Démantèlement du droit d'asile en Suisse : Madone birmane et paria métèque (vendredi, 22 juin 2012)

Plaki_A4_FR_def_asylch.jpgLe 15 juin dernier, le Conseil National, debout, a fait une belle ovation à la Dame de Myanmar, Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix, en visite en Suisse après 24 ans d'assignation à résidence dans son pays par la junte militaire au pouvoir. Quelques heures auparavant, le même Conseil National avait, à une grande majorité (droite et extrême-droite confondues) voté un énième démantèlement du droit d'asile. La droite et l'extrême-droite suisses aiment les droits humains et soutiennent celles et ceux qui les défendent. Mais ailleurs. Le plus loin possible. Et en tout cas pas en la personne des victimes les plus visible, chez nous, des violations de ces droits : les requérants d'asile. Ainsi honorera-t-on la Madone birmane dans le même mouvement où l'on ostracisera le paria métèque.

Une Suisse bien européenne dans « une Europe emmurée qui empeste l’état policier »

Contre la nouvelle radicalisation de la xénophobie d'Etat gouvernant désormais ouvertement la politique suisse d'immigration en général, et la politique d'asile en particulier, et en l'attente des choix que fera le Conseil des Etats après ceux, désastreux, du Conseil National, la question du référendum taraude les défenseurs des réfugiés : devra-t-on lancer contre les derniers durcissements xénophobes votés par les parlementaires, un référendum populaire qu'on pourra certainement faire aboutir, mais qui se heurtera non moins certainement, le jour du vote, à la même majorité populaire que celle qui a systématiquement, depuis vingt ans, ratifié toutes les dérives dans le domaine des migrations ? Lancer le référendum, c'est, assurent les uns, se lancer dans un combat perdu d'avance. A quoi les autres répondent, avec Brecht  que les seuls combats perdus d'avance sont ceux qu'on renonce à livrer, et qu'il en va à la fois de notre crédibilité, de notre cohérence et, osons le mot et le pathos, de notre honneur à livrer ce combat là.

Car dans le dernier (mais non, sans doute, l'ultime) épisode en date de la descente au purgatoire du droit d'asile, la dernière station parlementaire franchie de son chemin de croix est proprement calamiteuse : atteinte au regroupement familial, fin des demandes d'asile dans les ambassades, refus désormais d'admettre la désertion comme motif légitime d'octroi de l'asile à un requérant, et enfin, cerise avariée sur un gâteau déjà vomitif, privation de l'aide sociale pour tous les requérants (et non plus seulement les déboutés)... on voudrait les inciter à passer carrément dans la délinquance qu'on ne s'y prendrait pas autrement...


Mobiliser, comme le suggère le président du PS, les villes et les cantons pour tenter de convaincre le Sénat de rectifier le tir du Conseil National, et annuler en particulier la suppression de l'aide sociale, est une première réponse. Mais dans le meilleur des cas, le Conseil des Etats ne voudra qu'atténuer les rigueurs du climat détestable instauré par l'autre Chambre... Or d'autres régressions xénophobes, d'autres amputations du droit d'asile, d'autres durcissement des mesures imposées aux requérants, sont programmés, en Suisse comme ailleurs (la Marche Européenne des sans-papiers dénonce ainsi, justement, «  une Europe emmurée qui empeste l’état policier »... Et de cette Europe-là, la Suisse europhobe ne dédaigne pas faire partie.

Mercredi, à New-York, à l'occasion de la Journée Mondiale des Réfugiés, le Secrétaire Général de l'ONU appelait à intensifier le soutien aux réfugiés -la Suisse intensifie la pression sur eux. Et un rapport du Haut Commissariat pour les réfugiés conclut que 2011 a été la pire année du siècle en termes de déplacements forcés : « Plus de 42 millions de personnes dans le monde ont été contraintes de fuir leur domicile et leur communauté. Rien qu'au cours de ces 18 derniers mois, plus d'un million de personnes ont fui leur pays en raison d'une série de conflits en Côte d'Ivoire, en Libye, au Mali, en Somalie, au Soudan et en Syrie»... et de rappeler que « les réfugiés quittent leur pays parce qu'ils n';ont pas le choix. Nous n'avons pas le choix non plus: nous devons les aider ». Un discours qui, en Suisse, tombera mollement dans des oreilles de sourds volontaires...

Demain à Berne (14 heures, Schützenmatte) une manifestation nationale (http://fr.asyl.ch/manif,) dira non à une politique migratoire désastreuse. Et lundi 2 juillet, à Genève, on accueillera (à 12 heures 30) à l'aéroport la marche européenne des sans-papiers, et on se rendra avec elle au centre de rétention de Frambois, où sont stockés des requérants d'asile déboutés que l'on s'apprête à renvoyer de force là d'où ils sont partis, ou là d'où ils ont été chassés.

14:57 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : suisse, asile, politique | |  Facebook | | | |