Opérations " coup de poing " ou " pet dans l'eau " ? (jeudi, 14 mai 2009)

Rafles médiatiques aux Pâquis

Deux ou trois rafles pâquisardes à grand spectacle (tout étant cependant relatif aux ambitions des producteurs) ont égayé Genève la semaine dernière. 100 ou 150 interpellations ont été effectuées, qui n'ont abouti qu'à trois ou quatre arrestations : à l'ouest, rien de bien nouveau. Et rien de bien efficace -mais cherchait-on à l'être ? A vrai dire, le terrain que l'on voulait occuper semble moins avoir été celui des Pâquis que celui des media. Bref : la campagne électorale est lancée. Dans la boue, mais elle est lancée. Et la concentration de la presse se poursuit, la " Tribune de Genève " ayant apparemment racheté le " Pilori ", ou du moins repris son ton, le temps d'une rafle.

Caillleras
Les victimes de l'insécurité ont bon dos, au nom desquelles la police a montré ses muscles… des opérations " coup de poing " du genre de celles lancées aux Pâquis, mobilisant police et media, font du bruit, mais ne servent pas à grand chose contre des gens qui n'ont à peu près rien à perdre, que du temps. La droite exige que l'on bourre les prisons, et qu'une fois les prisons existantes bourrées (Champ-Dollon l'est déjà), on en construise de nouvelle, qu'on pourra bourrer à leur tour... Détention administrative pendant deux ans, et ensuite ? on relâche, puisqu'on ne peut pas expulser faute d'accords de réadmissions. Et pendant que les internés attendent à l'ombre qu'on les remette en circulation, d'autres prennent leur place dans la rue. Et on se retrouve avec deux fois plus de problèmes qu'avant, et sans avoir fait quoi que ce soit pour les résoudre. On sait bien pourtant que des rafles du genre de celles de la semaine dernière n'ont d'efficacité que médiatique, que remplir les prisons de délinquants n'a guère d'autre effet que celui de permettre à d'autres délinquants de prendre leur place dans la rue, et que le débarquement épisodique de la police ne remplace pas sa présence permanente sur le terrain... mais voilà : cette présence suppose des moyens, financiers et humains, et doit reposer sur un projet allant au-delà du simple " maintien de l'ordre " -or dans les gesticulations de ces derniers jours, un tel projet est totalement indiscernable. Quant à la gauche, sommée de hurler avec les loups, de braire avec les ânes et de couiner avec les cons, qu'elle se souvienne que la droite populiste et l'extrême-droite seront toujours plus crédibles qu'elle dans le registre sécuritaire, quelque effort qu'elle fasse pour tenter de l'atteindre. L'atteindrait-elle, d'ailleurs, qu'elle serait encore sommée de n'en pas rester là. Quand on n'aura plus de racaille étrangère à se mettre sous le taser, on s'en prendra à qui ? Et de qui l'odeur âcre titillera les narines ethniquement sensibles du journaliste " embarqué " de la Julie ? Après la rafle, les couloirs de l'Hôtel de Police puaient bien moins que certaines colonnes du quotidien local.

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