Prolétaires de tous les pays, repoussez-vous ? (lundi, 19 janvier 2009)

" En général, de nos jours, le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l'extrême l'antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C'est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange." "(Karl Marx, Discours sur le libre échange)

Libre circulation des idiots utiles

Le débat sur la "libre circulation" n'a peut-être pas beaucoup fait progresser la compréhension de l'enjeu, mais nous aura au moins permis de retrouver, toute frétillante, au fond, à gauche, une espèce qu'on espérait en voie de disparition : celle des "idiots utiles", que le célèbre zoologue russe V.-I. Oulianov avait insérée dans les listes de Linné et Buffon, quelque part entre le cheval de trait et le boeuf de labour. Nous voilà donc avec un comité "de gauche" opposé à la libre-circulation des travailleurs, au nom de la lutte contre le "démantèlement social", comme si empêcher les Bulgares et les Roumains de venir travailler légalement en Suisse allait renforcer en quoi que ce soit la résistance au néo-libéralisme, ici et ailleurs. Si le "non" l'emporte le 8 février, la victoire ne sera pas celle des "idiots utiles" du "non de gauche", mais celle des gros bataillons électoraux de l'aile dure de l'UDC, celle-là même qui poussait le patronat de la construction à ne pas céder à l'exigence des travailleurs de ré-établir une convention collective nationale. Si le "non" gagne, ce sont les partisans des privatisations, des coupes dans les assurances sociales, de la sous-enchère salariale et du démantèlement des garanties conventionnelles, qui l'auront emporté. Et d'entre eux, quelques employeurs de travailleuses et travailleurs au noir. Les défenseur d'un "non de gauche" à la "libre circulation" se font, inconsciemment (mais en toute bonne fausse conscience) les fourriers de cette victoire possible de ce que le champ politique de ce pays fait pousser de pire. Comme si c'était contre d'autres travailleurs, et non contre le patronat qu'il convenait de protéger les travailleurs de Suisse. Le "non de gauche", le 8 février, ne pèsera rien face au "non" d'extrême-droite. Il ne sera qu'une force d'appoint aux xénophobes; une force peut-être nécessaire à une victoire de l'UDC, mais parfaitement nuisible au renforcement de la solidarité entre travailleuses et travailleurs suisses et étrangers, résidants et immigrants, immigrants "traditionnels" et immigrants nouveaux. Mais il y a encore pire que ces "idiots utiles" à l'UDC. Il y a ceux qui croient, pouvoir renforcer le camp du "oui" en menant la poilitique prônée par le camp du "non". Le pire, ou le tréfond, est atteint (du moins pour l'instant, le pessimisme de la raison contredisant ici l'optimisme de la volonté, et suggérant qu'à Genève comme en Algérie, "quand on a touché le fond, on ne remonte pas, on creuse") avec la rafle de mendiants roms organisée à Genève par nos démocratiques et humanistes zautorités, lesquelles assument sans honte apparente l'intégration de la rafle policière dans la liste des méthodes de campagne électorale. Pour les élections cantonales de cet automne, on nous prévoit quoi pour "couper l'herbe sous les pieds de l'extrême-droite" ? Un pogrom ?

01:53 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : politique, votation, immigration, genève | |  Facebook | | | |