Révision de la loi sur l'asile : dilemme... (mardi, 29 mars 2016)

asile, droit d'asile, réfugiésQue faire d'une loi qui nous déplaît, combattue par qui nous déplaît plus encore ? C'est le dilemme de la gauche suisse face à la révision de la loi sur l'asile, combattue par l'UDC, mais soutenue par les villes, les cantons, le Conseil fédéral et la majorité du parlement, coalisés pour la promouvoir.  La dernière votation fédérale sur une question liée au droit d'asile date de trois ans et s'était soldée par une lourde défaite de la gauche : en juin 2013, plus des trois quarts des votantes et tants acceptaient des mesures urgentes que nous combattions. Cette année, c'est l'UDC et ses satellites qui combattent la révision proposée. Pour deux raisons principales : l'octroi d'une assistance juridique gratuite aux requérants, et la possibilité d'exproprier des particuliers ou des communes pour créer des centres d'accueil, si la situation l'exige (une possibilité qui cependant existe déjà, et n'a encore jamais été utilisée). Dire "oui" à une loi qu'en d'autres temps nous aurions reprouvée, ou "non" comme le disent des forces qu'en ce temps nous combattons et qui nous combattent ?

Donner un mot d'ordre politique en faisant abstraction du contexte politique ?

La Conseillère fédérale en charge du dossier de l'asile, la socialiste Simonetta Sommaruga, est très claire : la nouvelle loi soumise au vote populaire le 5 juin, loi dont elle assure qu'elle va garantir une procédure "équitable" et respectueuse de l'Etat de droit dans l'examen des demandes d'asile dont elle va accélérer le traitement, ne va pas "résoudre la crise migratoire". Personne d'ailleurs ne l'attendait d'une telle loi : la solution de cette "crise" n'est ni nationale, ni postérieure à la demande d'asile, mais pour le moins continentale, et antérieure au départ des réfugiés. Ce n'est évidemment pas parce que la Suisse va créer des centres d'"accueil" fédéraux que le flux de migrants chassés de chez eux par la guerre, la misère ou l'oppression va se tarir.
L'UDC fait campagne contre la révision de la loi en affirmant que l'octroi d'une assistance juridique gratuite aux requérants d'asile va rendre la Suisse plus "attractive" aux migrants (lesquels ne pourront pourtant atteindre notre pays qu'en en traversant un autre, vers lequel les accords de Dublin permettent de les renvoyer, y compris de manière brutale et arbitraire comme tout récemment encore à Genève), et dénonce comme une atteinte insupportable à la sacro-sainte propriété privée la possibilité (pourtant déjà existante, et jamais utilisée) d'exproprier des privés ou des collectivités publiques pour créer des centres d'hébergement).

On est moins, dans le choix entre le "oui" et le "non" à la révision de la loi, dans un dilemme moral, éthique, idéologique, que dans un dilemme purement politique. Pour ses partisans, cette révision va accélérer les procédures (un gain de temps de 40 % est attendu) et clarifier la situation des requérants d'asile : sachant plus vite quel sera leur sort, ils pourraient plus vite en assumer les conséquence, s'intégrer s'ils sont admis, s'organiser pour aller chercher ailleurs un autre pays que la Suisse pour vivre. Le modèle proposé par la révision de la loi a été testé à Zurich et le secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) affirme que dans le cas d'un refus d'entrée en matière sur la demande d'asile, l'acceptation de ce refus par le requérant est bien plus fréquente, la proportion de recours contre ces refus diminue d'un tiers (elle passe, en gros, d'un quart à un sixième des décisions négatives) et trois fois plus de requérants dont la demande a été refusée rentrent volontairement dans leur pays. En outre, assure le Conseil fédéral, la réforme permettrait des économies annuelles de plus de 200 millions de francs (une grosse moitié pour la Confédération, une petite pour les cantons). Sont-ce des raisons suffisantes pour accepter la loi proposée ? Certainement pas. Mais posons la question à l'inverse : pour quelle raison devrions nous combattre la loi ? En faisant abstraction du contexte politique, à supposer qu'on le puisse quand il s'agit précisément de donner un mot d'ordre politique, il y a cette raison que la réforme s'inscrit dans une démarche séculaire de durcissement (sous la pression de l'UDC, entre autres raisons) à l'égard des immigrants, et de bureaucratisation, de mécanisation de la "gestion de l'asile". Seulement voilà : le référendum n'a pas été lancé contre la loi par des forces politiques qui dénoncent les restrictions au droit d'asile, mais par une force qui juge cette attaque insuffisante et la veulent durcir encore. Et on aurait beau dire tout ce que nous avons à dire de notre exigence de solidarité, d'ouverture, d'internationalisme* : si la loi devait être refusée, ce refus serait une victoire de ceux qui ont lancé un référendum contre elle en exigeant la fermeture des frontières et l'envoi de l'armée pour les garder, pas de ceux qui se sont accrochés à ce référendum en cultivant l'illusion qu'ils pourraient "gauchir" son succès en y prenant une petite part. Le référendum pue la xénophobie la plus ordinaire, et les quelques gouttes de parfum dont nous pourrions l'humecter n'en couvriront pas les effluves.

* Appel national "Pour que la Suisse accueille rapidement 50'000 réfugiés"
Aujourd’hui, des centaines de milliers de réfugié-e-s fuient la guerre, les bombardements et les exactions de toute sorte. Face à cette crise humanitaire, des murs s’érigent à travers l’Europe alors que certains pays, comme la Grèce, sont confrontés à une tragédie humaine. En mars 2016, 70'000 réfugié-e-s seront bloqués en Grèce dans des conditions misérables et ce chiffre devrait passer à plus de 100'000 d’ici quelques semaines.
Vu l’urgence de la situation, nous, Suisses et Suissesses, résident-e-s en Suisse, lançons un appel national pour que notre pays accueille rapidement 50'000 réfugié-e-s.Nous invitons également les collectivités publiques à s’annoncer comme «Villes de refuge» pour accueillir concrètement les réfugié-e-s.
Nous ne pouvons ignorer, au nom de l’humanité, la terrible détresse que vivent ces personnes.
On signe ici :
https://www.change.org/p/appel-national-appel-national-po...

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