Vers un refus du revenu de base inconditionnel ? Rendez-vous en 2045... (lundi, 30 mai 2016)

vignette RBI2.jpgSelon les sondages l'initiative pour un revenu de base inconditionnel serait très nettement rejetée, mais malgré le mot d'ordre du PS suisse, une majorité d'électeurs et d'électrices socialistes la soutiendrait, et les Romands y seraient moins opposés que les Alémaniques. Selon un sondage allemand, 64 % des Européens seraient favorables à un RBI, et seuls 4 % arrêteraient de travailler s'il était instauré à un niveau suffisant pour pouvoir vivre en ne comptant que sur lui. Pour l''ancien Secrétaire (ministre) au Travail américain (sous Clinton), Robert B. Reich, l'instauration d'un revenu de base est "inévitable". Reste à savoir s'il serait inconditionnel, et à quel niveau il se situerait. 2500 francs par mois, comme évoqué par les initiants (mais pas inscrit dans l'initiative) ? Ce serait "trop et trop peu à la fois", estime la socialiste bâloise Suzanne Leutenegger Oberholzer. La question, de toute façon, n'est pas dans le montant du RBI, qui serait fixé par le parlement, mais dans son principe même. Parce que c'est ce principe qui fait débat. Un débat qui continuera après le rejet probable de l'initiative -n'a-t-il pas fallu trente ans pour que l'AVS soit créée ? Rendez vous en 2045, pour toucher votre premier RBI...

 

Ni trop utopiste, ni trop exotique, ni hors programme

Début mai, des représentants du PS suisse, du PDC, des Verts libéraux, du PBD, du PLR et de l'UDC ont canonné l'initiative pour l'instauration d'un revenu de base inconditionnel, en présentant, tout fiérots, un "visuel de campagne" particulièrement gratiné (et particulièrement malhonnête -la présence de l'UDC dans ce "front commun" ayant apparemment permis d'en reprendre la légendaire subtilité dans l'argumentation) : un gros dégueulasse avachi sur un canapé devant un cendrier plein, des canettes de bière et des reliefs de pizza, y symbolise l'heureux bénéficiaire type du RBI. Avec ce slogan : "qui paiera ?". Et qui paie les élus fédéraux qui mènent ce genre de campagne ? Et qu'est ce que le PS vient y faire, à barboter dans cette soue -d'où surnage cet argument massue de l'UDC : le RBI versé à tous les résidents va attirer encore plus d'immigrants en Suisse, "et surtout ceux qui ont beaucoup d'enfants"... Et ce seraient les partisans du RBI qui se rendraient coupables "d'une forme de populisme intellectuel" comme les en accuse le PBD ?

Ni trop utopique, ni trop exotique, ni hors programme : le RBI

Le Parti socialiste suisse appelle donc à voter "non" à l'initiative pour un revenu de base inconditionnel (mais les PS genevois et fribourgeois, ainsi que la Jeunesse socialiste, appellent en voter "oui"). Le Conseiller national vaudois Jean-Christophe Schwaab explique : "au PS, nous croyons au plein-emploi, à la croissance". C'est en effet une "croyance" commune à toute la gauche historique (à l'exception des anars). Mais pour autant, "il n'est pas interdit de se poser la question du RBI", nuance le "popiste" neuchâtelois Denis de la Reussille. Même, ou surtout, si la social-démocratie, comme d'ailleurs les courants issus du léninisme, croit à l'Etat et aux solutions collectives comme instrument de changement social. Et puis, il y a le poids de l'histoire et des combats longs, difficiles, mais victorieux, qui ont amené à la fondation de l'Etat social (de l'AVS, de l'assurance-maternité) : "tout bazarder pour passer à autre chose" que ce qu'on a eu tant de peine à construire est "difficile", soupire Jean-Christophe Schwaab. Pourtant, on peut parfaitement concevoir le RBI comme héritier de la protection sociale existante (laquelle, lorsqu'elle a été revendiquée sans encore être construite, était elle aussi vue comme une utopie dangereuse, destructrice des solidarités familiales, religieuses, locales).

Pour le Conseil fédéral, parlant par la voix du socialiste Alain Berset, "ce projet affaiblit l'incitation à travailler, notamment des bas revenus et des temps partiels". Mais ce n'est pas "l'incitation" à travailler que le RBI affaiblit, c'est l'obligation de travailler contre rémunération salariale. Selon un sondage, seuls 2 % des Suisses arrêteraient de "travailler" avec un RBI, 22 % tenteraient de devenir entrepreneurs, 54 % amélioreraient leur formation. Et quand le même Alain Berset, au nom du même Conseil fédéral, annonce que les conséquences de l' instauration seraient "perte de main d'oeuvre, fin de certaines activités, augmentation du travail au noir", on se dit que, tant qu'à faire, il aurait pu tout aussi bien y ajouter terrorisme, fièvre aphteuse, phylloxéra et encéphalite bovine spongiforme. Et immigration, pour complaire à l'UDC.

Les cadres du PS, souvent issus, ou proche, du syndicalisme traditionnel (qui, lui, repose évidemment sur l'organisation des salariés, et donc sur le salariat), et liés à ce que le socialiste Oswald Sigg, partisans du RBI, définit comme "la politique administrative et formelle" récusent  le revenu de base inconditionnel, "à la fois trop utopiste, trop exotique et hors programme" pour ce PS -là ? Il ne l'est pas pour l'autre -celui dont nous sommes. Et pour qui le RBI n'es pas la négation, mais la continuation d'une lutte séculaire pour l'émancipation des travailleurs.
Y compris de leur émancipation du travail contraint. Un vieux projet socialiste. Et donc utopiste, exotique et hors programme de la Suisse officielle.

14:42 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : rbi, revenu minimum, revenu de base | |  Facebook | | | |