Logement comme des arracheurs de dent (vendredi, 05 décembre 2008)

Une pénurie qui s'aggrave

C'était promis, juré, on allait construire du logement. Le Conseil d'Etat en général, Mark Muller en particulier, les milieux immobiliers et l'ASLOCA main dans la main, allaient se mettre au boulot, on allait voir ce qu'on allait voir. Et bien, on voit : alors qu'il faudrait au moins 1600 logements nouveaux par année, et que le Conseil d'Etat annonçait vouloir en construire 2500 par année, on n'en a " mis sur le marché " que 750 dans les neuf premiers mois de 2008. Et sur ces 750, une bonne partie ne seront pas loués, mais vendus (en 2007, la moitié des logements nouveaux étaient des villas ou des appartements en propriété par étage).

Des logements ou des prisons ?

L'année 2008 risque fort d'être celle au cours de laquelle le nombre de nouveaux logements aura été le plus bas depuis des lustres : si la tendance des neuf premiers mois se poursuit, ce nombre devrait être inférieur à mille. Alors que la population du canton a crû de 3500 personnes en neuf mois, et le nombre d'emplois de 5400 dans la même période. Et que rien, pas même la récession, ne permet d'attendre un relâchement de la pression démographique sur la ville, le canton et la région. La Communauté genevoise d'action syndicale, une année après la signature de l'accord " historique " supposé sortir Genève de la crise du logement, avait accusé le Conseil d'Etat (ou du moins sa majorité) de bloquer sciemment le développement de nouveaux projets en s'accrochant à la préservation de la zone agricole et à la priorité donnée au développement du site de la Praille-Acacias-Vernets, où seuls 6000 à 9000 nouveaux logements sont prévus dans un délai minimum de dix ans, soit un nombre insuffisant de logements, dans un délai trop long, et dans le cadre d'un projet urbanistique contestable. Enfin, Mark Muller n'a aucune intention de faire quoi que ce soit pour que les 410 logements vides dénombrés dans le canton (dont 272 en Ville) cessent de l'être. Et surtout aucune intention de faire usage du droit que lui donne la loi de les réquisitionner pour y loger des gens qui ne trouvent pas de logement, ce que précisément le Conseil municipal de la Ville lui demandait de faire. Mais bon, vous savez ce que c'est, appliquer toutes les lois, c'est dur. Alors on choisit. Et c'est quand même plus facile de déloger des squatters que des propriétaires. Comme il est apparemment plus facile d'agrandir la prison, et d'en construire de nouvelles, que de construire des logements sociaux. Ou d'utilité publique, comme on voudra.

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