"Pour une politique culturelle cohérente à Genève" : Faire ensemble, enfin... (mercredi, 22 mai 2019)

culture.jpgAvec 83,18 % des suffrages, c'est un véritable triomphe qu'à obtenu l'initiative "pour une politique culturelle cohérente à Genève". Il est vrai qu'elle n'était combattue que par la droite de la droite (l'UDC, le MCG), mais même une partie de son électorat l'a soutenue. Le canton est donc proclamé par la constitution grand coordinateur de la politique culturelle genevoise, en concertation permanente avec les communes.Ce qui va forcément impliquer, sauf à vider la nouvelle disposition constitutionnelle de toute substance, sa représentation dans les instances dirigeantes des grandes institutions actuellement en mains de la Ville et des communes (le Grand Théâtre, la Nouvelle Comédie, le Théâtre de Carouge... et pourquoi pas les grands musées municipaux ?), mais aussi sa participation financière au fonctionnement de ces institutions. Le débat politique va maintenant se déplacer au niveau de la mise en oeuvre de la disposition votée par le peuple. Et il va être serré, ce débat -les premières déclarations de la droite, en tout cas, le laissent présager. Il n'empêche : ce que le vote populaire a adoubé, c'est un principe qui nous est cher : "faire ensemble", entre le canton, la Ville et les 44 autres communes, une politique culturelle digne de Genève.

Dimanche, les milieux culturels se sont affirmés comme une force politique. Et c'est une excellente nouvelle...

Dans le journal de l'ADC (Association pour la danse contemporaine), en décembre 2017, Fabienne Abramovitch posait la question du "contre-pouvoir" que pourraient, et devraient, exercer les acteurs culturels et sociaux : "les budgets de la culture et du social sont systématiquement menacés : comment éviter cela ? il faut nous penser et nous organiser différemment, instiller un véritable contre-pouvoir". Le triomphe dimanche dernier de l'initiative "pour une politique culturelle cohérente à Genève" peut être pris comme un succès de ce contre-pouvoir, et les initiants ont raison d'y voir "une grande et belle victoire" : l'initiative a été conçue et lancée par les milieux culturels, seuls. Et son acceptation massive donne un mandat clair au Conseil d'Etat et au Grand Conseil -mais aussi aux communes, et donc au Conseil administratif et au Conseil municipal de la Ville de Genève. Le Conseiller d'Etat Thierry Apothéloz avait d'ailleurs pris les devant : en juin de l'année dernière déjà, il plaidait :"La confiance entre le Canton, les communes et les milieux culturels doit être renforcée", un " bilan de la loi sur le répartition des tâches sous l'angle de la culture" doit être établi, en admettant "que des changements sont possibles", notamment en revenant sur "la séparation abrupte entre la création et la diffusion". Et il organise cet automne un "dialogue culturel cantonal" avec les communes et adressera à la fin du mois un "message culturel" qui sera mis en consultation pendant deux mois, puis soumis au Conseil d'Etat à la rentrée.

Le mandat constitutionnel adopté dimanche doit en effet être traduit en actes. Et cette traduction va inévitablement entrer en contradiction avec la loi sur la répartition des tâches en matière de culture (LRT-2), qui se livrait à un découpage assez absurde des tâches en fonction de critères relevant plus de la nomenclature à la Linné que d'une véritable réflexion sur la nature et les enjeux de la politique culturelle. Le PLR Murat Alder ne veut pas que la LRT-2 soit "démantelée". Démantelée, elle ne le sera peut-être pas. Mais détricotée, il faudra bien qu'elle le soit. Et les exécutifs et les parlements cantonaux et communaux ne sont plus seuls à pouvoir le faire :  Dimanche, les milieux culturels se sont affirmés comme une force politique. Et c'est une excellente nouvelle...

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