Réchauffement climatique : Le canari et les glaciers (jeudi, 20 juin 2019)

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Le 25 août de l'année dernière était créée une Association suisse pour la protection du climat (ASPC), exigeant des mesures concrètes de limitation de l'impact du réchauffement climatique, et dénonçant le manque d'ambition des autorités suisses (le Conseil fédéral, le parlement) dans ce domaine, et leur manque de sérieux dans le respect des engagements pris par la Suisse dans le cadre de l'accord de Paris. Au début de cette année, l'ASPC a lancé son initiative "pour les glaciers" (https://gletscher-initiative.ch/fr/). L'initiative* exige la fin des émissions nettes de gaz à effet de serre d'ici à 2050, et qu'à partir de cette date plus aucun carburant ou combustible fossile ne soit mis en circulation en Suisse (sauf dans les cas où aucune substitution n'est possible). Dans les mines, naguère, les mineurs descendaient une cage avec un canari. Quand le grisou s'accumulait, avant d'exploser, il asphyxiait le canari. La mort de l'oiseau annonçait l'imminence de l'explosion, et l'urgence de remonter. Aujourd'hui, c'est le recul et la fonte des glaciers, et la mort annoncée d'une grande partie d'entre eux, qui annonce l'urgence climatique, et celle d'y répondre par des mesures plus que déclamatoires et vélléitaires, et faisant mieux que freiner un réchauffement dont les Suisses auraient bien tort de croire que ses conséquences les épargneront.

* Des feuilles de signatures peuvent être téléchargées sur https://gletscher-initiative.ch/wp-content/uploads/2019/0...

Le réchauffement climatique ne connaît pas de frontières, la décision politique, elle, hélas, y est encore contrainte

A Paris, près de 200 Etats, dont la Suisse, se sont engagés à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C -mais les mesures concrètes tardent et les décisions politiques relèvent le plus souvent des bonnes intentions rhétoriques. En Suisse, l'échec, provoqué par le PLR et l'UDC, de la loi (pourtant prudente) sur le CO2 a permis de mesurer le refus pur et simple des uns d'admettre le principe même de l'urgence climatique (pour l'UDC, le dérèglement climatique, à supposer encore qu'elle en admette l'existence, est à imputer... à l'immigration), et le refus des autres (le PLR), qui pourtant reconnaissent l'évidence de ce dérèglement, d'en tirer les conséquences. Depuis 1980, toutes les moyennes annuelles de température dans le monde ont été supérieures à la moyenne du XXe siècle, et l'écart n'a cessé de croître. En 2018, la température terrestre globale était supérieure de 0,79°C à la moyenne du siècle précédent.

La Suisse s'est engagée à réduire de moitié, d'ici 2030, ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, mais elle inclut dans cet engagement les réductions effectuées hors de ses frontières. Pendant que ses glaciers fondent et que l'armée doit transporter par hélicoptère de l'eau dans les Alpes pour que le bétail en estive ait à boire. Dans notre pays, le seul secteur des transports (trafic aérien international comprius) est responsable de près de 40 % des émissions de CO2, du fait de sa consommation gloutonne d'énergies fossiles.

Pour atteindre l'objectif fixé d'une réduction de 2° C dans les 35 ans à venir, il faudra réduire d'ici là d'au moins 40 %, et jusqu'à 70 %, les émissions de gaz à effet de serre. C'est-à-dire, en un peu plus d'une génération, changer radicalement de mode de vie et de méthodes de production, dès lors que toutes les études démontrent que la production de gaz à effet de serre est précisément liée au niveau et aux méthodes de production, et au mode de vie dans les pays les plus "développés". Quand on voit les réticences et les oppositions invraisemblables que suscitent au niveau le plus local et le plus anecdotique, les plus modestes propositions de réduire la part des modes de transport individuels motorisés au profit des transports collectifs et de la mobilité douce, on mesure les obstacles qu'il faudra franchir, voire renverser, pour ne serait-ce qu'empêcher la situation climatique de se dégrader plus encore. Les engagements pris jusqu'à présent, y compris ceux issus de la conférence parisienne, permettent 3°C de réchauffement, alors que l'objectif idéal était de 1,5° (et que même cet idéal admet un réchauffement).

Le réchauffement climatique ne connaît pas de frontières, la décision politique, elle, hélas, y est encore contrainte. L'initiative des glaciers ne va pas stopper le réchauffement climatique. Mais aucune décision nationale ne le pourrait. Et même les engagements internationaux pris jusqu'à présent n'y suffiront pas. Le réchauffement climatique et les dégâts sur l'environnement sont trop avancés pour que le concept de "développement durable" ou la "croissance verte" aient encore quelque pertinence comme alternative au mode de développement actuel. Ce qui s'impose, c'est une réduction massive de la demande en transports, un encouragement aux modes de déplacement économes en énergie (la marche, le vélo, les transports publics), un transfert massif de la production et de la consommation d'énergie de sources fossiles vers des sources renouvelables. C'est ce que l'initiative des glaciers propose, là où elle peut le proposer : en Suisse. C'est donc là qu'il faut la soutenir, et la faire adopter. Parce que c'est là que nous sommes. Et que c'est de là que nous pouvons inciter d'autres, ailleurs, de soutenir chez eux les mesures que nous proposons chez nous.







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