Hébergement des « hommes en trop » : Genève : la Ville au front, le canton aux fraises (vendredi, 19 juin 2015)

 

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Aujourd'hui, premier jour de Messidor, comme depuis deux jours, la Maison des Arts du Grütli, à Genève, est aussi un lieu de refuge. Elle le restera, avec l'accord de la Ville de Genève, au moins jusqu'à lundi. Elle est l'un des lieux de la Fête de la musique, d'aujourd'hui à dimanche. Elle sera encore ce soir à 18 heures le lieu d'un rassemblement de solidarité avec les requérants d'asile que les autorités cantonales veulent stocker dans des abris PC souterrains. Et demain samedi en partira à 16 heures une manifestation de soutien au mouvement « No Bunkers », qui dénonce le traitement que font subir aux immigrants en général, aux requérants d'asile (déboutés ou non) en particulier, les autorités cantonales et fédérales suisses, actrices d'une politique à la fois hypocrite, impuissante et provocatrice. Une politique à laquelle la Ville de Genève, aujourd'hui, répond par la disponibilité, le dialogue, le respect des revendications et surtout des droits des immigrants -ces « hommes en trop ». Ce n'est pas le seul terrain, le seul champ politique, où la Commune se retrouve devoir assumer la tâche de pouvoirs supposés lui être « supérieurs », mais c'est aujourd'hui le plus visible de tous ceux où la Ville s'oblige à être au front, parce que le canton est aux fraises.

   

   
Une politique à la fois hypocrite, impuissante et provocatrice

    Dans le même temps où les pouvoirs en place (l'Europe avec ses géométries variables : Union Européenne, espace Schengen, Espace Dubli), les Etats, les régions -et en Suisse les cantons) se renvoient les réfugiés comme des paquets encombrants, ces même pouvoirs savent pertinemment que toutes les barrières qu'ils dressent à leurs frontières, toutes les opérations policières qu'ils lancent, tous les renforcements qu'ils imposent des lois sur l'immigration, ne changeront strictement rien aux flux migratoires, à leur logique et à leur direction : ils vont toujours de la misère à la moindre pauvreté, toujours de l'oppression à un peu plus de liberté, toujours de la guerre à la paix. En cela, la politique menée par les pouvoirs en place est parfaitement hypocrite : ils savent qu'elle ne mène à rien, sinon au pire, mais ils font comme si elle était une solution au « problème de l'immigration », qu'elle ne cesse d'aggraver.
Hypocrite, cette politique est aussi impuissante, parce que des hommes, des femmes, et avec eux des enfants, qui sont prêts à se noyer au milieu d'une mer qu'ils tentent de traverser sur des rafiots pourris plutôt que rester sur leurs terres de damnés, ne vont pas renoncer à partir parce qu'à leur arrivée sur les côtes européennes, s'ils y arrivent vivants, l'y attendent policiers, garde-frontières et bureaucrates. Que ceux qui trouvent que nous sommes en Suisse, à Genève, « envahis » d'immigrants aillent passer leurs vacances sur la jolie île de Lampedusa  : ils y verront la réalité que se refusent à voir les piètres princes qui piètrement nous gouvernent.
Hypocrite et impuissante, cette politique est enfin provocatrice, parce que plus l'immigration légale aura été rendue difficile et aléatoire, plus on aura incité, voire contraint à l'immigration illégale. Le providentiel « Momo », opportunément apparu sur Facebook et Youtube pour débiter quelques sombres conneries afin que l'on puisse y réduire tous les autres requérants protestataires, n'y pourra rien : on aura beau, à Genève, menacer de priver d'aide d'urgence ceux qui refusent d'être stockés dans des abris anti-aériens, et à Berne menacer d'interner les requérants récalcitrants dans des « centre spéciaux », on sait pertinemment que rien n'empêchera d'arriver jusqu'à nous ceux qui n'ont plus rien à perdre chez eux que leur propre vie.

La Ville de Genève en assurant l'accueil des « déboutés de l'asile » au Grütli, ces « hommes en trop » aux Tattes qu'on veut stocker dans les abris PC, et en nommant un médiateur (le Conseiller national Vert Ueli Leuenberger) pour trouver une solution, assume une responsabilité qui ne devrait pas être la sienne, et qu'elle n'assume que parce que ceux qui en sont chargés (en l’occurrence le Conseil d'Etat) s'en défaussent sur elle sur le mouvement de solidarité.

Même quand ils gouvernent, il nous arrive de nous demander, réflexe libertaire, à quoi peuvent bien servir des gouvernants. Alors, quand ils ne gouvernent même pas, et laissent à d'autres (à la commune, par exemple) le soin de faire à leur place ce qu'ils se refusent à faire, ce n'est même plus la question de leur compétence qui se pose, mais celle de leur légitimité.


   

16:31 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : asile, migrations, stop bunckers | |  Facebook | | | |