Transports Publics Genevois : Une grève contre une prise d'otage (mercredi, 19 novembre 2014)

 

TPG, transports publics

Aujourd'hui, à l'appel du syndicat SEV, les employés des TPG se mettent en grève. Pas seulement pour défendre leurs conditions et leurs postes de travail, les unes dégradées et les autres menacés : ils se mettent aussi en grève pour défendre leur entreprise, leur service public (et le service qu'il rend au public). Et même pour défendre le respect de la volonté populaire, et s'opposer à son détournement. Par deux fois, les Genevois-es ont ratifié dans les urnes l'initiative de l'AVIVO pour une baisse des tarifs. Faute de pouvoir les faire revoter une troisième fois, ou désespérant de les faire changer d'avis, les majorités du gouvernement, du parlement et du Conseil d'administration des TPG ont choisi de les punir en réduisant les prestations de la régie et en supprimant des postes de travail. Pour la droite locale, la grève des TPG est une « prise d'otage ». Et son refus, pour punir les Genevois d'avoir « mal voté », d'accorder aux TPG les moyens d'assurer son service public, c'est quoi, sinon précisément une double prise d'otage des usagers et des salariés de l'entreprise ? 
Tout à l'heure, à midi et demi au dépôt des TPG (Bachet de Pesay), se tiendra à l'appel de toute la gauche un rassemblement de solidarité avec les grévistes et de dénonciation des coupes dans les prestations et les effectifs des transports publics.

C'est quand le bon moment de faire grève, chef ? Quand c'est trop tard ?

L'adoption (par deux fois) de l'inititiative de l'AVIVO « stop aux hausses des tarifs des TPG » risque (risque, seulement, parce qu'en réalité on n'en sait rigoureusement rien puisqu'on ignore si la baisse de leurs tarifs suscitera ou non un plus large usage des transports publics) de réduire les recettes de l'entreprise d'une quinzaine de millions de francs par an et le Conseiller d'Etat Barthassat dit ne pas savoir « malheureusement » où trouver ces ressources.  « Ne sait pas » ou ne veut pas savoir ? Ces 14 à 15 millions ne représentent que deux pour mille du budget cantonal...
Comment compenser cette perte hypothétique, si elle se concrétise  ? Le Conseil d'Etat, la direction de l'entreprise, les partis politiques, tout le monde a sa petite idée, contradictoire de l'idée du voisin : la direction des TPG demande à l'Etat (et aux communes ?) de compenser intégralement la perte, et menace sinon de supprimer entre 110 et 120 postes de travail et/ou de réduire les prestations;  le Conseil d'Etat, qui a refusé une proposition intermédiaire des TPG, impliquant une rallonge de de subvention de cinq millions pour éviter les licenciements, envisage, avec l'appui de la majorité de la commission des transports, de réduire  la fréquence des services, voire de supprimer des lignes. En face (parce qu'il s'agit bien d'un face-à-face), les syndicats du personnel et la gauche demandent que la subvention versée par le canton à l'entreprise soit suffisamment augmentée pour compenser la perte de rentrées tarifaires, ce que la droite et l'extrême-droite parlementaires refusent. Les syndicats, qui exigent que le personnel ne fasse pas les frais de ce refus d'augmenter la subvention, exigent également de la direction des TPG qu'elle refuse de signer le nouveau contrat de prestation de l'entreprise s'il ne contient pas l'engagement d'une compensation par l'Etat de la perte financière. Ce que ni le gouvernement, ni sa majorité parlementaire, n'envisagent.

Bref, on est dans une impasse glissante et mal éclairée, d'où la grève d'aujourd'hui peut être considérée comme le moyen de sortir. A condition qu'on accepte de la reconnaître comme un instrument légitime, au lieu que de nous seriner le couplet larmoyant sur la « dérive vers un syndicalisme à la française » (dans certains segments du monde politique genevois, en effet, quand on a dit d'une action qu'elle se menait « à la française », on croit en avoir dit tout le mal possible... mais en l'ayant dit en français...) ou de nous annoncer, comme la Tribune de Genève d'hier, le « chaos », rien que ça (et pourquoi pas l'Apocalypse, pendant qu'on y est ?). « Ce n'est pas le bon moment de faire grève » soupire le Conseiller d'Etat Barthassat. C'est quand, Lulu, le bon moment ? Quand c'est trop tard ?
Salariés des TPG et usagers des transports publics sont dans le même véhicule. Leur solidarité, leur compréhension réciproque, leur alliance face à des « décideurs » incapables de décider d'autre chose que de les prendre les uns et les autres en otages de leur propre incompétence, sont nécessaires.

Si « la grève, c'est l'arme des travailleurs », la grève des travailleurs peut aussi être l'arme des usagers.

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