A vue de nez, ils sont 4 % (samedi, 28 février 2009)

Le Fonds national de la recherche scrute l'extrême-droite et enfonce des portes ouvertes

Or donc, selon une étude du Fonds national (1), un-e Suisse sur cinq est antisémite au sens traditionnel du terme (judéophobe, donc), un-e Suisse sur trois islamophobe, un-e Suisse sur deux xénophobe et un Suisse sur deux et demi franchement sexiste. L' " extrémisme de droite " serait la " niche " politique de 4 % de la population, soit en gros 300'000 personnes (le double de l' " extrémisme de gauche "), un niveau tout à fait dans la moyenne européenne... Les groupes d'extrême-droite compteraient environ 1200 membres (essentiellement des jeunes), auxquels une centaine d'incidents violents pourraient être attribués chaque année, sans pour autant qu'on puisse les considérer comme une " menace aiguë pour la Suisse ". Nous voilà rassurés : nos fachos sont trop cons pour être dangereux. Pour l'instant.

Les habits neufs de l'extrême-droite
" On a longtemps cru que les jeunes de l'extrême-droite étaient désorientés et fragilisés économiquement. C'est faux. L'extrême-droite séduit tout autant dans les classes moyennes "… ainsi s'exprime l'un des auteurs de l'étude du Fonds National, dont la culture historique semble avoir quelques lacunes : depuis toujours, l'extrême-droite " séduit tout autant dans les milieux privilégiés " que dans le sous-prolétariat ; l'Action Française était un mouvement de bourgeois et de hobereaux et on n'a attendu les chercheurs du FNRS ni pour savoir que nombre de fils de bonne famille font leurs premières armes politiques à la droite de la droite familiale, ni pour comprendre que " plus le populisme de droite gagne en importance, plus l'extrémisme de droite arrive à capter l'intention " -ce renforcement parallèle est dans la nature des évolutions du champ politique. Mais l'important n'est pas derrière ces portes ouvertes enfoncées : l'important est dans l'évolution des cibles et des obsessions de l'extrême-droite. L'antisémitisme traditionnel, c'est-à-dire l'antijudaïsme, sur fonds chrétien ou sur fonds " néo-païen ", cède la place à l'islamophobie. La cible et l'obsession changent, pas la structure du discours, ni la nature des propositions. Au vieil antijudaïsme que l'histoire a criminalisé, sans pour autant le faire disparaître mais en contraignant ses infectés à la prudence et à quelques contorsions sémantiques, succède, tout frais sorti du même bourbier, une islamophobie fonctionnant au même méthane. L'initiative crypto-UDC contre les minarets participe pleinement de cette reconversion Comme papier d'emballage, on avait le Protocole des Sages de Sion, on a désormais le Grand Complot Islamique.

(1) La recherche du Fonds national à laquelle je fait allusion a coûté 4 millions de francs et a mobilisé cinquante chercheurs, sur treize projets au total, dès 2003 Enfoncer des portes ouvertes est un sport de luxe. 4 millions de francs pour confirmer l'existence de 1200 fachos en Suisse, ça nous fait dans les 3333 francs 33 centimes par tête rasée. Même pas foutus de compter jusqu'à l'apocalypse, nos trépanés.

00:56 | Lien permanent | Commentaires (130) | Tags : suisse, xénophobie, racisme, antisémitisme, islam | |  Facebook | | | |