14 juin, un an après (vendredi, 12 juin 2020)

Grève féministe.jpgNe rien lâcher

Un an après la Grève de 2019, le plus grand mouvement social que la Suisse ait connu depuis la Grève générale de 1918, on ne peut même pas dire que le combat féministe reprend : il continue. Et dimanche, une multitude d'événements sont organisés en Suisse -respectueux des normes de déconfinement encore en vigueur. Avec comme mot d'ordre celui d'une sortie féministe de crise. Car la crise sanitaire à été, du point de vue de l'égalité des droits entre femmes et hommes,du statut et de la situation des femmes, un moment de retour en arrière. Majoritaires dans les secteurs du nettoyage et des soins, les femmes étaient en première ligne du combat contre le virus et la menace de la contamination. Le confinement en a ramené de nombreuses autres "au foyer", au travail domestique, à la garde des enfants, avec ou sans télétravail à côté ou en entrelacs des tâches familiales. Les violences domestiques ont sans doute augmenté, comme de toute évidence (leur présence dans les files de distribution de nourriture en témoigne) la précarité des femmes sans statut légal et des employées domestiques. Le mouvement pour la grève féministe appelle d'ailleurs les femmes à faire dimanche la grève du travail domestique. A Genève, après une déambulation entre seize points de rencontre et une alerte en musique à Plainpalais à 15heures24 (l'heure à partir de laquelle les femmes ne sont plus payées), le rendez.-vous est donné à 17 heures sur la Plaine de Plainpalais. Vous en saurez plus là : https://www.facebook.com/GFgeneve/

"L'égalité ne peut être mise en quarantaine"

La Grève féministe de 2019 a sans nul doute marqué les esprits. Mais pas (encore) les lois. Et la pandémie est passée par là, mettant clairement en évidence que le travail des femmes est à ce point essentiel au fonctionnement social que sans lui, rien de ce qui est indispensable ne fonctionne -à commencer par les hôpitaux. Pour autant, si applaudies qu'elles le furent depuis nos fenêtres pendant le confinement, vendeuses, nettoyeuses, infirmières, mobilisées dans la lutte contre le virus ou pour assurer les services et les distributions nécessaires à la population, sont toujours aussi mal payées (moins de 4000 francs pour un poste à plein temps) pour un travail toujours aussi pénible et déconsidéré. D'où, incidemment (quoique...) la proposition que nous avons déposée au Conseil municipal : l'internalisation des nettoyeuses (et nettoyeurs, mais ils sont minoritaires) des locaux de la Ville de Genève, c'est-à-dire leur intégration dans la fonction publique. Avec les droits et les salaires que garantit le statut du personnel de la Ville.

"L'égalité ne peut être mise en quarantaine" proclame le Collectif pour la Grève féministe. Le combat égalitaire et féministe se déconfine donc, "pour du respect, du temps, et de l’argent – maintenant, plus que jamais". Mais le mouvement de grève proclame aussi son refus d'en revenir à "la norme mâle" après l'épisode du confinement -ou plutôt, dans son prolongement : "La pandémie de Covid-19 a renforcé les raisons qui nous ont menées à faire grève il y a un an. Sexisme, racisme, homophobie et transphobie, violences sexuelles, discriminations et exploitation se sont renforcés avec la crise sanitaire et avec la crise économique qui lui emboîte le pas" : augmentation probable des violences domestiques et sexuelles, exploitation accrue des travailleuses, aggravation de l'exclusion et de la précarité, notamment des personnes sans statut légal, suspension des procédures d'asile, cumul du travail domestique et du télétravail, pertes d'emplois dans le secteur informel...

La grève féministe est un moment de refus de l'ordre des choses -mais aussi un programme pour le changer. Ce programme ("nos vies passent avant leurs profits") tient en seize revendications, donc chacune pourrait, si ce n'est déjà fait, être traduite en décisions des parlements municipaux et cantonal. On vous les résume :

Le combat pour l'égalité, la dignité, l'autonomie des femmes, le combat contre les remugles du patriarcat, ne peut être arrêté par un virus. Pas plus que la crainte du covid n'a pu empêcher plus de 10'000 personnes de dénoncer le racisme mardi dernier dans les rues de Genève -le collectif genevois pour la grève féministe avait d'ailleurs appelé à la manif "parce que nous sommes proches de nos sœurs et des personnes oppressées partout ailleurs, qui subissent la cruauté de ce même système capitaliste, patriarcal et raciste, nous dénonçons les discriminations et les violences (notamment policières!) dont les noir.e.x.s sont les victimes partout, des Etats-Unis à l’Amérique du sud, ainsi qu’en France, en Belgique, en Suisse. Être noir tue. Être femme* tue. Être LGBTIQ*/tue. Nous avons en commun nos oppressions et nous luttons pour un monde meilleur pour tou.te.x.s!".

Le féminisme est un humanisme. Parole de vieux mâle cisgenre.








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