Ville de Genève : le quatrième débat sur le budget commence. Dans la rue. (mardi, 15 décembre 2015)

Qu'a imposé la droite coagulée en Ville de Genève ? Pour nous en tenir à la politique culturelle, première visée par ces coupes, elle a imposé une coupe de 10 % dans les fonds de soutien à la création et à sa représentation (les « fonds généraux ») et une coupe de 2 % dans les subventions directes. Sauf pour le Grand Théâtre, mais en revanche, pour son orchestre attitré. On admire la logique. Cette coupe dans les subventions municipales s'ajoute à une coupe cantonale proposée de 1 % par année pendant cinq ans dans les subventions directes. Un théâtre comme Am Stram Gram y perdrait 30'000 francs, dont 20'000 francs du seul fait de la Ville. Une économie ridicule sur le budget de la Ville. Une perte importante sur celui d'un théâtre qui n'a pas vu augmenter depuis 10 ans le soutien public qu'il, reçoit... A elle seule, et sans compter, évidemment, les coupes dans les lignes de biens et marchandises qui concernent des lieux culturels la création culturelle devrait assumer, pour 1 million 400'000 francs de coupes dans les fonds de soutien et les subventions, soit 9 % de toutes les coupes proposées, pour économiser à peine plus d'un pour mille des dépenses municipales.  On est donc bien face à une attaque en règle contre, non pas tant la politique culturelle de la Ville, ce qui serait déjà inacceptable puisque la droite n'en proposez aucune qui soit alternative, sinon ne plus financer que le Grand Théâtre et le Musée d'Art et d'Histoire, mais contre l'ensemble du champ culturel genevois, du tissu culturel genevois, de ses lieux, de ses acteurs, de ses salariés. Avec une cible prioritaire : la culture émergente, la création indépendante des institutions, et, évidemment, la culture alternative. Et le secteur le plus fragile de l'économie et du si bien nommé « marché » du travail, celui des intermittents du spectacle. Ces choix budgétaires frappent un secteur qui a fait travailler, et vivre de leur travail, près de 1900 personnes l'année dernière, sans compter le personnel des institutions. Ni, évidemment, le personnel municipal affecté aux institutions. Les coupes dans les fonds de soutien à la création et à leur représentation vont en outre affecter toutes les manifestations qui permettent cette représentation comme les festivals de cinéma (Black Movie, Filmar, Cinetransat et les autres), les fêtes du théâtre et de la danse.

budgets publics


 Rétablir ce que l'inculture a amputé à la culture.


  Ce qui caractérise, ce qui définit, la scène culturelle genevoise, ce ne sont pas quelques institutions phares, c'est un réseau de centaines de lieux, de scènes, de groupes, dans tous les domaines, dans tous les champs culturels, par toutes les formes d'expression. C'est cela que le rabotage budgétaire met en péril, en même temps qu'il met en cause la démocratisation de l'accès à la culture. C'est cela qu'il met en péril, parce que c'est cela qu'il ignore, volontairement ou non : la diversité du paysage culturel genevois, et la richesse qui naît de cette diversité, dont le soutien public à toutes les formes d'expression, à tous les champs culturels, est la condition. En coupant aveuglément dans les moyens accordés aux acteurs culturels, que ces moyens soient portés sur les subventions directesou accordés par des fonds généraux, en additionnant les unes aux autres ces coupes, et en les additionnant au surplus à celles opérées par le canton, on ne présente à la politique culturelle que mène la Ville, aucune autre alternative que celle de l'abandon de toute politique culturelle, et de tout soutien public au pluralisme des lieux, des formes et des expressions. 
Et qu'on nous fasse grâce des poussiéreuses dénonciation du « saupoudrage » culturel auquel se livrerait la Ville : ce que la droite (PDC en tête) appelle « saupoudrage » (et qui a été inauguré par un magistrat PDC, René Emmenegger), ce n''est ni plus, ni moins, que la condition du pluralisme, la condition de la diversité et la condition de la richesse de l'offre. Et ce que la droite (PDC en queue) appelle « priorités », ce n'est que l'euphémisme culturellement correct de la promotion quasi exclusive d'une culture officielle. Avec le Conseil municipal -du moins sa majorité agglomérée- dans le rôle du Bureau politique du Parti communiste de l'Union Soviétique de la grande époque : ça, c'est dans la ligne, on soutient, mais ça, c'est pas dans la ligne, on condamne, et ça, c'est ni dans la ligne ni hors de la ligne, une autocritique s'impose, convoquez-moi le camarade Chostakovitch. Ne nous manque plus que de déterminer la programmation, le style et le contenu des oeuvres à soutenir. Il faut bien reconnaître que là aussi, le MCG avait été précurseur, lorsqu'il proposait de transformer la Commission des Arts et de la Culture du Conseil Municipal en jury de concours -le PDC n'avait plus qu'à suivre. Il fait d'ailleurs cela très bien, suivre. A se demander s'il sait faire autre chose.

La droite municipale n'aime pas le Conseil administratif de gauche. C'est son droit, et c'est normal puisqu'à l'exception du PDC, elle est infoutue d'y faire élire qui que ce soit. Mais que cette droite fasse payer au monde culturel le prix de sa propre incompétence électorale est minable : ce ne sont pas lui qui est coupable de l'impuissance politique de la droite, et les prendre en otage ne l'en guérira pas.

Le quatrième débat budgétaire en Ville de Genève commence. Il ne se tiendra pas dans la salle du Conseil municipal, mais dans la rue, sur les lieux de travail, les lieux de création, les lieux de représentation : cela s'appelle un référendum, pour rétablir ce que l'inculture a amputé à la culture.

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