Après le sauvetage du "Plaza" (mardi, 20 octobre 2020)

plaza,cinémaRenaissance d'un bijou

On est de plus en plus contents d'avoir contribué à sauver le Plaza de la démolition, et à inciter le Conseil d'Etat à le re-classer au patrimoine, après l'en avoir déclassé. Le président de la Fondation Plaza, créée par la Fondation Wilsdorf quand elle a racheté le bâtiment abritant le cinéma, a annoncé que des événements culturels y seraient organisés avant que les travaux de réhabilitation de la salle aient réellement commencé. Le Plaza va devenir, comme on le proposait depuis des années, un centre culturel voué au bâti (manière de rendre hommage à son architecte, Marc-Joseph Saugey) et au cinéma. La première manifestation prévue pourrait se tenir en novembre, en lien avec le GIFF (Festival international du film de Genève), et avec la présence de Stefan Eicher. La deuxième pourrait se tenir au printemps 2021, avec des projections de films du vendredi soir au dimanche, dont un film reprenant la programmation du cinéma avant de son ouverture en 1952 à sa fermeture en 2004... Quinze bureaux d'architectes, choisis par le Conseil de fondation, ont été invités à travailler sur une rénovation des lieux en respectant leur état initial mais en les équipant des dernières technologies et en respectant des normes sécuritaires et environnementales qui ne sont plus celles de 1952. Deux à quatre bureaux seront retenus au terme du premier acte du concours, et un sera finalement retenu au deuxième acte, en juin 2021. Les travaux devraient démarrer en janvier 2022 pour une inauguration à l'automne 2023 de ce qui sera, à nouveau, le plus grand cinéma de Genève, avec une grande salle de 750 places assises en parterre et balcon, et un centre culturel, un bar glacier, une boutique, un restaurant, des arcades, une librairie, une bibliothèque, un centre de documentation, une espace d'exposition...

"Les seuls combats perdus d'avance sont ceux qu'on renonce à livrer"


Il y avait deux enjeux dans le combat pour sauver le Plaza : un enjeu patrimonial (sauver la salle) et un enjeu culturel  : en faire un lieu culturel spécifique, pas seulement une salle de projection, mais une "maison du cinéma" capable, par exemple, d'accueillir tous les festivals de cinéma et d'image qui sont organisés à Genève (et financés par la Ville). Le projet de la Fondation Plaza, crée par la Fondation Wilsdorf et qui bénéficiera d'un droit de superficie, est celui que nous défendions depuis des années : faire de la salle de cinéma le coeur d'un centre culturel voué au cinéma.  La salle que le Conseil d'Etat avait déclassée en 2013 au motif, ou au prétexte, avancé par le propriétaire de l'époque, qu'il était impossible d'en rentabiliser l'exploitation, comme si la rentabilité était un critère de défense du patrimoine... il est rentable", le Grand Théâtre, qui a besoin pour pouvoir tourner que la Ville y injecte plus de 40 millions de francs chaque année ? Il est rentable, l'Hôtel-de-Ville ? Il est rentable le Victoria Hall ?

Lorsque le propriétaire de l'époque a présenté son projet de démolition de la salle et de construction à sa place d'un centre commercial, auquel s'ajoutera ensuite un parking (pour 73 bagnoles et 18 motos, sur cinq niveaux) , l'Etat a autorisé le projet -autrement dit, a autorisé la démolition de la salle. On se bat depuis 2015 contre cette démolition -autrement dit, on s'est battu pendant plus de quatre ans contre l'Etat, pour sauver une salle dont l'Etat aujourd'hui voudrait bien s'attribuer une partie du mérite de l'avoir sauvée. "Le Plaza est une salle unique, c'est la cathédrale du cinéma" proclame l'architecte Patrick Devanthéry. Sa destruction aurait été "la perte d'une oeuvre d'art unique et irremplaçable pour tout le patrimoine architectural européen du XXe siècle", ponctue le professeur Bruno Reichlin, dans une lettre ouverte au Conseil d'Etat. Si Le Plaza est "la cathédrale du cinéma", que sont ceux qui voulaient le détruire, ceux qui les soutenaient (la droite municipale, par exemple) et ceux qui leur en avaient délivré l'autorisation ? des Talibans ?

"Les seuls combats perdus d'avance sont ceux qu'on renonce à livrer"... Le Plaza a donc été sauvé. Encore fallait-il qu'il soit sauvable -c'est-à-dire qu'il ne soit pas détruit, comme le Conseil d'Etat l'avait autorisé. Et c'est bien "la mobilisation pour le sauver" qui a permis à la Fondation Wilsdorf de racheter autre chose qu'un tas de gravats... "Cette transaction a été conclue quand bien même elle représente le renoncement à un projet porteur", n'en ont pas mois communiqué, au moment de la vente, les anciens propriétaires. Un projet "porteur de quoi" ? S'ils y ont renoncé, c'est sans doute que le combat mené pour qu'ils y renoncent commençait à leur coûter fort cher, qu'ils se sont aperçus qu'un centre commercial et un parking aujourd'hui n'étaient plus "porteurs" que de pertes financières, comme d'ailleurs les logements étudiants ajoutés au projet pour tenter de le faire accepter : ou bien ces logements devaient être loués à des prix accessibles à la majorité des étudiants, et le propriétaire n'aurait pu en tirer aucun profit, ou bien ils étaient destinés aux seuls étudiants qui ont (ou dont les parents ont) les moyens de les payer au "prix du marché", ce qui les destinait à un public qui n'en avait pas besoin. Pour comble d'hypocrisie, les anciens propriétaires se disaient "heureux d'annoncer que le cinéma Plaza va remplir une nouvelle fonction pour Genève" alors qu'ils n'avaient eu de cesse de vouloir le détruire...

Il aura fallu que la Fondation Wilsdorf  (la "bienfaitrice de Genève", proclamait l'hagiographe du "Temps") rachète tout le bâtiment (classé) abritant la salle de cinéma (alors déclassée) pour éviter qu'à sa place Genève soit gratifiée d'un centre commercial et d'un parking de plus, dans un quartier qui compte déjà au moins trois centres commerciaux et autant de parkings. Un "scénario inouï débouchant sur un happy end incroyable", se pinçait "La Tribune du 8 août. Un scénario espéré s'agissant du sauvetage de la salle, et le seul scénario possible s'agissant de son rachat, dès lors que l'Etat et la Commune avaient renoncé à y investir autre chose que de beaux discours. La Fondation, plus élégante que nombre de commentateurs (et de magistrats...) a reconnu que "c'est "l'attachement des Genevois pour ce lieu" et "la mobilisation pour le sauver" l'ont convaincu qu'"il méritait d'être sauvé"... Evidemment, une initiative signée par plus de 11'000 personnes, ça pèse, même si les juristes de la couronne avaient trouvé moyen de la faire invalider par le Conseil d'Etat. Ce contre quoi on avait recouru au Tribunal Fédéral, qui a attendu que la salle soit sauvée pour nous répondre que le recours n'avait plus d'objet...

Pas de doute, on est bien contents d'avoir contribué, avec le soutien de milliers de Genevois, au sauvetage de la plus belle salle de cinéma de Genève.

 

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