PS et politique migratoire :Peut mieux faire... (mercredi, 05 septembre 2012)

Samedi et dimanche se tiendra à Lugano le congrès national du Parti Socialiste. A l'ordre du jour (entre autres), le fameux "papier de position" de la direction du PS suisse pour une "politique migratoire globale et cohérente", dont une première version avait suscité, au sein du parti (dans les sections et les partis cantonaux) un débat assez intense, et une pluie d'amendements, conduisant la direction du PSS a remanier sa proposition. Vous trouverez la nouvelle proposition du Comité directeur sur http://www.sp-ps.ch/fre/content/download/58204/786113/ver..., et les propositions et amendements des sections et partis cantonaux (en français, en italien et en allemand, dans leurs versions originales) sur http://www.sp-ps.ch/fre/content/download/58205/786129/ver.... Résultat de ce travail : le "papier de position" a un peu (mais pas assez) meilleur contenu aujourd'hui qu'il y a quelques mois. Est-ce suffisant pour l'accepter, quand il reste fondamentalement le résultat d'un acquiescement à une logique qui nous déplaît ? Il sera vraisemblablement ratifié par le congrès. Et on vivra avec, si on ne s'en contentera pas. Un peu comme pour le projet de nouvelle constitution genevoise, en somme, s'il devait être accepté...

Une « politique migratoire globale et cohérente », vraiment ? et de gauche ?

Le débat au congrès socialiste sur la politique d'immigration que défendra le parti tombe, chronologiquement, assez bien : l'un des enjeux fédéraux les plus importants de l'année à venir est la « libre circulation » et son élargissement à la Croatie. Le président du PS, Christian Levrat, a été clair : sans un renforcement des mesures d'accompagnement de cette « libre circulation », d'ailleurs pas si libre que cela, il  ne faudra pas compter sur le PS pour la soutenir. Les syndicats, d'une part, l'Asloca, d'autre part, sont sur la même ligne que celle proposée au congrès du PS, celle d'une politique d'immigration contrôlée et intégrant des critères sociaux plus stricts. Pour autant, la nouvelle version proposée du programme socialiste après la levée de boucliers qu'avait suscitée la version précédente, souffre d'une bonne partie des mêmes maux que la version initiale : le texte pose toujours la problématique de l'immigration dans les termes d'une gestion des flux, il entretient toujours l'illusion d'une maîtrise nationale possible d'un phénomène mondial... s'il propose fort heureusement, l'abandon progressif du modèle immigratoire «à deux cercles» (des droits différents pour les immigrants européens et pour les autres) il refuse toujours la régularisation collective des sans-papiers, et il accepte toujours, même à titre exceptionnel, les renvois forcés de « niveau IV », humiliants et dégradants. Ce texte de gauche est encore farci de grumeaux de droite... et il s'ouvre toujours sur un premier chapitre évoquant les «  risques et problèmes actuels en matière d'immigration », comme si l'immigration était d'abord un risque et des problèmes avant d'être un fait et un droit...

Nous avons à concilier deux droits fondamentaux : la liberté de circulation et la protection sociale. C'est tout le sens des mesures d'accompagnement, mais c'est aussi tout le sens à donner à un rappel, en tête d'un programme socialiste, de quelques principes fondamentaux que ce programme, pour être crédible en tant que programme de gauche, doit respecter : l'égalité des droits et l'égalité de traitement, la solidarité internationale, la défense du droit d'asile, le refus des méthodes d'expulsion humiliante et dégradantes -et cette liste n'est pas exhaustive.

La liberté de circulation est un droit fondamental, que nous revendiquons d'ailleurs pour nous-mêmes. Or un droit fondamental ne se négocie pas, ne se mégotte pas : il se prend et il se défend. Et là, on est  précisément confronté au principe de l'égalité des droits : les autres ont tous les droits que je revendique pour moi, je n'ai que les droits que je reconnais aux autres. Si je revendique pour moi la liberté de circulation, je dois la reconnaître aux autres. Cela n'empêche pas les mesures d'accompagnement, cela les exige même, mais cela devrait nous empêcher de faire de ce droit fondamental un octroi princier, et donc arbitraire, à quelques privilégiés, par exemple en fonction de leur nationalité ou de leur utilité économiquie.  Sur le terrain, le choix est tout aussi simple que l'affirmation de principe : l'immigration légale ou l'immigration illégale. A chaque fois que l'on restreint la première, on renforce la seconde. C'est aussi bête, aussi brutal que cela : comme la frontière produit de la contrebande, la xénophobie d'Etat produit de l'immigration illégale. Et c'est la raison pour laquelle c'est la régularisation de tous les sans-papiers qui s'impose, et pas une shopping list des sans-papiers qui nous plaisent.

En matière d'immigration comme en toute autre matière, nous en tenons pour une politique « clairement de gauche ». Etre de gauche, encore aujourd'hui, c'est vouloir donner un sens concret, matériel, réel, à la proclamation révolutionnaire : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Et surtout à son deuxième terme, « Egalité », qui est pour nous la condition des deux autres. Etre de gauche, c'est ne pas se contenter de ce qui est, ne pas accepter des lois pour la seule raison qu'elles sont en vigueur, ne pas se soumettre à l'ordre des choses en le croyant immuable. Ni à l'opinion publique en la prenant pour seule instance de jugement. Ni aux critères d'analyse et de raisonnement des forces économiques, sociales et politiques dominantes. Celles-là même pour qui l'immigration n'est pas un droit que l'on défend et un fait que l'on assume, mais un stock dans lequel on puise.

13:23 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : immigration, migration, étrangers, xénophobie, politique, ps | |  Facebook | | | |