Un printemps genevois de la mobilité douce ? (vendredi, 26 juin 2020)

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Prise de conscience

Mardi soir, au Conseil municipal, on a adopté trois propositions qui, toutes trois, participent du soutien à la mobilité douce et à la libération de la ville de l'emprise de l'automobile. Trois votes acquis au grand déplaisir de la droite (MCG, UDC, PLR) qui a presque tout tenté pour les éviter et qui, n'ayant pu les éviter, a quitté la salle très fâchée, et plus vexée encore. Trois propositions acceptées, donc : une proposition d'"Ensemble à Gauche" d'accorder un crédit de 500'000 francs pour subventionner l'achat ou la réparation de vélos par les habitants, une demande socialiste de négocier avec le canton la fermeture des quais à la circulation automobile (mais seulement le samedi et le dimanche et seulement jusqu'au 20 septembre), et une résolution proposée par les Verts, et s'opposant au projet de parking "Clé-de-Rive", soumis au vote populaire. Ces votes municipaux s'ajoutent à trois votes cantonaux, au Grand Conseil, début juin : une motion du MCG et une résolution du PLR qui demandaient le retrait des aménagements cyclables installés par la ville ont été refusées, et une résolution d'"Ensemble à Gauche" qui demandait non seulement leur maintien mais leur pérennisation et leur renforcement a été acceptée. Y'a des mois, comme ça, où on a l'impression que les vieux réflexes laissent place à quelque chose comme une prise de conscience : celle qu'il est temps de penser la ville sans la bagnole.

« Eppur si muove »... doucement...

Très fâché, le président du "Groupement transport et économie" (GTE), le lobby patrono-bagnolard, a annoncé que le Conseiller d'Etat Dal Busco (oui, le traître, le PDC verdi...) lui avait annoncé que les bandes cyclables provisoires installées en mai allaient être maintenues jusqu'à mi-septembre et que le processus de leur pérennisation, avec mise à l'enquête et demande d'autorisation, allait être lancé (la Ville et le canton viennent d'ailleurs d'annoncer la prolongation jusqu'en septembre du dispositif)... et le GTE en est tout retourné : il exigeait la disparition de ces bandes cyclables. Le Département de Dal Busco, lui, veut promouvoir une évolution vers des "aménagements de qualité pour les mobilités douces", y compris sur les grands axes (Cornavin, Plainpalais) que le GTE voudrait réserver aux déplacements en bagnole...A droite, l'UDC et le MCG ont déposé chacun leur projet de loi contre les bandes cyclables tracées par la Ville : l'UDC veut inscrire dans la loi la largeur minimale (3m50) des voies réservées aux bagnoles, et la largeur maximale (1m55 en ville) de celles réservées aux vélos. Rien n'est prévu pour les voies réservées aux chars à bœufs. Le MCG, lui, veut que le Grand Conseil se prononce sur toute restriction de la circulation automobile sur les rues et routes des réseaux primaire et secondaire. On ajoutera à ce florilège bagnolard l'appel à la manif lancé par Lulu Barthassat et le bon docteur-candidat Morel, vendredi 3 juillet au Jardin Anglais. Appel auquel on s'associera bien volontiers : d'abord parce qu'il nous convient assez que les fétichistes de la bagnole bloquent eux-mêmes la circulation automobile après avoir hurlé à son blocage par les bandes cyclables; ensuite parce qu'on se réjouit déjà de la comparaison de la participation à leur manif avec celle de la nôtre, en mai dernier : nous fûmes 2000, en plein confinement...

Cela posé, il convient tout de même de signaler que les cyclophobes ne semblent n'être qu'une minorité au sein même de la masse des automobilistes, puisque le Touring-Club lui-même, qui s'illustra longtemps par une défense obsidionale du privilège accordé à l'automobile sur tout autre moyen de transport, a pris conscience, encore un peu timidement (mais cela, témoigne son président, a suffi pour qu'il reçoive "quelques volées de bois vert de certains membres") que le "tout voiture des 30 glorieuses (a) cédé le pas aux adeptes du multimodal". Certes, il ne démord pas de son soutien au funeste projet de parking Clé-de-Rive, mais il reconnaît que l'usage du vélo en ville est en progression constante, qu'il s'agit pour des distances de deux à cinq kilomètres du mode de transport le plus rationnel et que "qui dit usage du vélo en ville implique des équipements en matière d'aménagement du territoire, notamment l'ouverture de pistes cyclables au détriment des avenues, boulevards, rues et ruelles habituellement réservées aux voitures"... N'est-ce pas précisément ce qu'ont fait ce printemps Rémy Pagani pour la Ville et Serge Dal Busco pour le canton, et que si 7500 personnes l'ont contesté dans une pétition, 17'500 l'ont applaudi dans une autre ? L'évidence s'est ainsi imposée au TCS, et à une partie de la droite. Sans doute le camp du "tout bagnole" ne s'est-il pas dissout, mais il ressemble de plus en plus à un camp retranché, grignoté de partout, infiltré, subverti...

« Eppur si muove »... doucement...



16:10 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : mobilité douce, vélo, pistes cyclables | |  Facebook | | | |