout ce que nous voyons, c'est une tortue obèse retournée sur sa carapace qui s'agite sous le soleil brûlant en comprenant que son heure est passée, et qui refuse de l'admettre", commentait CNN (une chaîne honnie par les trumpistes...), après une énième intervention de Trump contestant sa défaite -d'autres chaînes de télé ont carrément coupé le direct pendant cette intervention, considérant qu'elle n'était que mensongère. Et même la chaîne préférée des Républicains, Fox News, a donné Biden vainqueur, à la grande fureur de Trump.

Joe Biden et Kamala Harris sont donc président et vice-présidente élus des USA. Les félicitations internationales ont plu sur eux dès leur élection annoncée. Les unes (celles de Merkel, de Macron, de Trudeau, de von der Leyden, de Sommaruga) étaient attendues, d'autres (celles de Boris Johnson ou de Benjamin Nethanyahu) plus surprenantes (à l'heure où on écrit, on n'a pas de nouvelles de Poutine et de Xi Jiping), mais après tout, il faut bien prendre acte pour préserver les "bonnes relations" avec les USA. Le plus intéressant dans ces messages de bienvenue au club est leur tonalité commune : on va pouvoir reprendre nos bonnes relations d'avant, ou les garder. "Nos excellentes relations", pour Simonetta Sommaruga. Notre "amitié transatlantique" pour Merkel. On va à nouveau pouvoir "agir ensemble", pour Macron. "Relever ensemble les plus grands défis mondiaux" pour Trudeau. "Coopérer étroitement" pour Johnson. "intensifier (notre) coopération" pour von der Leyden. C'est bien de restauration dont il s'agit. De restauration de l'atlantisme. Et d'effacement des foucades de Trump : les Etats-Unis vont revenir dans l'accord de Paris et à l'OMS... et tenter de reprendre les places laissées, dans les relations internationales mais aussi sur le terrain, à la Russie, la Chine et quelques acteurs secondaire comme la Turquie ou l'Iran. Là encore, on est dans la restauration...

Mais il n'y a évidemment pas que des rapports internationaux à restaurer, il y a aussi des rapports nationaux. Parce que là encore, il s'agit de restauration : celle de la prospérité économique, celle de l'"unité nationale"... Biden est entré en campagne avec pour programme de rendre son "âme" à l'Amérique, quand Sanders et Warren promettaient une "révolution politique" et de "grands changements structurels". Leur ralliement à Biden s'est fait en échange d'un certain "gauchissement" du programme du très centriste vice-président d'Obama, mais même après cela, il n'y avait pas, entre Biden et Trump, d'opposition radicale en matière de politique économique., seulement des inflexions. Certes, le Démocrate est plus keynésien et le Républicain plus protectionniste, mais on est bien plus dans la nuance que dans l'alternative (Trump veut investir 500 milliards, Biden veut investir quatre fois plus)  -sauf s'agissant de la politique fiscale : Trump voulait continuer à baisser les impôts sur les entreprises, Biden les rétablir à un peu moins de ce qu'ils étaient avant que Trump, déjà, les ait réduits.

Trump battu, il ne faudrait pas en déduire qu'il ne fut qu'un accident que la Restauration démocrate effacerait, sinon des mémoires, du moins de la réalité. Comme Biden, Trump a accru son électorat entre 2016 et 2020. Et ceux qui ont voté pour lui la semaine dernière ne vont disparaître pendant les quatre ans du mandat de Biden (le seul que Biden exercera). Trump lui-même sera sans doute toujours là. Pour se représenter, pousser son fils ou un, ou une, de ses fidèles. Il n'est plus président, mais ce qui l'avait fait président reste : ce que le chroniqueur du "Monde" résume en le désespoir de l'Amérique blanche déclassée. Le Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz constate qu'"en bien des endroits, les Etats-Unis ressemblent déjà à un pays du tiers-monde. L'espérance de vie y a chuté". En effet, l'espérance de vie moyenne aux USA a commencé à baisser en 2014, en particulier dans la population que la nomenclature étasunienne définit comme les "Blancs non hispaniques". Le président d'alors s'appelait Barack Obama. Et le vice-président, Joe Biden...

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