Projet de nouvelle constitution : que la fête commence ! (vendredi, 24 août 2012)

Le 14 octobre, on fêtera le refus d'un texte de constitution. On ne sait pas encore lequel, du texte en vigueur ou du texte proposé, mais on sait déjà que l'un des deux passera à la trappe. Forcément. Et comme aucun des deux ne nous sied, on votera blanc, comme nous y invite  la Jeunesse Socialiste (http://www.js-ge.ch/?page_id=1414)

constitution, constituante, démocratie, politiqueLe jour des navets

Le 14 octobre, dans le calendrier républicain, c'est le jour des navets. Et ça tombe bien, ce jour là on nous en servira deux, de navets, à Genève, un vieux et un neuf, un tout fripé et un tout frais : la constitution genevoise actuelle et le projet de nouvelle constitution issu de trois ans de phosphorescence d'une Assemblée élue précisément pour pondre un tel projet. Et nous sommes invités à choisir lequel des deux nous préférons, car ce vote du 14 octobre est un jeu à  somme nulle : c'est une constitution ou l'autre, l'actuelle, ou le projet de nouvelle. On ne votera sur rien d'autre que sur le texte de la Constituante : ni sur la composition de cette assemblée, ni sur le processus constituant, ni sur les arrière-pensées des uns ou des autres. Dire "oui" au texte de la Constituante, ce sera dire "non" à  la constitution actuelle, dire "non" au projet de la Constituante, ce sera dire "oui" au texte en vigueur... Or nous sommes tout même assez nombreux à ne nous satisfaire ni de la constitution actuelle, ni de celle par quoi la majorité de la Constituante voudrait la remplacer, et à ne nous identifier au projet politique d'aucune de ces deux chartes. Nous voudrions donc pouvoir dire "non" aux deux textes... or nous ne le pouvons pas puisque si c'est "oui" à  l'un, c'est forcément "non" à l'autre... Conclusion : seul un vote "blanc", comme le recommande la Jeunesse Socialiste (http://www.js-ge.ch/?page_id=1414) peut tenir lieu de ce double "non" impossible...

Si l'on veut que la prise de position que l'on produit sur un texte qu'on nous soumet ait un sens, il n'est pas inutile de le lire, ce texte. Et si ce texte doit en remplacer un autre, il n'est pas inutile non plus de comparer ces deux textes. Et puisqu'au moment d'accepter la proposition de faire rédiger un projet de constitution, on a pris l'engagement de se battre pour y faire entrer un contenu précis, il n'est enfin pas superfétatoire de comparer le résultat final aux engagements pris initialement. Tout cela, au fond devrait relever, de l'évidence socratique : savoir de quoi on parle avant d'en parler.
Ces comparaisons, on les a faites, et on n'y a rien trouvé, qui puisse justifier ni le soutien, ni l'opposition au projet de la constituante. Et dans le texte du projet qui nous est soumis, on n'a retrouvé aucune des plus importantes propositions de la gauche. Et on en a déduit qu'il ne valait pas la peine qu'on le soutienne -mais comme on n'y a pas trouvé non plus les abominations que ses opposants de gauche affirment y avoir trouvé, on en a aussi déduit, n'étant pas chasseurs de fantômes, qu'on n'allait pas perdre notre temps à combattre un ectoplasme constitutionnel en choisissant entre des divergences formelles recouvrant des équivalences fondamentales.

Une constitution n'est pas un texte à usage corporatiste des juristes : c'est un texte que chaque citoyen-ne doit pouvoir s'approprier, faire sien, utiliser contre le pouvoir politique, le pouvoir économique, le pouvoir social, le pouvoir culturel. Or ni la constitution genevoise en vigueur, ni le projet de la constituante ne peuvent remplir cette fonction, essentielle à  la légitimité du texte constitutionnel. Quel que soit le résultat du vote du 14 octobre, on se retrouvera donc, forcément, avec une constitution qui ne nous dit rien qui vaille et nous aille.

Le 14 octobre, je voterai, parce que je suis un citoyen tenant à  ses droits et conscient qu'ils ne valent que si j'en use, mais je voterai blanc, pour dire aussi clairement que possible que la constitution dont je veux n'est ni l'actuelle, ni celle que propose la constituante, mais une constitution qui reste à  écrire. Pour cela, il m'importe que quel que soit le texte qui sortira vainqueur de la confrontation entre la constitution actuelle et le projet de la constituante, il ne soit adopté que par la plus petite de la plus minoritaire des minorités possibles. Il est vrai que ce pari là, au moins, est déjà gagné : la moitié de la population genevoise n'a pas le droit de vote, et la majorité de celle qui a ce droit n'en usera pas pour choisir sa constitution... Quelle légitimité accordera-t-on alors à une "charte fondamentale" qui n'aura été acceptée que par un dixième de la population de la République ? Celle qu'elle mérite. Celle que mérite la constitution actuelle, ou que mérite le projet de la Constituante.

Le 14 octobre, on fêtera le refus d'un texte de constitution. On ne sait pas encore lequel, du texte en vigueur ou du texte proposé, mais on sait déjà que l'un des deux passera à la trappe. Forcément. Et comme aucun des deux ne nous sied...

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